| 9 septembre 2009, L'intervention de Sylvie
Goulard lors de l'audition de M. Barroso devant le groupe ADLE
José Manuel Barroso a été
auditionné par le groupe ADLE cet après-midi. En qualité
de coordinateur du groupe pour la commission parlementaire ECON, Sylvie
Goulard a été chargée de lui poser des questions
sur les aspects économiques et financiers.
Au nom du groupe, elle a exprimé les réticences
qu'inspire le document de M. Barroso exposant ses orientations politiques
pour la prochaine Commission. (Ici
vous trouverez le document envoyé par Barroso)
Elle a notamment déploré la faiblesse
des propositions relatives à la sortie de crise, la supervision
et la sauvegarde de l'Euro dans une période de déficits
accrus. (Ci-dessous vous trouverez l'intervention de Sylvie Goulard)
Les autres intervenants étaient:
- Annemie Neyts-Uyttebroeck, portant un jugement pondéré
sur la politique étrangère;
- Jeanine Hennis-Plasschaert, soulignant les insuffisances
des propositions de M. Barroso en matière de libertés civiles;
- Niccolò Rinaldi, appelant à des
propositions plus ambitieuses sur les ressources propres;
- enfin Andrew Duff, demandant si le Président
de la Commission est d'avis que nous devrions revoter sous le régime
du traité de Lisbonne, si celui-ci entre en vigueur.
An Executive Summary is also available in English below.
Ci dessous vous trouverez
l'intervention de Sylvie Goulard en français.
Monsieur le Président,
Merci d’être parmi nous et de répondre à nos
questions. Merci d'avoir rédigé votre document. Ce dialogue
est important pour la démocratie.
Permettez-moi, en tant que coordinateur du groupe ADLE au sein de la Commission
parlementaire ECON, de rappeler les deux demandes de notre mémorandum
qui sont motivées par la crise très grave qui frappe l'Europe
et le monde.
• Nous vous avons d’abord demandé de « construire
un plan de relance européen unique pour lutter contre la crise
financière, économique et sociale» - i.e. un plan
qui aille au-delà de la coordination de 27 plans de relance nationaux
et qui comporte des stratégies transfrontalières sectorielles,
notamment dans le secteur automobile et bancaire.
Un tel effort conjoint, au niveau européen, est nécessaire
pour préserver le marché intérieur de distorsions
et de tentations protectionnistes préjudiciables. La croissance
et l’emploi en dépendent.
• Nous vous avons aussi demandé « d’instaurer
un superviseur financier européen, sous la forme d’un nouvel
organisme européen pleinement compétent ». Et de mener
une action commune d'assainissement et de recapitalisation des banques.
En un mot, nous souhaitons que la Commission encourage une approche spécifiquement
communautaire, ambitieuse, qui ne se limite pas à coordonner des
réponses nationales ou à organiser des réseaux de
responsables nationaux.
A la lecture des « orientations politiques » que vous venez
de rendre publiques, je voudrais exprimer notre déception. Vous
annoncez un « agenda de transformation », ce qui correspond
exactement à ce que nous souhaitions mais, après une lecture
attentive de votre document, à l'évidence, le contenu n’est
pas à la hauteur du slogan.
Sur la réponse à la crise, vous vous bornez à évoquer
< je cite > « la mise en œuvre résolue du plan
européen pour la relance économique » ; cette rédaction
laisse entendre vous vous inscrivez dans la continuité, non dans
l'innovation.
Sur le superviseur, vous renvoyez au rapport rédigé par
M. de Larosière qui va dans le bon sens mais reste en-deçà
des nécessités.
Je voudrais aussi vous demander ce que vous comptez faire pour préserver
l'Euro. Dans votre document, vous en parlez à peine. Pourriez-vous
nous dire que ce que vous ferez, dans les cinq années à
venir, devant l’ampleur des déficits, la montée de
l’endettement qui portent atteinte à la discipline collective
du Pacte de stabilité et de croissance et risquent de mettre à
mal la monnaie unique ? Se pose aussi la question des Etats membres qui,
étant à l’extérieur de la zone Euro, subissent
une crise aggravée.
Bref, nous attendons une Commission qui prenne des initiatives au nom
d’une vision stratégique. Vous proposez une Commission trop
subordonnée à la volonté des gouvernements, eux-mêmes
enfermés dans des logiques de court terme.
C’est d’autant plus regrettable que les bonnes idées
ne manquent pas en ce moment:
- Sans doute avez-vous lu les remarquables mémos du think tank
BRUEGEL, rédigés sous la direction d’André
Sapir, destinés au futur Président de la Commission qui
appellent à redonner une « raison d’être à
l’UE » et font des propositions concrètes, notamment
pour éviter que l'UE ne soit prise en tenailles entre le G 20 et
les Etats ;
- Je pense aussi à la proposition très intéressante
de Mario Monti (FT du 6 avril « How to save the market economy in
Europe», Le Monde 8 juin) visant à « relancer l’Europe
en réconciliant le marché et le social » et à
rassembler ainsi les Européens, par delà les clivages traditionnels.
Allez-vous proposer une stratégie plus européenne, plus
ambitieuse, un superviseur unique, un plan de relance européen,
une stratégie sectorielle dans le domaine bancaire et automobile
? Allez-vous veiller à sauvegarder durablement nos banques et la
monnaie unique ? Que proposez-vous de concret pour refonder le pacte européen
autour du Marché et du Social et reconquérir ainsi le cœur
des Européens?
Voilà nos questions de fond que nous posons dans un esprit constructif
mais sans complaisance. Un mot pour finir : vos propositions représentent
peut-être le maximum de ce qui vous semble possible en partant d'une
analyse intra-européenne. Nous voudrions que vous vous placiez
du point de vue de Washington ou de Pékin : pensez-vous franchement
que ces dispositifs de coordination et ces réseaux lâches
à 27 puissent être considérés, par le monde
extérieur, comme suffisants pour assoir l'autorité de l'Union
européenne ? Nous ne le croyons pas, c'est pourquoi nous attendons
plus.
Merci Monsieur le Président.
Sylvie Goulard - ALDE Group
Hearing of JM Barroso
Summary
9 September 2009
In July 2009 the ALDE group drafted a memorandum to Mr Barroso highlighting
their expectations of the next Commission. Two of these demands are motivated
by the current crisis gripping both Europe and the world:
- In order to preserve the internal market and ensure growth and employment
a European plan is needed to overcome the economic crisis which goes beyond
the coordination efforts of 27 Member State governments: a cross-border
strategy encompassing a wide range of sectors, particularly the banking
and automobile sector.
- A competent European financial supervisor is also required. An ambitious
community response is needed in our approach to cleaning up the financial
sector.
The political guidelines presented by Mr Barroso are disappointing: the
vague responses are insufficient. The problems which budget deficits and
the Stability and Growth Pact risk to subject the Euro to are hardly mentioned.
Inspirational ideas concerning the future of Europe are available, for
example the memos drafted by the think tank Bruegel, or Mario Monti's
articles, but they will not be found in Mr Barroso's political guidelines.
Mr Barroso's propositions may well represent the maximum which he considers
viable concerning an intra-European analysis but what is needed is a more
ambitious, strategic proposition which gives authority and validity to
the European Union on the global stage. That is what was expected and
its absence is what disappoints.
Les autres intervenants étaient:
- Annemie Neyts-Uyttebroeck, portant un jugement pondéré
sur la politique étrangère;
- Jeanine Hennis-Plasschaert, soulignant les insuffisances des propositions
de M. Barroso en matière de libertés civiles;
- Niccolò Rinaldi, appelant à des propositions plus ambitieuses
sur les ressources propres;
- enfin Andrew Duff, demandant si le Président de la Commission
est d'avis que nous devrions revoter sous le régime du traité
de Lisbonne, si celui-ci entre en vigueur.
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