Un mot de mes ouvrages.
Quatre livres sur l’Europe ? Sur un sujet qui passe pour rébarbatif et dont on nous dit qu’il n’intéresse personne. Et bien oui, quatre livres sur l’Europe et je remercie tous ceux qui, en appréciant mes livres, en les offrant autour d’eux, notamment à des jeunes, ont montré que le défi de parler d’Europe de manière moins austère pouvait être relevé.

Quatre titres bizarres, pourquoi ? Pour me faire plaisir. Je ne voyais aucune raison de m’en tenir à ces intitulés traditionnels, très sexys tels que « Perspectives et réalités de moyen et de long terme pour une adhésion éventuelle de la Turquie à l’Union européenne », ou « L’Union de la Méditerranée, enjeux et défis pour la France au XXIème siècle ».
Au fil de mes lectures des auteurs français d’un XVIIème siècle que j’aime tant, je suis tombée par hasard sur l’expression « Le Grand Turc et la république de Venise » (dans l’Avare de Molière) ou « Le Coq et la Perle » (dans un recueil de Fables de La Fontaine).

Le clin d’œil à Voltaire dans « Il faut cultiver notre jardin (européen) » a le même caractère fortuit ; en relisant Candide, j’ai eu envie de rendre hommage à un auteur qui réunit exactement ce qui manque à notre temps : un regard aiguisé sur la société, une ironie mordante préservée du « politiquement correct » gluant de notre époque ; une verve et même une pointe de cynisme qui font réfléchir et rire à chaque page. Dans Candide, il est question de religion sans révérence excessive, de politique sans illusions et la langue est splendide.

J’ai bien eu droit à des remarques sur le caractère rétrograde et raciste de l’allusion au « Grand Turc » (horresco referens !) ; certains critiques ou lecteurs se sont un peu emmêlés les pinceaux, le Coq devenant, selon les cas, une cigogne ou un perroquet mais ce n’est pas bien grave. Je demeure persuadée que le meilleur de l’Europe, ce sont ses grands auteurs qui, dans toutes les langues, ont forgé notre pensée. Et qu’on comprend mieux l’Europe en prenant un peu de recul qu’en restant le nez sur les communications de la Commission ou les rapports des think tanks.

Quant à « L’Europe pour les Nuls », il y a bien eu quelques grincheux eurosceptiques pour me reprocher l’arrogance du titre. Evidemment, ils se sont sentis visés ! Mais leur réaction prouve qu’ils n’ont pas même lu l’introduction où j’explique en quoi « les Nuls ne sont pas ceux qu’on pense ». Il faut savoir rire un peu ! L’Europe irait tellement mieux si la plupart de ses acteurs ne se prenaient pas tant au sérieux !

Enfin, pourquoi ne pas se délecter de ce « détournement de mondialisation » que représente la collection « pour les Nuls » : un éditeur français achète une licence américaine à une maison qui produisait surtout des manuels informatiques (Windows for dummies) ou des ouvrages de vie pratique (qui vont du piano au sexe for dummies). Voilà que les Gaulois repensent et transforment le concept ; sous des abords décontractés, ils en font une collection à fort contenu. De « Power point for dummies, on passe en français à « L’Histoire ou la littérature pour les Nuls ». Le défi littéraire m’a amusée. Et je suis particulièrement fière que ces ouvrages se vendent en hypermarché.

 


L’Europe pour les Nuls, nouvelle édition.
Editions First, avril 2009.

 

 

 

Editions First « L’Europe pour les Nuls » (mars 2007)


Les « nuls » de l’Europe ne sont pas ceux que l’on croit !
Sylvie Goulard, L’Europe pour les Nuls

Au mois d’avril 2009 la parution d’une nouvelle version (mise à jour)

L’Europe pour les Nuls, Editions First, mars 2007

Attention ! Les « nuls », ne sont pas ceux qu’on pense !

Les « Nuls » ne sont notamment pas les citoyens ordinaires qui ont du mal à comprendre l’Europe. Ce sont plutôt ceux qui ont échoué à leur expliquer à quel point l’aventure communautaire est extraordinaire. Ou qui, par une action à courte vue, la torpillent sans vergogne.

Ce livre souhaite parler de l’Europe de manière claire et accessible, sans jargon et même, chaque fois que c’est possible, en riant un peu. Il n’est pas destiné aux spécialistes mais aux Européens curieux de savoir de quoi il retourne à Bruxelles. L’enthousiasme des citoyens n’est pas un luxe, mais la condition d’un succès durable de l’Union. Sans les Européens, il n’y aura pas d’Europe qui vaille.

Comment ce livre est organisé
La matière étant complexe, nous avons pris le parti d’un plan qui soit aussi simple que possible.
Première partie : Une si longue histoire
L’Europe pour les Nuls commence par expliquer l’histoire de la Communauté européenne – devenue Union – afin de bien faire comprendre qu’elle rompt avec les pratiques antérieures. Tel est l’objet de la première partie qui retrace même la genèse de l’idée européenne avant l’Europe. L’idée de tenter de bâtir une organisation permettant de mettre fin aux guerres remonte vraisemblablement à l’époque des guerres de religion (« le grand dessein » de Sully). Elle a été approfondie par des grands esprits européens comme le philosophe allemand Emmanuel Kant ou Victor Hugo. L’histoire communautaire proprement dite ne débute qu’après la Seconde Guerre mondiale. Au fil des chapitres, en compagnie de Jean Monnet, du général de Gaulle, de Valéry Giscard d’Estaing, d’Helmut Kohl, le lecteur comprendra en quoi les Communautés sont une idée révolutionnaire et suivra, de 1950 à aujourd’hui, toutes les étapes de cette construction, ses avancées comme ses échecs.
Deuxième partie : Les principes de l’Europe, une révolution douce
La seconde partie est la plus importante. Elle explique les principes sur lesquels est fondée l’Europe. Les Européens la trouvent souvent compliquée mais on ne leur a pas donné la clé pour la comprendre. Les fondateurs ont inventé une nouvelle méthode de coopération qui requiert des efforts particuliers :
- privilégier l’intérêt européen commun ;
- rejeter le nationalisme ;
- respecter un équilibre entre pays peuplés (dits les « grands ») et Etats moins peuplés (les « petits »).
Cette méthode repose sur des institutions originales (voir partie 3) et le vote majoritaire pour prendre des décisions.

Cette méthode a fait ses preuves mais certains croient pourvoir la remplacer par une simple coopération des gouvernements. Chassées par la porte dans les années 1950, elles sont revenues par la fenêtre depuis le traité de Maastricht, comme la « politique étrangère commune » ou la « méthode ouverte de coordination », aux noms ronflants et aux résultats piteux.
Troisième partie : Les institutions, une autre logique
Une fois l’éclairage fait, nous pouvons mettre les mains dans le cambouis et regarder le « meccano » des institutions » : à quoi servent le Parlement (qui représente les peuples) ou le Conseil (qui représente les États) ? Qu’est-ce que cette Commission chauve-souris, mi-gouvernement, mi-cercle d’experts ? Où en est-on après le rejet du traité constitutionnel et les incertitudes sur le traité de Lisbonne ? Sur les pouvoirs mais aussi sur les contre-pouvoirs (les lobbies, la presse, les Églises, les syndicats européens), vous saurez tout.
Quatrième partie : Les politiques ou que fait, pour vous, l’Union européenne ?
Alors, dans une quatrième partie, nous pourrons décrire tout ce que l’Union européenne fait pour vous, ce qu’on appelle ses « politiques » :
- le Marché unique et ses quatre libertés de circulation ;
- la politique agricole commune, la politique de la pêche, ou de préservation de l’environnement ;
- la politique étrangère
- la police et la justice et même… l’Europe des trains, pour revenir à nos plus beaux souvenirs d’enfance.
Cinquième partie : Les défis de demain, les raisons d’espérer
Enfin, nous réfléchirons ensemble aux défis auxquels l’Union européenne sera confrontée à l’avenir : la question de ses frontières, d’une éventuelle avant-garde ou des moyens financiers et institutionnels de l’Union. Nous terminerons en nous interrogeant sur la place de la France en Europe.
Sixième partie : La partie des dix
Dans cette dernière partie, bien connue des habitués de la collection, nous rendrons hommage à dix personnalités qui ont fait l’Europe, dix grands acteurs incontournables. Nous passerons également en revue dix clichés pour tordre une dernière fois le cou aux préjugés.

*

Cet ouvrage ne cache pas les misères : tout n’est pas parfait en Europe, loin de là. L’Union européenne manque d’âme, d’épaisseur humaine. Et beaucoup reste à faire pour qu’elle mérite son nom. Dans ce contexte, la critique est salutaire, mais nous essaierons de la pratiquer de manière constructive. Car l’Europe est vulnérable. Et rares sont ceux qui en ont conscience. Le poil à gratter contestataire, bon enfant en apparence, fait en réalité des dégâts considérables : deux minutes suffisent pour faire jouer les ressorts du nationalisme. Cinq cents pages sont nécessaires pour tenter d’expliquer l’Europe.

Ce livre ne dissimule pas non plus la complexité de la matière : dans l’UE, nous tentons de faire vivre ensemble, dans un cadre politique organisé, des centaines de millions d’individus de cultures diverses, ayant vécu des expériences différentes. Comme l’a écrit Jean Monnet en exergue de ses Mémoires, « nous ne coalisons pas des États, nous unissons des hommes ».

Naturelle, la coopération européenne ne l’est assurément pas. La plus grande pente des êtres humains, c’est celle de la facilité et de l’égoïsme. L’euroscepticisme fleurit sur le terreau de l’ignorance et du repli sur soi. Il manipule d’autant mieux les esprits qu’une place immense est laissée aux fantasmes et aux approximations.

Aux jeunes, nul n’explique son extraordinaire parcours, ses vertus. Les contraintes qu’elle impose et les devoirs qu’elle crée sont minimisés. Sur la plupart des chaînes de télévision, il est rarement question de l’Europe : la politique intérieure – quand ce ne sont pas les chats écrasés – occupe l’essentiel du temps d’antenne. L’Europe est une idée géniale de moins en moins spectaculaire. La paix n’est pas photogénique, il n’y a pas de « people » communautaires pour animer la scène de leurs frasques. La manière dont les politiques font l’Europe aujourd’hui, à coups d’accords laborieux et de chamailleries, n’a pas le souffle des premières années. Les grands Européens s’en sont allés, emportant avec eux la joie des pionniers. Restent les experts de gris vêtus avec lesquels il est bien difficile de faire de l’Audimat.

La crise financière qui a ébranlé le monde en 2008 est cependant venue nous rappeler quelques vérités. Isolément, nos pays ne pèsent plus grand-chose sur la scène mondiale. Unis, les Européens sont plus forts. Dans la tourmente, certains critiques paraissent bien mesquines. Il n’est pas mauvais d’avoir une banque centrale indépendante, respectée, qui discute d’égale à égale avec la Federal Reserve américaine ou les institutions financières des pays émergents. Il n’est pas mauvais non plus d’avoir une monnaie commune et un marché régulé qui, par sa taille, force le respect. Durant la présidence française de l’Union européenne au 2ème semestre 2008, l’UE s’est réveillée de sa torpeur. Le Président Sarkozy a su faire preuve de réactivité et a contribué à ce que des solutions collectives soient recherchées à l’échelle mondiale. A lui seul, ce sursaut ne suffira sûrement pas à remettre durablement l’UE sur les rails mais, devant les enjeux globaux, les Européens feraient bien de mesurer leur chance et de serrer les rangs. Le Parlement européen qui sera élu en juin 2009 aura la tâche immense de consolider le plus grand espoir démocratique qui existe au monde. L’heure de l’Europe a sonné.

 

 


Le Grand Turc et la république de Venise, Fayard 2004.

avant-propos de Robert Badinter, Paris, Fayard, 2004. Cet ouvrage a été couronné par le Prix du livre pour l’Europe 2005. Nouvelle édition octobre 2005.

 

Le titre est tiré de l’Avare de Molière où un personnage féminin, sur un ton de défi, prétend pouvoir marier le Grand Turc et la République de Venise, symboles de deux entités incompatibles.
Il renvoie aussi au déclin de la république de Venise qui n’a pas su s’allier aux autres Etats italiens afin de répondre à la « globalisation » des grandes découvertes.

Le livre comporte un avant propos de Robert Badinter, Sénateur, ancien Garde des sceaux, ancien Président du Conseil constitutionnel.


Introduction

• Le désarroi des opinions publiques et des élites européennes a été sensible lors des élections européennes de juin 2004 marquées par un fort taux d’abstention. En France, tout particulièrement, il y a une immense frustration sur la manière dont a été décidé l’élargissement aux Dix.

• La question de l’adhésion turque est perçue comme un « secret de famille » honteux : personne n’a su ce qui avait été décidé à Helsinki en 99 ; les gouvernements n’ont rien expliqué et cherchent parfois à gagner du temps ; la plupart des responsables tiennent un double langage. Pour le peuple, « on nous cache quelque chose »

1. Chapitre 1er : Entre promesses et non dits

• Retour en arrière sur la pseudo « promesse » ; les différences entre 1963 et aujourd’hui (de la CEE à l’UE ; guerre froide terminée) ; il y a « changement fondamental de circonstances » ;

• La justification par la « géostratégie » post 11 septembre (à la Fischer) est fragile : la subsidiarité doit commander la prudence car in fine, ce seront les Etats et les collectivités locales qui devront assumer les conséquences de l’entrée de la Turquie dans l’UE (intégration scolaire, hôpitaux, égalité hommes femmes) ; grosses difficultés de nos sociétés à intégrer les musulmans. Ou alors refus scandaleux de leur reconnaître la libre circulation qui est l’une des 4 libertés du traité de Rome ; on ne vend plus l’UE mais une coquille vide.

2. Chapitre 2 : La démocratie bafouée

• L’UE ne peut pas prétendre « exporter » la démocratie sans la respecter elle même. La procédure suivie est non démocratique : la Commission rend un rapport dit technique, sous la responsabilité d’un Commissaire qui ne cache pas où il veut arriver. Ensuite, le Conseil européen ouvre les négociations sans décision préalable des peuples européens. In fine, le traité d’adhésion sera présenté comme « à prendre ou à laisser » et de préférence à prendre, sinon ce sera de nouveau la menace odieuse du « choc des civilisations ». C’est faire l’Europe en jouant seulement sur culpabilité des citoyens européens ; ce temps est révolu.

• En France JM Le Pen, en 2002, a été au deuxième tour des élections présidentielles, il ne faut pas jouer avec le feu : faire une adhésion turque « en douce », sans débat, c’est courir le risque de précipiter vers les extrêmes des gens qui se sentent légitimement mal informés. Différence majeure entre la France et l’Allemagne de ce point de vue. La convergence franco-allemande, sur la Turquie, est fragile car en France, seul J. Chirac y croit, pas même l’ensemble de l’UMP. Le PS est partagé.

3. Chapitre 3 Contre le choc des civilisations ?

• L’UE n’a pas à prouver qu’elle n’est pas un club chrétien ; la question religieuse ne doit jouer, ni dans le sens de l’exclusion (l’UE est neutre et comporte des millions de musulmans, juifs, athées etc), ni dans le sens de l’adhésion forcée (cette adhésion ne règlera pas tous nos problèmes avec l’islam). La Turquie n’est pas tout l’islam ; il y a le problème des pays comme le Maroc (modéré, et tentant des réformes courageuses pour les femmes par ex). Grosses difficultés prévisibles en France avec le Maghreb ou alors, la seule alternative est l’élargissement sans fin…

• L’UE c’est la chrétienté + les Lumières (et le judaïsme + les Lumières) ; l’islam n’a pas fait ce parcours ; les inexactitudes abondent sur la « laïcité turque » alors qu’Etat et religion ne sont pas séparés dans ce pays. Commission et Etats membres sont trop laxistes sur ce sujet : pour paraphraser F. Mitterrand, les persécutions sont en Turquie, les scrupules en Occident (voir le rapport de la Commission 2003) ; idem sur le génocide arménien : refus scandaleux de regarder le passé.

• La question des femmes est objectivement considérée comme secondaire par la plupart des analystes, Commission comprise (rapport 2003) ; pourtant le rapport 2004 d’Amnesty international est horrifiant ; il faut débattre de la question de la laïcité dans l’UE (thème vital pour la France). Qui se reconnaîtrait en Mme Erdogan, voilée, en visite d’Etat dans un autre Etat membre ?

4. Chapitre 4 Quand les moyens font défaut

• Absence de réforme institutionnelle préalable ; exacerbation de la différence grands / petits ; perte de confiance dans les institutions dominées par un pays difficile à assimiler ; cela freinera le passage au VMQ ; fin de l’Union politique
• Absence de financement à la hauteur des prétentions de « stabilisation »
• Corruption de la Turquie : 77 ème rang de Transparency international (chiffres 2004)

8. Chapitre 5 La France au secours de l’UE

• Appel à la crise, déclenchée par la France pour sauver une certaine conception de l’UE, d’ici décembre 2004 (date à laquelle la décision doit être prise par le Conseil européen de poursuivre le processus menant à l’adhésion).
• Nécessité de décider de manière souveraine / USA ; l’ingérence de George W Bush à Istanbul était intolérable.


Conclusion : L’UE est à un moment clé de son destin ; comme la République de Venise, opulente, elle peut disparaître, faute d’avoir réagi à la « globalisation » de son temps, faute d’avoir su bâtir des coopérations avec les villes voisines. La question dépasse largement celle de l’adhésion turque : c’est la survie de l’UE communautaire qui est en jeu.

Une version mise à jour et complétée est sortie en 2005.

 

Edité aussi en allemand : « EU-Türkei : eine Zwangsheirat ? » Berliner Wissenschafts- Verlag, 2006 et en grec, chez Livani (2005).

 

 

Caricature parue dans le journal suisse germanophone Tagesanzeiger en décembre 2004, illustrant les difficultés du gouvernement Raffarin en raison du débat sur la Turquie, nourri par mon livre Le Grand Turc et la république de Venise

 

 

 

 



Editions du Seuil, « Le Coq et la perle », un essai sur l’Europe qui explique la méthode communautaire et appeler les Français au sursaut européen.

 

Le Coq et la perle, 50 ans d’Europe, Le Seuil, février 2007


Le titre de l’ouvrage est emprunté à une Fable de La Fontaine qui raconte l’histoire d’un Coq qui trouve une perle et l’échange contre un grain de mil de bien moindre valeur ; en 2005, les Français et les Néerlandais ont fait un choix similaire ; ils ont rejeté le traité constitutionnel, révélant que le malaise des Européens est profond : quelle est la raison d’être de cette Union qui n’unit guère et a doublé le nombre de ses membres en dix ans ? Nul ne le sait plus. Que s’est-il notamment passé en France, pays fondateur ?

Pour sortir de l’impasse actuelle, l’idée de ce livre est de prendre du champ. Dans le fond, d’où sommes-nous partis et quelle Europe unie avons-nous réalisée? Ce livre redonne la parole à ceux qu’il est convenu d’appeler les « pères fondateurs » dont la pensée est méconnue aujourd’hui. Ce sont notamment Jean Monnet, Robert Schuman, Paul-Henri Spaak, Konrad Adenauer, Alcide de Gasperi, Walter Hallstein, Robert Marjolin, Altiero Spinelli.

A la lecture de leurs écrits, l’erreur des dernières années saute aux yeux : l’Union européenne est exactement retombée dans l’ornière dont ils ont voulu sortir l’Europe. Elle a négligé leur enseignement, leur méthode de travail. Rares sont les hommes politiques qui pensent et agissent en Européens. Plus personne ne se sent responsable de l’intérêt commun. Plus personne n’explique les vertus, ni n’assume les contraintes de l’intégration.

D’indifférence en négligences, la démolition du projet communautaire, délibérée chez certains, inconsciente chez d’autres, est en cours. Le nationalisme, la petitesse, l’égoïsme, les réflexes protectionnistes reviennent en force. Comme sous la restauration au XIXème siècle, c’est une véritable « réaction » qui est en route. Les « ultras » de l’Etat Nation, les hommes des anciens schémas de pensée, les chauvins, nient la révolution communautaire. Ils sont en train de gagner la partie. L’Europe se fait au ras des pâquerettes, par à coups, sans moyens, sans hauteur de vue. Obsédés par la quête d’avantages immédiats ou la défense de situations acquises, les Européens ne voient plus le trésor qu’ils possèdent.

Rien, dans ce constat, ne doit nous désespérer. Nos aînés nous ont légué une extraordinaire innovation. Aussi longtemps que leur méthode de coopération a été correctement appliquée, elle a fait ses preuves. Depuis que nous nous en sommes éloignés, l’intégration marque le pas. Les difficultés actuelles sont donc passagères et réversibles : il suffira de se remettre enfin à faire l’Europe sérieusement pour que l’élan revienne.

Le dessein de ce livre est mettre en lumière les zones laissées dans l’ombre. Il n’apporte pas de réponse toute faite mais cherche à susciter la réflexion, à rappeler les rudiments si souvent oubliés. En donnant aux électeurs quelques clés pour distinguer les authentiques Européens des marchands d’illusions, il prépare le rebond. L’Europe est une trop belle idée pour la laisser mourir.

Plan du livre

- le chapitre 1er démonte l’argumentation des adversaires de l’Europe unie selon lesquels l’Europe était intravertie et qu’elle doit désormais s’adapter à la mondialisation ; la lecture des pères fondateurs dément catégoriquement cette affirmation. Leurs ambitions étaient d’ordre « civilisationnel ». Conscients des évolutions du monde, ils voulaient défendre les valeurs et les intérêts européens, permettre à l’Europe de « contribuer à un monde meilleur ».

- Le chapitre 2 montre à quel point l’Europe communautaire est une révolution passée inaperçue ; ses institutions ne sont pas nées par hasard ; elles sont le fruit d’une méditation sur les erreurs commises après la première guerre mondiale.

- Le chapitre 3 détaille les principes fondateurs de l’Europe unie ; celle-ci nécessité un effort de compréhension mutuel, un sens du sacrifice pour étayer la solidarité et la création de la confiance par delà les frontières.

- Au chapitre 4, sont évoquées les caractéristiques principales de la « méthode communautaire » : l’abandon de l’unanimité et le recours au vote majoritaire pour prendre des décisions ; l’équilibre entre les Etats les plus peuplés (les grands) et le smoins peuplés (les petits) ; l’échec des ersatz à cette méthode est patent (stratégie de Lisbonne par ex).
- Dans le chapitre 5, les rapports de la France et de l’Europe sont analysés ; handicapée par sa conception de l’égalité, son refus de faire la différence entre Etats-Unis et URSS, aveuglée par la puissance, la France est l’Etat qui entretient avec l’Europe les relations les plus complexes, à la fois les plus étroites et les plus violemment négatives. Certains traits français sont cependant tout à fait salutaires pour le développement européen : la sensibilité aux questions culturelles, le refus d’une mondialisations sans règle et même un certain volontarisme…

- Enfin, la conclusion consiste à inviter l’Europe à retrouver le sens de l’intérêt commun, à réfléchir à son identité et à oser, si nécessaire, recourir à une avant-garde qui ne simplifiera pas tous les problèmes.

La conclusion est empruntée à Monnet : quelles que soient les difficultés, il faut continuer.

 

 

« Le Coq et la perle » de Sylvie Goulard a été retenu pour la finale du prix européen du livre, avec deux autres ouvrages, les « Etats-Unis d’Europe de Guy Verhofstatd et de Josep M. Colomer « Grandes imperios, pequenas naciones ». La remise du prix a eu lieu le 5 décembre au soir à Bruxelles. Au départ, une soixantaines de livres (essais mais aussi romans) publiés dans diverses langues européennes, avaient été sélectionnés. C’est Guy Verhofstadt, Premier ministre belge, qui l’a emporté.

Le premier « Prix du livre européen » a été attribué, mercredi 5 décembre, à Guy Verhofstadt pour son essai « Les Etats-Unis d'Europe », lors d'une cérémonie au Parlement européen pendant laquelle ont pris notamment la parole Jacques Delors, José Manuel Barroso, Hans-Gert Pöttering et Jean-Marie Cavada. ... suite

 

Europa fehlt der Ruck
Fiche de lecture de " Le Coq et la Perle " de Sylvie Goulard rédigée par Jeanne Rubner, Journaliste, pour le Süddeutsche Zeitung, le lundi 15 octobre 2007. ...suite

Le point d'Alain Duhamel
Le coq français et la perle européenne
12 avr 2007 - Alain Duhamel - © Le Point
Le paradoxe le plus baroque de cette campagne présidentielle tient à l'absence assourdissante de l'enjeu européen dans le débat. Il y a moins de deux ans, la France entière se passionnait pour le référendum sur les institutions européennes, la participation électorale grimpait en flèche et le non tricolore retentissait comme un tocsin à travers les vingt-cinq Etats membres de l'Union. ...suite

Référence au livre Le coq et la perle
" Journal du Dimanche " du dimanche 18 mars 2007

Fiche de lecture, Le coq et la perle
" L’agence Europe " du mardi 13 mars 2007

Article sur " le coq et la perle "
" Le Monde " du Mardi 13 février 2007
Contre une Europe tiède et résignée

Fiche de lecture " Le coq et la perle "
" Sud Ouest " du Lundi 12 février 2007
« Une adresse à ceux qui font l'Europe sans y croire »

Fiche de lecture
" Ouest-France " du Samedi 3 février 2007
Le coq gaulois et la perle Europe, Essai de Sylvie Goualrd

Fiche de lecture " Le coq et la perle "
" AFP " du Jeudi 01 février 2007
Dépêche

 

« Il faut cultiver notre jardin européen » - Le Seuil, juin 2008

Le titre de l’ouvrage est inspiré par la dernière phrase de Candide. En effet, la coïncidence aurait amusé Voltaire. Deux cent trente ans après sa mort, son ironie n’a pas vieilli. L’histoire de l’Union de la Méditerranée, c’est Candide au XXIème siècle. Dans cette aventure aussi, il est question d’Allemagne et de Méditerranée ; la quête du « meilleur des mondes possibles » passe par Lisbonne et traverse des pays où l’on interdit toujours de penser et de ne pas croire ; elle vaut de recevoir quelques coups de pied allemands bien sentis et, à la fin, les héros seront peut-être heureux de « manger des cédrats confits et des pistaches » avec les Turcs. Surtout, les enseignements de ce conte philosophique contemporain rejoignent la morale voltairienne : « il faut cultiver notre jardin » européen.

Cet ouvrage examine la pertinence d’un projet que Nicolas Sarkozy a exposé lorsqu’il était candidat à la Présidence de la République, consistant à créer une « Union de la Méditerranée » ouverte aux pays riverains de cette mer, qu’ils soient européens ou du sud [1]. Une fois élu Président, il a confirmé son intention dans un deuxième discours prononcé à Tanger [2].

L’importance de la zone méditerranéenne ne fait pas de doutes. La stabilité de l’Union européenne comme sa prospérité en dépendront en partie à l’avenir. Mais, dans sa version initiale, le projet du Président français comportait plusieurs failles préoccupantes que le livre développe dans cinq chapitres.

1. D’abord, il excluait l’Allemagne et tous les pays de l’UE qui ne sont pas riverains de la Méditerranée, rompant ainsi avec le choix fondamental opéré dans les années 50 selon lequel il n’y aurait plus désormais qu’une seule et unique communauté stratégique franco-allemande. L’avenir de l’Europe ne se jouera pas seulement au sud, ni seulement à l’est. Il se jouera dans notre capacité à accompagner, dans une démarche commune, la démocratisation et le développement de tout notre voisinage.

2. Il consistait en outre à lancer un grand projet diplomatique en dehors de la politique étrangère et de sécurité commune à 27, en dehors des processus euro-méditerranéens qui existent depuis 1995 (processus de Barcelone). Cette approche n’est pas du goût de nos partenaires européens ; elle ne répond pas non plus forcément aux aspirations des pays du Sud qui préfèrent avoir l’UE entière comme interlocuteur ; celle-ci offre en effet les chances d’amorcer un dialogue dépourvu de ressentiment post-colonial et les opportunités d’un marché bien plus vaste.

3. Le contenu exact de ce partenariat était incertain. De nombreuses allusions au vocabulaire communautaire (« Union » ; « communauté de destin » ; « union sans cesse plus étroite »), comme le souci de parité dans les relations nord / sud ou encore le recours à des « projets concrets », ne laissaient subsister aucun doute sur l’inspiration. Il s’agissait bien de la Communauté européenne elle-même. Mais, dans le même temps, de nombreuses différences se faisaient sentir avec ce précédent : le projet était une initiative française unilatérale ; l’absence de dialogue entre pays du sud ne permet pas d’observer une volonté de réconciliation ; les valeurs communes font défaut entre nord et sud ce qui interdit de parler de « communauté de destin » ; une relation paritaire est difficile à instaurer en l’absence de libre circulation des personnes ; les problèmes endémiques du Sud, comme la corruption, le manque de démocratie, de liberté, les discriminations envers les femmes, ne sont pas même évoqués.

4. Conçu à l’origine comme une alternative à l’adhésion de la Turquie à l’UE, le projet a clairement fait long feu. La question des frontières de l’UE demeure entière ; or aucune réorientation des négociations d’adhésion ne sera possible sans le soutien de l’Allemagne. D’où l’importance de ne pas aborder cette zone en faisant « cavalier seul », sans Berlin.

5. Enfin, les citoyens n’ont pas été consultés, ni impliqués. Comment imaginer de créer une deuxième « union », en 2008, sans vérifier que les citoyens en acceptent le principe, s’agissant notamment de pays qui accusent de graves retards en matière de droits de l’homme, de liberté religieuse, d’égalité hommes / femmes ? En privilégiant les rencontres au sommet, comme le sommet des 13 et 14 juillet 2008, les autorités françaises, loin de suivre la méthode communautaire, sont revenues aux illusions intergouvernementales. Dans ces pays là, les gouvernements en place sont autant une partie du problème que leur solution. Mieux vaudrait travailler avec les sociétés, les ONG, les collectivités locales.

Lors d’une rencontre franco-allemande à Hanovre, en mars 2008, la Chancelière a exposé ses réticences ; un compromis a été trouvé qui consiste à ramener le grand projet français là où il aurait toujours dû rester ; dans le cadre de l’UE à 27. Cette solution a été entérinée par le Conseil européen du même mois. La Commission a commencé à travailler sur l’hypothèse d’une relance du processus de Barcelone.

Sans doute serait-il temps de méditer sur la question de savoir pourquoi, à chaque alternance, les nouveaux dirigeants – français ou allemands – sont tentés par une incursion solitaire en dehors des sentiers battus. Avant de revenir au bercail commun. Encore faudrait-il savoir ce que signifie cette concession majeure aux Allemands : une manœuvre tactique à la veille de la Présidence française de l’UE ou une inflexion stratégique

 
Autres livres

 

Le partenariat privilégié, alternative à l’adhésion,
Note bleue de la Fondation Schuman n°38, sortie le 6 décembre 2006.

Ce livre est le fruit d’un travail collectif que j’ai animé et qui a rassemblé des Européens convaincus, de toutes sensibilités et d’origines diverses, pour lesquels j’ai beaucoup d’estime :

- Rudolf Scharping, ancien ministre fédéral de la défense et ancien candidat à la Chancellerie (SPD) ; à l’époque où le Chancelier Schröder se prononçait fortement pour l’adhésion, en invoquant notamment des arguments stratégiques, il est intéressant que son ancien ministre de la défense ait contesté ses thèses, au nom de l’Europe ;
- Karl Theodor Freiherr zu Guttenberg (CSU), à l’époque député au Bundestag et l’un des bons connaisseurs des questions internationales du camp chrétien démocrate, dans la jeune génération ; entretemps ils est devenu ministre de l’économie du gouvernement Merkel ;
- Pierre Defraigne, ancien directeur de cabinet de Pascal Lamy à la Commission européenne ; un grand haut fonctionnaire, aujourd’hui directeur d’une fondation qui œuvre à Bruxelles pour nourrir le débat d’idées (Fondation Madariaga) ;
- Carlo Altomonte, économiste, professeur à l’Université Bocconi de Milan ; Carlo a rédigé les passages très éclairants sur le risque de voir monter les inégalités en Europe ; à la lueur de la crise, cette analyse se révèle hélas tout à fait exact ;
- Lucas Delattre, ancien journaliste, correspondant du Monde en Allemagne, puis directeur du Bureau du Conseil de l’Europe à Paris ; il nous a aidé à mesurer combien l’action du Conseil de l’Europe en matière de droits de l’homme et de libertés fondamentales offre des garde-fous pour le cas où la Turquie n’adhèrerait pas à l’UE.

Cet ouvrage est né d’une idée simple : sortir des polémiques autour de l’adhésion éventuelle de la Turquie à l’UE afin de faire connaître en France le travail important – et unique à ma connaissance – qu’avait effectué Karl Theodor zu Guttenberg pour donner un contenu précis et concret à une alternative à l’adhésion de la Turquie à l’UE. Nombreux sont ceux qui, de manière générale, ont évoqué un partenariat mais rares sont ceux qui ont pris la peine d’étudier les traités pour déterminer, matière par matière, et dans un esprit positif, en quoi il peut consister.

On peut y demeurer hostile mais ce livre prouve que ce n’est pas un lot de consolation, ni une coquille vide. Il nous est apparu important de sortir du raisonnement du « tout ou rien », l’adhésion ou le chaos qui, trop souvent, domine les débats. Nos rapports avec ce pays important, héritier d’une grande histoire et appelé à jouer un rôle majeur dans la région, sont stratégiques ; nous devons éviter qu’un éventuel refus ou un report de l’adhésion, ne déclenche des spirales négatives.

Entre les membres de ce groupe, il n’y avait pas accord unanime ; certains étaient plutôt partisans de l’adhésion ou du moins souhaitaient que le processus se poursuive. D’autres étaient plus réticents et préféraient un partenariat mais chacun a joué le jeu consistant à discuter, sans tabous, des aspects positifs et négatifs, pour l’UE et le pays candidat, des différentes options. Ce type de discussion par delà les frontières est hélas trop rare en Europe.

Le livre affirme qu’une approche constructive, sincère est préférable aux non dits actuels. Il détaille pourquoi l’adhésion de la Turquie poserait des questions institutionnelles, budgétaires et surtout économiques et sociales qui doivent impérativement être réglées d’une manière ou d’une autre. Il tente de proposer des solutions alternatives dont on peut naturellement débattre mais qui méritent d’être regardées de près, surtout quand l’UE se débat toujours dans sa réforme institutionnelle et ses doutes internes.

 

 
TNS Sofres Contribution à l’ouvrage collectif « L’état de l’opinion », chapitre sur « L’Europe après le non »