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Une Europe sans femmes ? Question ouverte à Laurent Wauquiez et quelques autres
Avec un peu de retard, mais non sans surprise, je viens de découvrir la tribune co-signée par un « collectif de personnalités », publiée sur le site Les Echos.fr, le 8 avril dernier, sous le titre « L’Europe que nous défendons ». La démarche mérite d’être saluée : l’Europe a bien besoin d’être défendue contre des attaques souvent exagérées voire dépourvues de fondement ; le débat public fourmille de simplifications et élucubrations que les auteurs de ce texte ont raison de contester. Sous quelques réserves mineures, je partage assez largement l’analyse qui y est développée. Et le fait que des grands chefs d’entreprise et des économistes français de renom se mobilisent est un point extrêmement positif.
Toutefois, un « détail » a retenu mon attention : l’Europe que ces signataires défendent serait-elle par hasard exclusivement… masculine ? Comment peut-on arriver à rassembler une quarantaine de noms et que – sauf erreur de ma part - pas une femme n’apparaisse ? Il existe bien des économistes, des responsables d’entreprise, des personnalités politiques de sexe féminin qui auraient pu écrire ou signer ce texte. Défendre l’égalité hommes / femmes, augmenter le taux d’emploi féminin sont des objectifs constants de l’UE. Et même les rapports du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) soulignent l’importance cruciale de la participation des femmes à la vie publique et à l’activité économique. Serions-nous si en retard en France ?
Une des choses que nul ne peut défendre, ni d’un point de vue humain, ni en termes de compétitivité, serait une Europe privée de la moitié de sa population.
J’ignore comment ces noms ont été rassemblés, peut-être à la hâte et sans plan préconçu ; il est possible que la plupart des signataires n’aient pas été avisés du résultat de la « boule de neige ». Mais quel carnet d’adresses ces messieurs ont-ils donc pour qu’ils en soient arrivés là ? Et comment un site lié à un journal aussi sérieux qui compte dans ses rangs des journalistes femmes de qualité n’a-t-il pas relevé l’anomalie ?
Sans rancune, Messieurs, après cet acte manqué mais attention à ce qu’on pourrait appeler du « machisme par inadvertance ». Les dommages collatéraux sont parfois les plus redoutables.
Sylvie Goulard
L'Europe que nous défendons !
A en croire certains esprits chagrins, l'Europe serait responsable de tous nos maux. La France fait face à une crise financière et économique sans précédent venue des Etats-Unis ? La faute à l'Europe. La France doit se battre pour rivaliser avec les grands émergents dans la course aux exportations ? La faute à l'Europe. Le prix de l'essence et des matières premières augmente ? La faute à l'Europe.
Entonner ce refrain dès que surgit la moindre difficulté n'en fera pas une vérité. Mais il y a plus grave : désigner systématiquement l'Europe comme bouc émissaire est la meilleure manière d'alimenter tous les populismes et les extrémismes. Il est grand temps de rétablir la réalité des faits.
D'abord, l'UE est la première puissance commerciale au monde. Ses 500 millions d'habitants en font un marché de consommation plus vaste que les Etats-Unis ou la Russie. L'UE est dotée de normes de mieux en mieux harmonisées et d'une liberté d'établissement et de prestations de services qui facilitent l'implantation de nos entreprises. C'est grâce à l'envergure de l'UE que nos industriels et nos entreprises de service ont les moyens de peser auprès des autres grandes puissances pour l'accès aux marchés, le respect de la propriété intellectuelle, la lutte contre le dumping...
Ensuite, la monnaie donne à nos entreprises la stabilité nécessaire au sein d'une zone euro où la coordination et la solidarité ne cessent de se renforcer.
Imaginons une France sortie de l'euro. Quelles seraient les conséquences ? Une dévaluation et une augmentation incontrôlée du prix des matières premières (avec des conséquences directes sur notre production et nos emplois), mais aussi une hausse des taux d'intérêt (et un accès plus difficile au crédit, pour les particuliers et les entreprises). On assisterait à une explosion des importations qui déséquilibrerait gravement notre balance commerciale, sans même parler du surcoût lié aux variations de change. Qui en subirait le contrecoup ? Les consommateurs, qui, arrivant en bout de chaîne, paieraient tous les produits importés infiniment plus cher !
Enfin, on oublie un peu vite que l'Europe a toujours agi en amont pour consolider les bases de sa croissance. L'Union européenne a engagé plus de 50 milliards d'euros pour la recherche et l'innovation. L'UE a récemment décidé de placer la barre plus haut encore : un fonds européen des brevets et un fonds européen de capital-risque sont attendus ainsi qu'un brevet unique dans 25 Etats de l'UE. Enfin, la nouvelle mouture du Small Business Act européen permettra d'améliorer l'accès au financement et de simplifier la réglementation pour les PME. Un « test PME-TPE » permettra d'évaluer les impacts de toutes les propositions législatives européennes sur les PME. L'Europe joue un rôle majeur d'organisation, d'animation et d'impulsion pour notre économie. Le Conseil européen des 24-25 mars a marqué à cet égard une étape importante. Le gouvernement économique, défendu par la France depuis Maastricht et tabou il y a encore deux ans, devient peu à peu réalité.
Certes, tout n'est pas parfait et l'Union européenne a encore du chemin à parcourir : elle doit se doter d'outils pour une politique industrielle forte, mieux faire valoir la réciprocité dans lses échanges commerciaux, promouvoir la qualité de ses services publics (notamment par le biais de partenariats public-privé) et favoriser l'emploi.
C'est en renforçant ainsi ses exigences à l'égard de ses partenaires et d'elle-même que l'Europe se prémunira efficacement contre les bulles spéculatives et autres crises « d'ajustement » et affirmera son positionnement comme terre d'équilibre. C'est ce modèle ambitieux, fondé sur la conciliation entre préoccupations sociales et compétitivité économique, que nous devons promouvoir. L'Europe doit et peut être la clef d'une sortie de crise durable pour l'ensemble de nos concitoyens.
Patrick Artus, Gilles Babinet, Charles Beigbeder, Nicolas Bergerault, Jean-Paul Betbèze, Patrick Blain, Christian de Boissieu, Lionel Breton, Jean-René Buisson, Pierre Cahuc, Philippe Camus, Philippe Crouzet, Jacques Creyssel, Franck Esser, Antoine Frérot, David Gordon-Krief, Paul Hermelin, Pierre Kosciusko-Morizet, Patrick Kron, Michel Landel, Thibault Lanxade, Jean Lardin, Patrick Liebus, Christophe de Margerie, Gérard Mestrallet, Pierre Mongin, Lars Olofsson, Augustin Paluel-Marmont, Guillaume Pépy, Guillaume Poitrinal, Pierre Pringuet, Didier Ridoret, Jean-François Roubaud, Jean-François Roverato, Michel de Rovira, Ben Verwaayen, Chris Viehbacher, Luc Vigneron, Laurent Wauquiez.
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