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Être députée au Parlement européen

Sylvie Goulard répond aux interrogations sur sa vision et son expérience de député européen

Quelle différence faites-vous entre la fonction de député européen et celle de député national?

Je n'ai jamais été députée au Parlement national mais il me semble voir trois différences majeures :

- le Parlement européen est une construction originale. Il s'agit du seul Parlement élu au suffrage universel direct dans une entité qui n'est pas un Etat. C'est aussi un Parlement jeune, dont certains pouvoirs sont parfois plus poussés que ceux des Parlement nationaux (les auditions des commissaires européens, par exemple, sont inédites pour les ministres et méconnues du grand public); ses pouvoirs législatifs vont croissant. Mais même les gouvernements qui ont négocié et signé le traité de Lisbonne (c'est-à-dire le Conseil européen actuel dont Nicolas Sarkozy, Angela Merkel, José Luis Zapatero, Silvio Berlusconi etc.) rechignent à faire vivre la codécision législative; j'en ai fait l'expérience comme rapporteur sur la supervision financière et maintenant sur la gouvernance de l'euro. Les partis nationaux, les médias restent focalisés sur le débat national; ils ne rendent pas compte des évolutions juridiques et de ce qu'on pourrait appeler le "basculement du monde", c'est-à-dire l'avènement de nouvelles puissances majeures, peuplées, dynamiques. Cela complique singulièrement notre tâche, comme je l'ai exprimé dans mon papier paru dans Libération du jeudi 12 mai sur "l'eurodéputé, ce soldat inconnu"; l'idée traîne encore dans bien des têtes que les décisions sont prises par les seuls gouvernements. Et pour certains élus nationaux, nous serions des parlementaires de "deuxième classe".

- Au Parlement européen, nulle majorité ne se dégage, en bloc, le soir des élections comme en France. Cela nous évite d'avoir à jouer un "jeu de rôle" préétabli consistant soit à soutenir un gouvernement sans grande marge de manœuvre, soit à s'opposer de manière relativement systématique; chaque rapporteur bâtit sa majorité sur son dossier et doit élargir le compromis au-delà de sa propre famille politique; on peut en espérer une meilleure appropriation des lois : toutes les familles sont associées au travail législatif. L'alternance conçue dans sa forme la plus brutale qui, en France, conduit certains à se croire obligés de défaire ce qu'a fait la majorité précédente, n'existe pas;

- Enfin, la diversité culturelle est extrêmement forte. De nombreux pays ont des cultures démocratiques plus apaisées que la nôtre, plus consensuelles. Les lignes de clivage ne sont ni nationales à 100%, ni partisanes à 100% mais souvent une combinaison de ces facteurs.


Le traité de Lisbonne parle de "démocratie européenne". Pensez-vous que la démocratie puisse sortir du cadre national?

Oui, sinon je ne me serais pas engagée en politique au niveau européen. Parfois, c'est une dure mission, en raison des barrières qui demeurent dans les têtes malgré les évolutions des traités et aussi en raison des différences culturelles, comme je viens de la dire, mais c'est une aventure exaltante. Le cadre national n'est plus suffisant pour régler bien des problèmes pendants : changement climatique, régulation de la finance, des migrations etc. Le processus prendra du temps mais, quand on réfléchit dans une perspective de moyen terme, le besoin de gouvernance supranationale ira en augmentant. L'Europe aurait une longueur d'avance à valoriser au plan mondial si elle savait mieux en jouer. Les entreprises, les ONG sont souvent en avance sur les milieux politiques : le nombre de lobbyistes et associations de professionnels qui gravitent autour de nous montre que certains savent que la démocratie, au niveau européen, est extrêmement vivante; et qu'un des lieux du pouvoir est là. Pas le seul mais l'un d'entre eux, assurément.


Comment rendez-vous compte de votre mandat de député européen aux électeurs?

Grâce à internet, nous pouvons tenir au courant des personnes à distance. Je refuse comme certains de "twitter" le moindre de mes mouvements mais m'astreins à rendre compte, en détail, par des "chroniques" de fond régulières, de ce qu'est mon activité à Bruxelles, Strasbourg ou sur le terrain, voire encore dans d'autres pays. J'écris des articles dans la presse ou sur le Net. Je poste des vidéos pour informer. J'ai aussi un réseau de correspondants qui sont mes relais dans chaque département. Ceci posé, la circonscription est immense (13 départements et 1 seul élu MoDem); je sais bien que certains peuvent désirer voir plus souvent leur député. Mais au moins, je ne cumule pas les mandats, je n'ai pas d'activité professionnelle parallèle. Mon temps est dédié à ma fonction de députée. Et je crois que les professionnels, les citoyens qui s'attachent au travail, font la différence.


En quelle langue communiquez-vous avec vos collègues parlementaires hors de l'Assemblée?

En français avec les Français, sinon en anglais, allemand et italien, les langues que je peux utiliser. L'anglais est la langue de travail, de plus en plus, ne le cachons pas. Mais le plurilinguisme permet de se faire des réseaux de manière plus subtile, de comprendre des partenaires. Les Allemands jouent notamment un grand rôle dans cette institution, à la mesure de la taille et du poids politique et économique de leur pays.


Avez-vous une visibilité sur les actes législatifs que vous aurez à discuter en séance dans les mois qui viennent? Si oui, l'agenda européen vous semble-t-il bien pensé? Quels défauts y voyez-vous?

En matière de finances, l'agenda est chargé car la Commission européenne rattrape des années de temps perdu. L'actualité sur l'euro appelle aussi un travail important, qu'il soit législatif ou d'audition, comme celle bientôt de Mario Draghi. En commission AGRI, la réforme de la PAC est à l'ordre du jour.


Le Parlement dispose de pouvoirs renforcés avec les traités de Maastricht puis Lisbonne. Quels sont les manques de cette Assemblée selon vous?

Il manque au Parlement un vrai pouvoir budgétaire et à l'UE des ressources propres. Pour le reste, il faut que les gouvernements respectent les compétences qu'ils ont eux-mêmes voulu donner au Parlement européen et que, bien sûr, nous-mêmes soyons à la hauteur de cette mission : honnêtes, soucieux de l'intérêt général européen et non de notre petite circonscription seulement, engagés compétents. Un certain nombre de députés, de toutes tendances, travaillent dur et sont en mesure de jouer ce rôle. Hélas, certains états-majors de partis envoient aussi à Bruxelles des ministres éclopés ou des recalés de la vie politique nationale; des extrémistes trouvent aussi à Bruxelles un financement commode de leurs activités eurosceptiques; ils sont payés à démolir l'Europe et personne n'en est surpris, ce qui me choque profondément.


Comment pensez-vous possible de renforcer le taux de participation des citoyens aux élections européennes?

Tout d'abord en ayant des résultats dans des domaines comme l'économie, l'emploi, l'environnement et en faisant prendre conscience aux états-majors des partis et aux gouvernements nationaux qu'ils ont trop joué avec l'Europe ces dernières années. La crise actuelle de l'euro est la rançon d'une mentalité de passagers clandestins qui profitent des avantages tout en refusant, pour certains, les devoirs.

Aussi, en envoyant à Bruxelles des personnes compétentes ou du moins prêtes à travailler dur dans une atmosphère multiculturelle, en combattant le cumul des mandats et les vaines promesses des députés volages qui ne restent qu'un temps, en expliquant l'Europe sans relâche et en ouvrant ses portes. J'ai moi-même fait venir beaucoup de jeunes au Parlement européen et même une chorale de SDF!

Il faut aussi ouvrir des espaces nouveaux dans les médias. Il y a beaucoup à faire et, vu d'où nous partons, une vraie marge de manœuvre positive!


Participez-vous et comment aux relations entre le Parlement européen et les parlements nationaux?

Je vais régulièrement aux réunions organisées alternativement par le Sénat ou l'Assemblée nationale. Certains collègues élus nationalement viennent à Bruxelles. Les commissions du Parlement européen organisent des rencontres à thème, une fois par an en mars par exemple pour ECON. Je participe aussi à des auditions dans d'autres Parlements, comme le Bundestag allemand par exemple. Il faut développer ce dialogue. L'une de mes propositions dans le paquet "gouvernance économique" tend à décloisonner les débats national et européen. Certains y voient, à tort, une quête de pouvoirs. C'est un besoin vital; l'avenir de l'euro en dépend.


Croyez-vous possible d'extrapoler la notion de citoyenneté européenne en allant jusqu'à évoquer un possible "peuple européen"?

La question est trop théorique. Elle n'intéresse guère en dehors des cercles intellectuels. Et la réponse dépend de la manière dont on la pose. Par exemple, nos soldats qui meurent séparément en Afghanistan ne sont-ils par tous les défenseurs de nos valeurs communes? Qui croit en la perpétuation de nos armées nationales dépourvues de moyens sophistiqués? Et la solidarité financière et économique devrait nous amener à renforcer les liens, la confiance, la connaissance mutuelle. La crise hélas génère un repli et un retour des clichés. La montée du nationalisme doit être vigoureusement combattue sinon, à terme, elle emportera les politiques communes. Un peuple ou plusieurs, tout me va si l'esprit est coopératif. D'ailleurs, tous les jeunes qui surfent jour et nuit sur Facebook ont-ils la même vision des peuples que leurs aînés?


A terme, pensez-vous que le Parlement européen puisse incarner une vraie démocratie supranationale?

YES we can.


Quels sont les dossiers dont vous avez la charge qui vous paraissent particulièrement importants et pertinents pour l'UE et pour les Européens?

La gouvernance de l'euro est sans doute celui qui concerne le plus directement plus de 300 millions d'Européens.

 
 

Agenda

6 juin 2012, Natixis, participation à une conférence dédiée à la relation entre les banques centrales et les institutions européennes.

 

Plus de détails; Tout l’agenda.

Correspondants locaux

ADLE/ALDE



MoDem

Du nouveau

Nouvel obs 16 mai, 2012, Nouvel Obs, "Hollande - Merkel : pourquoi la France n'est pas en position de force en Europe" Vingt-septième contribution de Sylvie Goulard. Mieux comprendre les différences de vision françaises et allemande permettre une meilleure coopération entre Hollande et Merkel pour définir le projet européen et mener les réformes nécessaires. Lire.

 

Le Monde15 mai 2012, Ouest France, "Tourner la page de Merkozy", interview de Sylvie Goulard. Lire.

 

BFM 9 mai 2012, BFM Business, Sylvie Goulard est l'invitée de Stéphane Soumier sur Good Morning Business. Voir.

 

Le Monde10 mai 2012, Le Monde, "Urgente démocratisation des institutions", tribune de Sylvie Goulard qui montre que l'Europe, enceinte d'une Union politique, hésite entre le "déni de grossesse" et la "délivrance". Elle remet les efforts de François Hollande dans une perspective européenne. Lire.

 

La Croix 7 mai 2012, Debating Europe, Have the French and Greek elections broken the consensus for austerity ?, jeu de questions (internautes)/réponses(Sylvie Goulard) sur la gouvernance économique de la zone euro. Lire en anglais.

 

La Croix 7 mai 2012, Le Pélerin, "M. le Président, restaurez l’esprit européen", message de Sylvie Goulard adressé au nouveau président de la République qui doit "restaurer un bon esprit" européen à Bruxelles. Lire.

 

4 mai 2012, L’Europe, le « post-it » sur le frigo ? Réflexions de Sylvie Goulard suite au débat présidentiel du 3 mai. Lire.

 

4 mai 2012, IPSI (Istituto per gli studi di politica internazionale), "Sarkozy, Hollande and the end of "Merkozy". Lire en anglais.

 

Libération 3 mai 2012, Libération, "La Force de la France, c'est son ouverture". Tribune de Sylvie Goulard en réponse à certains discours de campagne qui privilégient les intérêts de court terme sur la tradition européenne et universelle qui a fait la grandeur de notre pays. Lire.

 

La Croix

3 mai 2012, La Croix, "Le couple italo-allemand peut-il remplacer le couple franco-allemand en Europe ?" Interview de Sylvie Goulard qui observe une forte convergence d'Angela Merkel et de Mario Monti en matière de gouvernance économique européenne. Lire.

 

3 maggio 2012, La Francia (e l'Europa) che verrã

Francia diretta Domenica prossima gli elettori francesi si recheranno alle urne per decidere se continuare ad affidare la presidenza a Nicolas Sarkozy o incaricare il candidato socialista François Hollande. Suite.

 

Nouvel obs 30 avril, Nouvel Obs, "Nicolas Sarkozy ou l'escroquerie des frontières", Vingt-sixième contribution de Sylvie Goulard qui souligne le danger de la vision étroite et nationaliste de Nicolas Sarkozy dans une époque mondiale, laquelle nécessite des réponses européennes et mondiales aux problèmes transfrontaliers. Lire.

 

Nouvel obs 24 avril, Nouvel Obs, "Sarkozy ou Hollande peuvent-ils réconcilier les Français avec l'Europe ?" Vingt-cinquième contribution de Sylvie Goulard qui expose la tâche urgente du prochain Président de la République : assainir les finances publiques, restaurer la compétitivité nationale tout en permettant à l'Europe de renouer avec ses objectifs initiaux de prospérité, d'emploi et de bien être des populations. Lire.

 

16 avril, Das Parlament, Interview de Sylvie Goulard sur les élections présidentielles. Lire en allemand.

 

Financial times 19 avril, Financial Times, "France must set aside the spirit of Asterix." Article de Sylvie Goulard. Lire.

 

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