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Chronique du FMI – Quelle sera la place de l’Occident dans le monde ?

Je ne ferai aucun commentaire sur ce qui est arrivé à Dominique Strauss-Kahn et à une jeune femme à New York. La justice américaine tranchera. Juste un mot sur sa succession. Une bataille stratégique est en cours. La lecture de la presse internationale permet d’entrevoir ce que le débat de politique intérieure française a tendance à occulter : un enjeu colossal.

Cette succession est en effet la première du « monde d’après », i.e. du monde d’après la première la crise de la globalisation. Nos leaders nationaux, trop occupés à garder leur place, ou à la conquérir, ne voient pas combien le monde change. Depuis des siècles, des Européens dominaient le monde, en partage, depuis 1918, avec les Etats-Unis. Aujourd’hui, d’autres revendiquent « le leadership » : derrière une demande de « job » mineure en apparence, les pays émergents font savoir qu’ils sont prêts à pousser les Occidentaux hors de leurs traditionnels bastions. La guerre est à fleuret moucheté, en termes diplomatiques mais ce n’en est pas moins une bataille décisive. Ce qui est en jeu au FMI, même sans vouloir être grandiloquant, c’est la place de l’Occident dans le monde (voir par exemple dans le Financial Times du 26 mai, Eswar Prasad « The BRICs must put up a fight for IMF top job » ou le Corriere della Sera du 27 mai, « Lagarde, l’ultima scelta di un Europa marginale »).

Les pays émergents ont des atouts : leur poids démographique, leurs immenses talents qui expliquent leur rattrapage rapide et impressionnant, la place qu’ils ont déjà acquise. Il n’y a pas de raison qu’un jour, ils n’accèdent pas à certaines responsabilités. Mais ces éléments objectifs, pour impressionnants soient-ils, ne sont pas suffisants. Ils ont le « hardware » mais pas le « software » et c’est pour cette raison là que nous ne devons pas baisser la garde. Plusieurs raisons militent à mon sens pour une candidature européenne:

- La première est l’immense contradiction des pays émergents : jusqu’à ce jour, les pays émergents ont été en général assez ambigus face aux instances multilatérales. Le plus souvent, ils privilégient des approches unilatérales que les Européens et les Américains ont hélas pratiquées aussi par le passé mais qui, dans un monde aussi interdépendant que celui du 21ème siècle, ne mènent plus à rien. Si les Chinois prétendent occuper un tel poste, sans doute faudrait-il qu’ils se montrent un peu plus coopératifs en matière monétaire. D’ailleurs, à ce stade du moins, ces pays ne sont pas unis autour d’un candidat et il y a quelque paradoxe à voir leur incapacité à s’organiser alors même qu’ils ont si souvent raillé les divisions intra-européennes. L’Europe n’a pas de leçons à donner et doit se garder de s’ériger en modèle. Il n’empêche qu’elle a pris, après la seconde guerre mondiale, quelques longueurs d’avance sur le reste du monde en matière de gouvernance supranationale. Nos dirigeants ne le soulignent pas assez ; trop souvent, ils se complaisent à critiquer l’Europe et ses défauts (et Dieu sait si elle en a) sans souligner ce savoir-faire, cet atout « immatériel ». Quelles que soient ses lacunes, elle a dépassé le stade du nationalisme le plus rustique. Il serait fou de ne pas valoriser cet acquis.

- La deuxième raison est la force de l’Europe unie : celle-ci représente encore et toujours plus de 30 % des fonds du FMI, soit près du double des Etats-Unis et beaucoup plus que tous les émergents ; les Européens qui entendent à longueur de journée des nouvelles négatives, notamment sur l’euro, auraient tendance à oublier leur propre poids. L'Union européenne est la plus grande zone économique du monde, le plus important exportateur de biens et services et l'euro est la seconde monnaie de réserve mondiale. Si, au lieu de gaspiller leurs chances, les européens s’unissaient vraiment, le siège du fonds devrait même quitter les Etats-Unis pour l’Europe, en vertu même de ses statuts ! Et leur voix porterait mieux.

- La troisième est la faiblesse de l’Europe : la crise de la zone euro qui prend ces jours-ci une tournure aigüe, rend l’UE vulnérable ; la gouvernance européenne est complexe, inachevée. En attendant que naisse l’indispensable Europe politique, mieux vaut, dans l’intérêt européen, quelqu’un capable d’en comprendre les subtilités.

Si, en outre, le candidat européen est une femme possédant une ouverture internationale avérée et de réelles qualités humaines, comme Mme Lagarde, l’Europe n’a pas à rougir de ses revendications. Le directeur sortant du FMI avait commencé à réorienter cette institution au profit des pays du « Sud », continuons à leur faire toute leur place mais ne cédons RIEN sur l’attachement au multilatéralisme et à la gouvernance supranationale.

Pour accéder à des responsabilités multilatérales, notamment économiques et financières, c’est une pré-condition, pas une question anecdotique.

 
 

Agenda

6 juin 2012, Natixis, participation à une conférence dédiée à la relation entre les banques centrales et les institutions européennes.

 

Plus de détails; Tout l’agenda.

Correspondants locaux

ADLE/ALDE



MoDem

Du nouveau

Nouvel obs 16 mai, 2012, Nouvel Obs, "Hollande - Merkel : pourquoi la France n'est pas en position de force en Europe" Vingt-septième contribution de Sylvie Goulard. Mieux comprendre les différences de vision françaises et allemande permettre une meilleure coopération entre Hollande et Merkel pour définir le projet européen et mener les réformes nécessaires. Lire.

 

Le Monde15 mai 2012, Ouest France, "Tourner la page de Merkozy", interview de Sylvie Goulard. Lire.

 

BFM 9 mai 2012, BFM Business, Sylvie Goulard est l'invitée de Stéphane Soumier sur Good Morning Business. Voir.

 

Le Monde10 mai 2012, Le Monde, "Urgente démocratisation des institutions", tribune de Sylvie Goulard qui montre que l'Europe, enceinte d'une Union politique, hésite entre le "déni de grossesse" et la "délivrance". Elle remet les efforts de François Hollande dans une perspective européenne. Lire.

 

La Croix 7 mai 2012, Debating Europe, Have the French and Greek elections broken the consensus for austerity ?, jeu de questions (internautes)/réponses(Sylvie Goulard) sur la gouvernance économique de la zone euro. Lire en anglais.

 

La Croix 7 mai 2012, Le Pélerin, "M. le Président, restaurez l’esprit européen", message de Sylvie Goulard adressé au nouveau président de la République qui doit "restaurer un bon esprit" européen à Bruxelles. Lire.

 

4 mai 2012, L’Europe, le « post-it » sur le frigo ? Réflexions de Sylvie Goulard suite au débat présidentiel du 3 mai. Lire.

 

4 mai 2012, IPSI (Istituto per gli studi di politica internazionale), "Sarkozy, Hollande and the end of "Merkozy". Lire en anglais.

 

Libération 3 mai 2012, Libération, "La Force de la France, c'est son ouverture". Tribune de Sylvie Goulard en réponse à certains discours de campagne qui privilégient les intérêts de court terme sur la tradition européenne et universelle qui a fait la grandeur de notre pays. Lire.

 

La Croix

3 mai 2012, La Croix, "Le couple italo-allemand peut-il remplacer le couple franco-allemand en Europe ?" Interview de Sylvie Goulard qui observe une forte convergence d'Angela Merkel et de Mario Monti en matière de gouvernance économique européenne. Lire.

 

3 maggio 2012, La Francia (e l'Europa) che verrã

Francia diretta Domenica prossima gli elettori francesi si recheranno alle urne per decidere se continuare ad affidare la presidenza a Nicolas Sarkozy o incaricare il candidato socialista François Hollande. Suite.

 

Nouvel obs 30 avril, Nouvel Obs, "Nicolas Sarkozy ou l'escroquerie des frontières", Vingt-sixième contribution de Sylvie Goulard qui souligne le danger de la vision étroite et nationaliste de Nicolas Sarkozy dans une époque mondiale, laquelle nécessite des réponses européennes et mondiales aux problèmes transfrontaliers. Lire.

 

Nouvel obs 24 avril, Nouvel Obs, "Sarkozy ou Hollande peuvent-ils réconcilier les Français avec l'Europe ?" Vingt-cinquième contribution de Sylvie Goulard qui expose la tâche urgente du prochain Président de la République : assainir les finances publiques, restaurer la compétitivité nationale tout en permettant à l'Europe de renouer avec ses objectifs initiaux de prospérité, d'emploi et de bien être des populations. Lire.

 

16 avril, Das Parlament, Interview de Sylvie Goulard sur les élections présidentielles. Lire en allemand.

 

Financial times 19 avril, Financial Times, "France must set aside the spirit of Asterix." Article de Sylvie Goulard. Lire.

 

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