Chroniques
Articles et interviews
Livres
Eu=MC2
 

Un peu de lecture – 18 décembre 2009

Contre « le cartel des nationalismes »

Le Président de Notre Europe, Tommaso Padoa-Schioppa, ancien ministre italien de l’économie du dernier gouvernement de Romano Prodi, vient de faire paraître un livre intitulé « Contre la vue courte, entretiens sur le Grand Krach » qui m’a semblé pouvoir intéresser les lecteurs de ce site 1.

Dans un dialogue avec Beda Romano, journaliste au quotidien économique italien Il Sole 24 ore, il aborde de nombreux sujets qui vont des causes de la crise financière à une réflexion plus large sur les évolutions du monde et les faiblesses de l’UE dans son état actuel d’inachèvement.

L’auteur nous rappelle que le monde actuel est terriblement injuste. « Riches, pauvres et affamés », pour reprendre sa trilogie, n’ont pas les mêmes intérêts ; la quête matérialiste du superflu par les riches (en gros, en Occident et au Japon), aide les pauvres (essentiellement en Asie) à sortir de leur dénuement mais enfonce plus encore dans la misère les « affamés » (qui se trouvent essentiellement en Afrique). L’interdépendance mondiale est redoutablement complexe ; nous ne sortirons pas de la crise en retrouvant « la » croissance mais en veillant à combiner « des » croissances adaptées aux différents besoins de ces groupes humains, sans en oublier aucun. Les marchés, les politiques ont décidé à courte vue. Le monde entier en souffre, certains plus que nous. Le scandale, ce n’est pas seulement cette crise, ce sont les déséquilibres profonds qu’elle a mis à jour.

Depuis l’abandon de l’étalon-or par les Etats-Unis, en 1971, les efforts effectués après la seconde guerre pour organiser le monde ont reculé. Peu à peu, des ersatz, des groupes informels (les G 7, G 8 ou G 20) ont fini par remplacer les institutions internationales qui, au moins, défendaient un intérêt commun et assuraient une permanence entre les réunions des gouvernements ; la réorganisation du monde passera, selon l’auteur, par le retour à des structures pérennes. L’UE, en s’unissant, peut y contribuer. Ce plaidoyer pour des institutions « en dur », au moment même où la plupart des commentateurs louent le G 20, me paraît très pertinente. Une fois que la pression des circonstances aura diminué, que restera-t-il des ambitions du G 20, que restera-t-il de cet effort peut-être sincère mais encore insuffisant, en vue d’ordonner le monde ?

Enfin, l’auteur déplore le comportement des Etats membres de l’UE qui, trop souvent, confondent la défense de leurs prérogatives et celles d’intérêts dits nationaux ; ainsi Tommaso Padoa-Schioppa qualifie le conseil des ministres de « cartel des nationalismes » ; trop souvent, l’intérêt national est mis en avant de manière artificielle, au détriment de l’intérêt commun. Il est dans l’intérêt de tous les Etats européens de pallier l’absence de supervision financière et de contrôler, au niveau approprié, des acteurs qui se moquent des frontières nationales. Il est dans l’intérêt de tous les Etats européens - et de tous les contribuables - de n’avoir pas à financer de nouveau des mesures de sauvetage onéreuses. Le marché unique des services financiers appelle des règles harmonisées et des contrôles européens pour tous les acteurs qui ont des activités transfrontalières.

Hélas, le dernier conseil Ecofin (du 2 décembre) montre que nos ministres des finances ne l’ont toujours pas compris. Ils sont fiers de trouver des compromis entre des positions figées au lieu de réfléchir ensemble au meilleur moyen de régler un problème commun. Monnet avait déjà démontré la vertu d’une approche communautaire, fondée sur la recherche prioritaire de l’intérêt supérieur. Tommaso Pado Schioppa n’invente rien mais le rappelle fort à propos, à un moment où les avantages de la méthode communautaire sont passées sous silence. Il n’y a pas de fatalité à des affrontements entre Etats si les gouvernements veulent bien prendre soin de réfléchir en commun à ce qui les unit.

Enfin, il dresse une critique sévère mais juste des erreurs françaises sans lesquelles la France aurait pu exercer dans la CEE puis l’UE un rôle infiniment plus grand. Pour reprendre sa formule, la France aurait pu être « la Prusse ou le Piémont » de l’Europe unie, si les Français avaient adhéré de manière moins ambiguë au projet européen. L’UE serait construite à la française, on y parlerait français... La critique non moins sévère mais juste des nouvelles hésitations allemandes face à l’UE est tout aussi convaincante : en dénonçant l’interventionnisme des Länder, cette forme de colbertisme germanique, ou en relevant que les Allemands refusent d’adhérer à une Europe qui ne leur paraît plus cohérente, l’auteur met le doigt sur les principaux problèmes de l’UE aujourd’hui.

Ce livre invite à réfléchir ; l’argumentation est à la fois très engagée et pondérée. Loin des idéologies, Tommaso Padoa-Schioppa invite à se situer à mi-chemin entre Adam Smith et Colbert, à défendre à la fois le marché et une dose d’intervention publique, l’ancien ministre italien fraie un chemin : l’UE a les moyens de s’affirmer, elle possède une méthode de travail (la méthode communautaire) qui a fait ses preuves. Mais les Européens, à commencer par les dirigeants des deux plus grands pays font fausse route. L’ensemble de l’UE pourrait bien gâcher ses chances si nos responsables ne savent pas répondre à la crise de manière unie, solidaire, en faisant preuve entre eux et vis-à-vis de leurs frères humains, d’un peu plus d’audace et de générosité. En regardant loin.

1 Odile Jacob, 2009

 
 

Agenda

7 février 2012, Paris, Participation au débat "Les catholiques et la politique", animé par le P. François BOËDEC et Antoine D’ABBUNDO, rédacteur en chef à Pèlerin, en présence d'Etienne PINTE, député des Yvelines, François SOULAGE, président du Secours catholique et Monique BAUJARD, directrice du service national Famille et société de la Conférence des évêques de France. Plus d'info.

 

Plus de détails; Tout l’agenda.

Correspondants locaux

ADLE/ALDE



MoDem

Du nouveau

Nouvel obs 7 février, Nouvel Obs, "Merkel/Sarkozy : pourquoi leur connivence partisane est une faute de goût" Seizième article de Sylvie Goulard qui exprime sa réserve vis-à-vis du soutien d'Angela Merkel à l'égard de Nicolas Sarkozy. Lire.

 

Nouvel obs 1er février, Nouvel Obs, "Nouveau traité européen : l’euro vaut bien une messe" Quinzième article de Sylvie Goulard qui décrypte les enjeux du nouvel accord conclu le 30 janvier dernier, par vingt-cinq Etats membres de l'UE, pour renforcer la gouvernance de l’Union économique et monétaire. Lire.

 

La Croix 2 février, La Croix, "Il manque en France une vraie culture du débat". Lire.

 

31 janvier, Radio Centre Ville Montréal, Interview de Sylvie Goulard qui montre que l'Europe tient une place centrale dans le projet du Modem. Ecouter à la 0'30.

 

31 janvier, Lo Spazio della Politica, Interview de Sylvie Goulard sur la crise économique et financière. Lire.

 

Nouvel obs 26 janvier, Nouvel Obs, "Présidentielle : plaidoyer pour une élection ouverte sur l’Europe et le monde" Quatorzième article de Sylvie Goulard qui encourage les candidats à l'élection présidentielle à replacer l'Europe au coeur du débat politique. Lire.

 

EuropeInfos 25 janvier, Europe-info, "Ce que j’attends de 2012 : les Européens et l’Europe méritent plus de respect".
Lire en françaisLire en anglaisLire en allemand.

 

Nouvel obs 19 janvier, Nouvel Obs, "Les agences de notation diabolisées... parce qu'elles dérangent ?" Treizième article de Sylvie Goulard tendant à réhabiliter le rôle des agences de notation Lire.

 

arte 17 janvier, ARTE, Sylvie Goulard intervient dans l'émission Thema, dans le cadre d'un débat sur la crise de l'euro. Regarder.

 

euobserver 12 janvier, EUobserver, Sylvie Goulard explicite l'enjeu des eurobonds. Regarder.

 

Nouvel obs 12 janvier, Nouvel Obs, "Hongrie ou "l’Europe qui protège"... les tyrans ?" Douzième article de Sylvie Goulard visant à "décrypter" les enjeux de la campagne présidentielle. Lire.

 

11 janvier, Les Cahiers Croire, "L'Europe, une espérance", interview avec Sylvie Goulard. Lire.

 

 

Subscription



Recevoir en HTML

ADLE/ALDE