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L’Europe risque de devenir la Suisse du monde

Guy Verhofstadt Chef du groupe libéral au parlement européen
23 décembre 2009, copyright Le Soir

Quelques jours après le sommet de Copenhague, il est temps de tirer quelques conclusions. Que s’est-il finalement passé lors de ce sommet, à qui incombe la faute ? Certains pays se plaignent de l’organisation. Suivant certains autres, quelques pays en développement ont sciemment essayé de bloquer les négociations afin de donner une petite leçon aux pays riches. Les interventions de dirigeants comme Chavez du Venezuela, Morales de Bolivie et Ahmadinejad d’Iran insinuaient principalement que le capitalisme avait largement contribué à la dégradation de l’atmosphère.

Cependant, la question la plus importante est de savoir si nous sommes encore capables de parvenir à de grands accords au niveau mondial ? Si l’on ne réussit pas à propos du changement climatique – sur lequel existe un consensus général pour dire que si rien ne se passe, la situation sera dramatique pour une grande partie de l’humanité – alors, que se passera-t-il ?

En tout cas, il est clair que la structure de décision des Nations unies doit être renforcée de toute urgence. Si nous voulons encore parvenir à des accords au niveau mondial. Ce constat n’est pas nouveau. La question est : combien d’échecs devront nous connaître pour qu’un travail effectif soit entrepris ?

Ce qui est nouveau, et même surprenant, c’est la manière avec laquelle on est parvenu à un accord. A la table des négociations était rassemblés un petit groupe formé des principaux dirigeants du monde : Obama pour les Etats-Unis, Wen Jibao pour la Chine, Singh pour l’Inde, Lula pour le Brésil et Zuma pour l’Afrique du Sud. La composition de ce groupe est très significative. C’est la preuve que le monde unipolaire s’est transformé en un monde multipolaire. C’est également la preuve que les grandes économies qualifiées d’émergentes ne comptent pas seulement sur le plan économique, mais qu’elles acquièrent également le pouvoir politique. C’est le début de ce que j’appelais il y a peu : un nouvel âge des empires.

Ceux qui pensent que le nouvel ordre mondial devra encore attendre un peu, connaîtront des difficultés. Bien plus, ils devront bien s’accrocher ! Les « nouveaux empires » ne se contenteront pas seulement du pouvoir économique, mais ils chercheront rapidement à obtenir la puissance militaire. Ils vont s’entendre sur les conflits dans lesquels ils veulent intervenir et quels accords ils veulent finaliser. Il ne faudra pas non plus s’étonner s’ils décident d’avoir des concertations préalables au niveau du G2 : Etats-Unis et Chine. Ils décideront ensemble si tel ou tel peut se joindre aux négociations ou pas.

C’est ici que nous arrivons peut-être à la conclusion la plus choquante de Copenhague : l’Europe n’était pas invitée à la table des Grands. Pas un pays européen, pas la France, pas l’Allemagne et pas non plus le Royaume-Uni. Et encore moins, l’Union comme telle.

Celui qui aurait osé annoncer un tel scénario aurait été taxé de pessimisme naïf. Aujourd’hui, c’est une réalité : l’Europe n’est pas écoutée – n’est plus écoutée – par les grandes puissances. A Copenhague, nous n’étions pas aux négociations de l’accord final, nous n’avons pas été entendus. C’est dur de se réveiller ainsi.

La question est de savoir si c’est ici qu’on laisse tomber, faisant le constat que notre temps est passé ? C’est peut-être une option réaliste, mais c’est également une option dangereuse. Cela signifiera alors qu’à partir de maintenant, nous laissons des pays décider sans nous. Que les arguments qui sont ceux de l’Europe pour un monde de la démocratie et des droits de l’homme ne seront plus écoutés. Cette Europe-là deviendra de plus en plus la Suisse du monde.

On n’en est pas encore là. Pour l’Europe, Copenhague est un sérieux avertissement. Celui-ci nous remet les deux pieds sur terre et nous fait perdre nos pauvres illusions. Ainsi les pays européens sans l’Union européenne n’auront pratiquement plus de place à la table des plus importantes négociations. L’Europe va également dégringoler économiquement et politiquement dans l’ordre mondial si nous ne nous décidons pas à travailler plus et mieux ensemble sans délai. Le traité de Lisbonne nous donne les moyens de travailler mieux. C’est pourquoi nous devons mettre sur pied le plus rapidement possible une diplomatie européenne. C’est le levier que nous devons utiliser pour être écoutés. En outre, il est urgent de se mettre au travail pour trouver une stratégie économique européenne.

Bref, Copenhague est le signal qui indique que l’Union européenne doit devenir une union politique, une fédération politique. Les Etats membres de l’Union européenne n’ont finalement pas le choix : soit ils font entendre leur voix via l’Europe, soit on ne les entendra plus. La leçon de Copenhague ne peut pas être plus claire.

Carte blanche

Commentaire de Sylvie Goulard : "Rien à ajouter, rien à retrancher."

 
 

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