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Mme Ashton, avez-vous du cœur ?
25 janvier 2010

« Je ne suis ni médecin, ni pompier » a dit la nouvelle « ministre des affaires étrangères de l’UE », Catherine Ashton, pour justifier son refus d’aller à Haïti. Terrible petite phrase ! Lors de son audition devant le Parlement européen, elle n’avait guère impressionné. Voilà qu’elle vient de manquer l’épreuve de la vie. Peu importe ce que disent les traités, ni comment ils définissent le périmètre de ses compétences. L’essentiel, en politique, c’est de « sentir » les attentes et aussi, car cela ne gâche rien, d’avoir un peu de cœur. L’essentiel, c’est de faire l’un de ces gestes qui peuvent apporter, sinon le miracle, du moins le réconfort. Et faire savoir que l’Europe est la citadelle des droits humains.

Depuis sa création, l’Union européenne a toujours privilégié la manière douce sur la manière forte. Elle croit à la coopération et à la solidarité. Depuis des décennies, elle aide les pays les moins avancés. C’est elle qui fournit la première contribution mondiale au développement. Une partie importante des fonds de reconstruction d’Haïti viendront forcément d’Europe, si riche, si prospère au regard de ce pays dépourvu de tout. L’UE a donc des devoirs et, comme l’a dit si bien Obama au nom des Etats-Unis, un « leadership » à exercer. Mme Ashton ne semble pas l’avoir compris. Prendre ses responsabilités à Bruxelles, c’est accepter d’être quelque chose de plus que sa personne ; c’est incarner l’Union européenne dans son ensemble. Mme Ashton n’est ni médecin ni pompier, certes. Elle aurait pu être tous les médecins d’Europe, tous les pompiers d’Europe, tous les Européens tenant à marquer leur sollicitude aux Haïtiens et au-delà de ces derniers, aux peuples défavorisés, meurtris, qui luttent pour survivre. En se rendant sur place, elle aurait pu aussi réconforter les sauveteurs venus de notre continent qui, jour et nuit, travaillent dans des conditions déplorables à sauver des vies, à soigner des enfants, à amputer et opérer jusqu’à l’épuisement, à enterrer les morts. Pour eux aussi, le geste aurait eu du sens.

Enfin, depuis des années, les Etats membres de l’UE ont remisé dans ses cartons diverses idées émises par Guy Verhoftstadt alors Premier ministre belge, ou encore Michel Barnier, tendant à prévoir la création d’une force européenne de secours composée d’unités nationales entraînées à travailler ensemble. En se préparant à l’avance à plusieurs types de catastrophes (tremblements de terre, pandémies, inondations, cyclones), en déterminant à l’avance qui, dans chaque cas de figure partirait en premier, qui fait quoi et comment, l’UE améliorerait sa propre capacité d’intervention. Elle pourrait dépêcher sur les lieux des drames, où qu’ils se trouvent, des équipes plus efficaces, complémentaires, rôdées à l’exercice ; elle faciliterait l’articulation si compliquée de l’aide mondiale puisque l’ONU ou les Etats-Unis ou d’autres partenaires n’auraient qu’un interlocuteur européen au lieu de 27. Et dans la mesure où des bataillons nombreux de pompiers, médecins et secouristes existent chez nous, dans la mesure où certaines des ONG médicales les plus expérimentées en matière humanitaire viennent d’Europe, ce ne serait pas compliqué, ce ne serait même pas onéreux, ce serait juste généreux.

Mme Ashton devait aller à Haïti non pour faire la mouche du coche mais pour juger, sur le terrain, comment donner vie à ces propositions. Elle aurait pu écouter les témoins, apprendre, mesurer leurs besoins et saluer leur courage. Au Parlement européen, d’ici le vote final sur le collège des commissaires le 9 février, et si elle est malgré tout confirmée, nous lui rappellerons que les Européens attendent plus de réactivité, de courage et d’initiative de la part de la Commission européenne.

paru dans La Croix le 2 février 2010

 

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