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Les centristes gagnent en influence au Parlement européen

10 juin 2010, La Croix, article de Sébastien Maillard

À Bruxelles, le groupe centriste Adle présidé par Guy Verhofstadt s’érige en défenseur têtu de l’Europe communautaire et des libertés civiles, et les centristes possèdent une influence plus importante que dans beaucoup de pays européens

Le parti populaire (PPE) à droite et les sociaux-démocrates (S&D) à gauche restent les première et deuxième forces politiques au Parlement européen. Mais, entre les deux, le groupe centriste ADLE se révèle une troisième force incontournable. Avec 81 élus dans un hémicycle de 736, l’ « Alliance des démocrates et libéraux pour l’Europe » doit surtout sa visibilité à l’autorité de son président, Guy Verhofstadt.

Dans les séances plénières, l’ancien premier ministre belge rivalise d’éloquence – le plus souvent en français – avec son homologue des Verts, Daniel Cohn-Bendit, au détriment du président de la Commission européenne, José Manuel Barroso.

Éloquence et influence. Alors que, hormis les élus français (MoDem) et italiens, l’essentiel des centristes européens étaient prêts à reconduire le président Barroso pour un second mandat, Guy Verhofstadt n’a pas hésité à faire retarder le vote, obtenant des postes d’envergure pour sa famille politique. Les commissaires européens Olli Rehn aux affaires monétaires, Neelie Kroes aux télécommunications ou compatriote belge, Karel de Gucht, au commerce, sont issus de la force centriste.

L’affirmation pro-européenne sert de marque de fabrique

« Verhofstadt fait bouger les lignes. C’est un élément perturbateur qui bouscule le train-train du Parlement soucieux d’abord de ses prérogatives », confirme un diplomate bruxellois. Dans la mise en place actuelle d’un nouveau service diplomatique européen, Guy Verhofstadt s’est fortement impliqué, se montrant jusqu’au-boutiste pour y défendre le rôle de la Commission.

Sur l’Europe, il est plus communautaire que la Commission comme d’autres sont plus royalistes que le roi. Le débat l’an prochain sur les perspectives budgétaires européennes, dont il devrait être rapporteur, lui offrira encore l’occasion de l’illustrer.

L’affirmation pro-européenne sert de marque de fabrique à l’ADLE, qui compte des fédéralistes convaincus tels Andrew Duff ou Sylvie Goulard. Mais c’est d’abord sur la défense des libertés civiles que le groupe s’affirme et se distingue des autres. Il a profité du vide dans les tuyaux de la procédure législative en début de mandat pour mettre aux voix des résolutions politiques dans ce domaine, comme celle sur la liberté de l’information en Italie tournée contre Silvio Berlusconi.

L’ADLE pourrait cependant gagner encore en influence à l’échelon européen

Sur les questions de société, le groupe centriste s’affiche progressiste ou « liberal » dans le sens anglo-saxon du terme, à l’instar de sa jeune élue libertaire néerlandaise, Sophia int’Veld. Guy Verhofstadt lui-même incarne cette ligne, ayant fait voter la dépénalisation de l’euthanasie en Belgique lorsqu’il en était chef du gouvernement. Sur ces sujets, comme sur une attitude ouverte envers l’immigration, l’ADLE trouve des alliés à gauche de l’hémicycle.

Sur le libéralisme économique, le groupe masque toutefois moins son hétérogénéité intrinsèque. « Il y a ceux qui défendent le consommateur et ceux qui défendent l’entreprise », résume la même source interne, estimant cependant que la crise a conduit nombre de libéraux à nuancer leurs positions de départ. « Les purs idéologues libéraux ne pèsent que 20% dans le groupe », estime cette source, pointant les élus scandinaves.

L’autre faiblesse du groupe est précisément son manque de représentativité à travers toute l’UE. Malgré une présence balte, roumaine, bulgare, slovène et slovaque, l’ADLE ne compte ni Tchèques, ni Hongrois, ni – surtout – Polonais. Le groupe centriste reflète encore trop l’Europe de l’Ouest.

Avec sa famille politique participant désormais avec la droite aux coalitions au pouvoir en Allemagne (FDP), en Grande-Bretagne (Lib-Dems) et bientôt aux Pays-Bas, l’ADLE pourrait cependant gagner encore en influence à l’échelon européen. Mais au risque de tirer davantage à droite.

Sébastien MAILLARD, à Bruxelles

 
 

Agenda

16 mars 2012, Nantes : Intervention dans le cadre du colloque "L'Europe face à la crise" organisé par la chaire de philosophie de l'Europe, à la faculté de droit et de science politique, en présence de Jean-Marc Ferry.

 

16 mars 2012, Saint-Malo : Intervention à la réunion-débat publique organisée par le Comité de soutien Bayrou 2012 sur la place de l'Europe dans la campagne présidentielle de François Bayrou et sur les enjeux économiques de la zone euro.

 

Plus de détails; Tout l’agenda.

Correspondants locaux

ADLE/ALDE



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