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Chronique de Berlin – 12 au 14 octobre
Berlin ? Voilà qui change un peu, tout me ramenant dans un pays qui m’est particulièrement cher. L’ensemble du groupe ADLE s’est déplacé pour tenir en Allemagne, « hors les murs », sa réunion habituelle. Il n’est pas inutile que les députés européens voyagent dans d’autres Etats membres. Cette réunion nous a notamment permis de rencontrer les députés FDP qui viennent d’être élus au Bundestag. Après onze années dans l’opposition, les libéraux allemands ont réussi une belle performance : ils ont recueilli 14,6 % des voix, contre 33,8 à la CDU-CSU de Mme Merkel. Des négociations sont en cours pour former un gouvernement de coalition chrétien- démocrate / libéraux, comme au temps du Chancelier Kohl et de Hans Dietrich Genscher.
Pour ma part, j’ai profité de ce séjour dans la capitale allemande pour rendre visite à plusieurs de mes contacts dans différents ministères, à la Chancellerie ou dans la société civile. J’ai aussi pu saluer le Président von Weizsäcker pour qui j’ai, depuis longtemps tant d’estime et qui présentait son dernier livre « Der Weg zur Einheit ».
A Berlin, l’Histoire est partout présente. Pour des personnes en charge de questions européennes, une telle « piqûre de rappel » vient à point nommé. Notre collègue italien Giommaria Uggias a ainsi remis en perspective les enjeux de la liberté d’expression en invoquant les années 30. Une heure après, au Bundestag (installé dans l’ancien Reichstag) une guide nous rappelait que les libertés publiques n’avaient guère survécu à la prise de pouvoir d’Hitler. De même, j’ai été fortement émue que le journaliste interrogeant l’ancien Président Weizsäcker rappelât son parcours et la source de son engagement européen : en 1939, la première semaine de la guerre, son frère aîné qui servait dans le même bataillon que lui, a perdu la vie. Naturellement, la paix ne peut plus servir, à elle seule, de justification pour bâtir l’Europe mais n’avons-nous pas tendance à oublier d’où nous venons, à considérer l’Union européenne comme un bien gratuit, inépuisable ? Quelles sont nos responsabilités envers l’UE, nos devoirs ?
Difficile de dire ce que la plupart des Allemands, pourtant si attachés au mot « Verantwortung » (responsabilité) répondraient à cette question ; le pays « fait le hérisson » me dit fort justement un interlocuteur. Il est désormais plus occupé de lui-même que de grands desseins européens. Si, chez certains, les convictions restent chevillées au corps et la clarté de l’analyse demeure, dans toute la force que permet la langue allemande, les préoccupations de la majorité sont ailleurs : ainsi je n’ai pas pu avoir une idée de qui pourrait devenir le Commissaire allemand. Personne ne semble y avoir vraiment réfléchi. Des noms sont évoqués, pas très connus, pas très charismatiques. Le local, la subsidiarité passionnent mais pas les enjeux du monde. Les enfants de Humboldt se regardent le nombril. Quand tant de Français se réjouissent d’une prétendue « normalisation » de l’Allemagne, je m’insurge. Qui est « normal » ? Sûrement pas nous-mêmes ! A la veille de l’anniversaire de la chute du mur de Berlin, je me rappelle les conversations exaltées d’il y a 20 ans, je me souviens du désir d’Europe si fort, si vif, de nos espoirs d’un monde plus juste, plus libre, d’une Europe enfin unie et je demeure persuadé que parfois, mieux vaut ne pas être « normal » si normal veut dire englué dans ses petits problèmes, enfermé dans son identité, son manque d’imagination et d’audace. Voilà ce dont souffre la plupart des pays d’Europe aujourd’hui.
Pendant que nous sommes à Berlin, le magazine The Economist tresse des couronnes à Tony Blair présenté comme le Président du Conseil européen idéal. Nous Français, Allemands, issus de pays fondateurs, sommes-nous tous devenus fous ? Allons-nous confier ce poste là à cet homme là ? Contrairement à ses promesses des années 90, ce baratineur n’a pas mené son pays à l’Euro. En 2005, au début de la Présidence britannique, il a embobiné tout le Parlement avec un discours superbe que ses actes ont aussitôt démenti. En 2003, il a suivi Georges W Bush dans son aventure irakienne, en s’appuyant sur des mensonges : les armes de destruction massive qu’aurait détenues Bagdad. Et – last but not least – il aura à la fois contribué à faire de la City la capitale mondiale de la finance dérégulée et à rejeter la Charte des droits fondamentaux ! Si Hans-Dietrich Genscher a une once d’influence sur M. Westerwelle, le leader du FDP, donné gagnant pour le ministère allemand des affaires étrangères, il serait temps qu’il en fasse la preuve. Et que l’Allemagne balaie cette hypothèse puisque les autorités françaises et italiennes semblent l’agréer. Seul le Benelux (ressuscité ?) a récemment pris position contre.
A en juger par la polémique créé par les propos de Thilo Sarrazin (sic, cela ne s’invente pas…), membre du directoire de la Bundesbank, sur les Turcs et les arabes à Berlin, le bon sens est la chose la moins partagée dans nos pays. Le politiquement correct domine qui n’est pas moins dangereux, pour la liberté d’expression que la concentration de pouvoirs dans les médias. Naturellement, il est maladroit de reprocher brutalement aux étrangers de ne pas s’occuper de la scolarité de leurs enfants. Naturellement, les généralisations sont abusives mais cet ancien ministre du Land de Berlin sait de quoi il parle quand il évoque la paupérisation de la capitale allemande, l’absence de formation des jeunes issus de l’immigration, les problèmes de foulard pour les jeunes filles. On pourrait aussi ajouter les sordides « crimes d’honneur » et l’asservissement des femmes. Ces questions sont graves ; la campagne pour les élections fédérales a été aseptisée. Il ne faut pas s’étonner que les vrais sujets ressortent n’importe comment. C’est le retour du refoulé. Une conversation avec la sociologue Necla Kelek, d’origine turque, membre de la Islam Konferenz mise en place au cours des quatre dernières années par le ministère fédéral de l’intérieur, vient à point nommé. J’apprécie beaucoup cette femme très courageuse, très droite, spécialiste des questions d’intégration qui défend avec fougue et humour l’universalité des droits de l’Homme. Une fois de plus, elle prend position sans fard pour déplorer le haro sur M.Sarrazin qui parle peut-être mal mais dit assez vrai. La Bundesbank le sanctionne, 51 % des Allemands pensent qu’il évoque un vrai sujet… Pour les Germanistes, le texte de Necla ci-dessous.
Necla Kelek Depressive Erschöpfung
Anmerkungen zum Interview von Thilo Sarrazin in Lettre International und die Reaktionen darauf.
Thilo Sarrazin redet Tacheles. Er analysiert im Lettre-Interview die Lage Berlins, benennt Filz, Korruption und Schlamperei, lobt und tadelt Migranten, fragt nach Ursachen und bietet eine Gesamtschau der Berliner Misere, die ich so noch von niemandem gelesen habe. Ich würde mir diesen klaren Blick auch von manchen verantwortlichen Politikern wünschen. Sarrazin macht das nach meinem Empfinden nicht aus Übermut, sondern aus Sorge um Berlin. Sein Ton ist eigen, seine Bilder sprechend, die Analyse allerdings alarmierend.
Die sich davon ertappt, neudeutsch „diskriminiert“ gefühlt haben, waren nicht die, die Misere zu verantworten haben, sondern reflexhaft die Türkenvereine und ihre Verbündeten, die Teil der Misere sind. Sie rufen „Haltet den Dieb“, sind beleidigt, geben sich als das Opfer, in der Hoffnung, nicht über den Diebstahl reden zu müssen. „Opferanwalt“ ist eine Paraderolle der Sprecher der türkischen und muslimischen Lobby die ihre Stellung mithilfe der Politik und dem Integrationsplan zu einem subventionierten Mandat machen konnten. Jetzt sind sie unterwegs, die Ehre der Migranten zu retten. Nebenbei beschützen sie durch dieses Ablenkungsmanöver ihre Geldgeber im Senat und Opposition vor der Blamage, die der ehemalige Finanzsenator seinen Kollegen bereitet hat. Und natürlich liegt die Ursache für die Misere der Migrantenjugend, der schlechten Ausbildung , der parallelen Strukturen nach dieser Auffassung nicht auch in der Verantwortung der Migranten und kultureller Bestimmtheit , sondern ausschließlich in der verfehlten deutschen Sozial- und Bildungspolitik.
Die Vertreter dieser Richtung, sind froh, nicht über die Fakten reden zu müssen, sondern Solidarität mit den diskriminierten Eltern der „Kopftuchmädchen“ üben zu können. Und darüber zu philosophieren, ob ein Währungshüter denn spitz oder nur rund wie eine Euro-Münze formulieren darf.
Ich wundere mich, dass die deutsche Gesellschaft so wenig Selbstbewusstsein zeigt, offen über ihre Probleme sprechen zu wollen. Das in Jahren mühsam aus Zielen, Werten und Tugenden und der Aufarbeitung der eigenen Geschichte erarbeitete Selbstwertgefühl, das Haus unserer Bürgergesellschaft bricht offenbar zusammen, wenn jemand mal die Tür laut zuschlägt. Die demokratische Öffentlichkeit verliert sich - wie der Kulturanthropologe René Girard feststellt - in einer Art „depressiven Erschöpfung“ über die gesellschaftlichen Hypotheken, die man sich aufgebürdet hat. Politik gestaltet nicht mehr, sondern moderiert und übt sich darin, möglichst keine Fehler zu machen. Themen, die Ärger machen können, wie Integrationsfragen werden ( wie jüngst im Wahlkampf) peinlichst vermieden, oder in der Islamkonferenz relativiert. (In einer Empfehlung erkennt man Elemente der Scharia als „religiöses Leben“ an und begründet dies mit „Pragmatismus“). Die deutsche Politik scheint der Probleme überdrüssig und überlässt das Feld in diesem Fall der kulturellen Konkurrenz von Türken und Islamfunktionären, die sich als Opfer darstellen und Themen tabuisieren wollen. Dabei wird übersehen, dass es sich hierbei tatsächlich um einen Kampf um die Deutungsmacht handelt. Kritik an Religion oder Grundrechtsverletzungen durch Migranten sollen wieder ein Tabu werden, man bemüht dafür Begriffe wie „Islamophobie“ und gründet staatlich bezahlte „Antidiskriminierungsvereine“, die alles, was unter der Decke gehalten werden soll, mit dem Rassismusvorwurf belegen. Das spielt den „Depressiven“ in die Hände, denn so brauchen sie sich um die Ursachen und Folgen von Fehlentwicklungen im Moment nicht mehr zu kümmern. Die Rechnung wird später serviert. Und wenn dann jemand doch die Sache beim Namen nennt, meldet sich das schlechte Gewissen. Man regt sich über den Ton und nicht über die Fakten auf. Aber die soziale Realität läßt sich nicht wegempören und mit einem „Aber bitte nicht in diesem Ton“ beschwichtigen. Der Lack der Schönrednerei blättert schneller ab, als gestrichen werden kann. Wer die klaren Worte Sarrazins für Hetze hält, muß sich fragen lassen, ob er die Fakten kennt oder nicht längst aufgegeben hat. Gegen depressive Erschöpfung hilft manchmal Licht und Bewegung.
En repartant de Berlin, je repasse sous la porte de Brandebourg. L’air est glacé. Le quadrige se détache sur un ciel pur. Un plaisir que je m’accorde chaque fois. La question allemande restera ouverte tant que cette porte restera fermée disait Weizsäcker. Cette porte est ouverte, Dieu merci. Amis allemands, c’est la question européenne qu’il ne faut pas fermer !
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