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Chronique de Rhénanie – 26 - 28 octobre 2009

A l’invitation du Ministre Président du Land de Rhénanie du Nord Westfalie, Jürgen Rütgers (CDU) et de l’ambassade de France en Allemagne, j’ai passé, cette semaine, quelques jours dans ce Land. Au moment même où, à Berlin, la constitution du gouvernement fédéral occupait milieux politiques et médias, j’ai beaucoup apprécié de retrouver le terrain. Berlin n’est pas l’Allemagne ; quel que soit le charme de la nouvelle capitale fédérale, la réalité de l’Allemagne est ailleurs, dans les profondeurs de ses provinces, si ouvertes sur le monde et, parfois, curieusement, si repliées sur elles-mêmes. Industrie et forêts. Traditions ouvrières et friches tournées vers la création, traditions et immigration : ce Land résume assez bien l’Allemagne contemporaine, plus complexe qu’on ne le croit généralement à Paris.

 

Première étape, Gütersloh, près de Bielefeld. C’est dans cette partie de la Westfalie, où l’on parle un allemand si pur, qu’enfant, je suis venue perfectionner le mien. Quel bonheur de revenir près de la forêt de Teutoburg (Teutoburger Wald), lieu de la bataille historique entre Germains et Romains, même si l’agenda serré ne laisse hélas aucune place pour le tourisme ou les retrouvailles avec de vieux amis.

 

La fondation et le siège de la Bertelsmann AG se trouvent au milieu de la verdure, à des kilomètres de tout centre de décision politique ou économique. Typisch deutsch ! J’apprécie beaucoup leurs travaux sur l’Europe. J’y retrouve avec plaisir Joachim Fritz Vannahme, ancien correspondant de la Zeit à Bruxelles et une ancienne élève, Isabelle Hofmann, qui avait suivi un de mes séminaires sur le franco-allemand, à Sciences Po en… 1999. Une discussion animée se déroule où nous passons en revue tous les sujets du moment : le traité de Lisbonne, la décision de la Cour constitutionnelle, le futur Président du Conseil européen mais aussi l’avenir de la PAC, les perspectives financières. J’aime ces débats en allemand où personne ne coupe la parole à personne, où chacun parle à son tour, où l’on argumente posément. Peu d’enthousiasme toutefois. L’Europe a perdu un peu de son aura. Le manque de joie, d’enthousiasme, d’idées audacieuses me semble, ici comme ailleurs en Europe, notre principal problème.

 

Ensuite, traversée de tout le Land en voiture pour rejoindre le Petersberg, près de Bonn. Il y a toujours autant de circulation sur les autoroutes allemandes ; toujours autant de bolides sur la voie de gauche et de camions à droite. De ce côté du Rhin, malgré un intérêt réel pour l’environnement et des réalisations exceptionnelles en matière d’énergies renouvelables, il est inconcevable d’imaginer des limitations de vitesse... Chaque peuple a ses contradictions.

 

Au Petersberg, le très francophile Ministre Président Rütgers a organisé un séminaire de deux jours rassemblant des élus, des économistes, des experts, des journalistes, pour réfléchir sur l’économie sociale de marché. C’est dans cet hôtel que se tenaient les grandes conférences diplomatiques du temps où la capitale était à Bonn. Rien de nostalgique, pourtant, dans la petite ville rhénane qui semble avoir retrouvé une nouvelle jeunesse ; le transfert de la capitale à Berlin n’a pas nui à l’activité économique ; l’ONU y a installé des services en charge de climat. Certains ministères – dont la coopération – sont restés sur place. De grandes entreprises comme Deutsche Post et deutsche Telekom s’y sont installées. L’université draine toujours beaucoup de jeunes ; certains étudiants seront présents à la conférence organisée par l’Institut français.

 

Au Petersberg, je suis chargée de modérer un panel sur l’Euro. De l’ensemble de ces débats, je retiens trois points.

 

1. L’accord de coalition est signé ; l’Allemagne a un nouveau gouvernement ; pour que le FDP reste fidèle à ses promesses de campagne, des réductions d’impôts sont prévues. Et Wolfgang Schäuble, nouveau ministre des finances, a annoncé qu’il ne compromettrait pas la reprise par une rigueur inappropriée. Mais les Français feraient bien de ne pas se méprendre : la culture de stabilité, le culte de la discipline sont profondément ancrés dans les esprits. L’histoire de l’hyperinflation des années 20 a traumatisé le peuple allemand, durablement. Dés que la croissance sera un peu consolidée, l’Allemagne luttera contre la glissade du déficit qui, en tout état de cause, reste bien inférieur au nôtre : moins de 4 % du PIB contre plus de 8 % en France. Lors du vote d’investiture de Mme Merkel, quelques voix de son camp lui ont fait défaut car certains députés ont voulu marquer leur mécontentement sur ce point. Dans l’approche française, ce n’est pas le relâchement temporaire de la discipline lié à la crise qui pose problème mais, aux yeux des Allemands, l’absence de réformes dites structurelles (finances publiques mal gérées, politiques de l’emploi peu efficaces, manque de réforme de la protection sociale). Et la violation des engagements européens. La France n’a pas voté de budget en équilibre depuis 30 ans et vit, durablement, au-dessus de ses moyens. Les Allemands ont peut-être admis une relance keynésienne exceptionnelle ; ils ne suivront jamais nos dirigeants sur les voies hasardeuses de l’endettement sans limites. Une fois de plus, je suis frappée par le refus du caractère discrétionnaire de « la politique », mot connoté de manière positive en France, presque suspect outre-Rhin : en Allemagne, on essaie autant que possible de poser un cadre préalable, de définir des règles, de s’y tenir. Ainsi, l’accord de coalition conclu en début de mandat par les partenaires au pouvoir définit les conditions de l’action publique. La Loi fondamentale (Constitution fédérale) a été révisée récemment pour obliger le retour à l’équilibre budgétaire ! En France, on n’aime guère les corsets et le Président de la République peut suivre ses intuitions… Il va falloir se parler beaucoup dans les mois et les années à venir, pour éviter une divergence grave.

 

2. Le nom du candidat pressenti par l’Allemagne pour être membre de la Commission européenne a été rendu public. Enorme déception. Les considérations de politique intérieure ont dominé : il fallait pousser vers la porte le Ministre Président du Land de Baden-Württemberg dont les résultats aux élections ont été piteux. Qu’à cela ne tienne… M.Oetringer est donc proposé à José Manuel Barroso comme Commissaire allemand. La plupart de mes interlocuteurs pro-européens ne cachent pas leur dépit. De l’Europe, M. Oetringer n’a aucune expérience. Quelques mauvaises langues relèvent qu’il ne parle pas de langue étrangère, peut-être même pas le hoch deutsch. Je ne le connais pas personnellement. Peut-être sera-t-il très engagé et à la hauteur de la fonction. Mais une chose est sûre : à Berlin, ce poste à Bruxelles n’était pas considéré comme stratégique. C’est triste, de la part d’un grand pays qui regorge de talents et pourrait jouer un plus grand rôle dans les affaires européennes. Le dernier Commissaire allemand a plus fait parler de lui pour sa manière parfois maladroite de défendre les intérêts allemands et pour ses frasques sentimentales.. Le dernier Président de la Commission de nationalité allemande était Walter Hallstein, au début des années 60, si connu des jeunes générations que, lorsque je le cite dans des conférences publiques, certains s’étonnent qu’Einstein (sic) ait été à la Commission européenne… Nos amis allemands se plaignent souvent de ne pas obtenir assez de postes internationaux prestigieux. Encore faudrait-il qu’ils sélectionnent et préparent les meilleurs d’entre eux à cette fin.

 

3. Dans cette situation d’indifférence à l’Europe qui, hélas, en dépit des discours convenus, semble gagner les esprits à Berlin, l’engagement pro-européen de M. Rütgers contraste agréablement ; l’an dernier il a organisé une année de la France en Rhénanie du Nord-Westfalie. Récemment, il a commenté l’arrêt de la Cour constitutionnel en le qualifiant de « pensée ringarde » ; il est l’un des rares à s’être prononcé, comme Guy Verhofstadt, pour des Etats-Unis d’Europe. Ila compris que les Européens ne se réconcilieraient avec l'Europe que si l’économie de marché redevenait plus juste. Si seulement les autorités françaises ne faisaient pas défection au dernier moment, quand la France est mise à l’honneur par l’un des hommes politiques les plus puissants et les plus influents d’Allemagne…

 

Un mot du Conseil européen qui s’est tenu cette semaine : DECEVANT ! Pas d’accord sur le financement d’un fonds destiné à aider les pays en développement ; une dérogation infâme accordée à Vaclav Klaus sur la Charte des droits fondamentaux ; une position douteuse sur les « charters » du retour pour les immigrés…. Seule bonne nouvelle : la candidature de Blair semble en voie d’être écartée. Il a subi, à juste titre, un feu roulant de critiques. Un coup de chapeau au Financial Times qui a fait plusieurs articles très lucides sur ses limites et… les conflits d’intérêts qu’une telle désignation créerait ; dans le FT du 30 octobre, un article édifiant sur Blair Inc met en relief cette tendance qu’ont maintenant certains anciens responsables politiques de vendre leur carnet d’adresses, leur réseau, leur entregent, dans le secteur privé. Faut-il s’étonner que les citoyens doutent de la démocratie ? Que les discours sur la moralisation des marchés financiers tombent à plat ? A côté des géants que furent les fondateurs de l’UE, hommes de convictions et de valeurs, les dirigeants actuels font, pour certains d’entre eux, figure de nains.

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Agenda

16 mars 2012, Nantes : Intervention dans le cadre du colloque "L'Europe face à la crise" organisé par la chaire de philosophie de l'Europe, à la faculté de droit et de science politique, en présence de Jean-Marc Ferry.

 

16 mars 2012, Saint-Malo : Intervention à la réunion-débat publique organisée par le Comité de soutien Bayrou 2012 sur la place de l'Europe dans la campagne présidentielle de François Bayrou et sur les enjeux économiques de la zone euro.

 

Plus de détails; Tout l’agenda.

Correspondants locaux

ADLE/ALDE



MoDem

Du nouveau

Le Monde 14 février, Le Monde, "Réconcilier les Européens avec l'Europe" Article co-rédigé par Sylvie Goulard et Mario Monti, Premier ministre italien, à l'occasion de l'intervention de ce dernier, en session plénière à Strasbourg. Dans le contexte actuel écrivent-ils, l'UE a besoin de plus de démocratie et d'une collaboration plus étroite entre les différentes institutions. Lire.

 

Nouvel obs 7 février, Nouvel Obs, "Merkel/Sarkozy : pourquoi leur connivence partisane est une faute de goût" Seizième article de Sylvie Goulard qui exprime sa réserve vis-à-vis du soutien d'Angela Merkel à l'égard de Nicolas Sarkozy. Lire.

 

Nouvel obs 1er février, Nouvel Obs, "Nouveau traité européen : l’euro vaut bien une messe" Quinzième article de Sylvie Goulard qui décrypte les enjeux du nouvel accord conclu le 30 janvier dernier, par vingt-cinq Etats membres de l'UE, pour renforcer la gouvernance de l’Union économique et monétaire. Lire.

 

La Croix 2 février, La Croix, "Il manque en France une vraie culture du débat". Lire.

 

31 janvier, Radio Centre Ville Montréal, Interview de Sylvie Goulard qui montre que l'Europe tient une place centrale dans le projet du Modem. Ecouter à la 0'30.

 

31 janvier, Lo Spazio della Politica, Interview de Sylvie Goulard sur la crise économique et financière. Lire.

 

Nouvel obs 26 janvier, Nouvel Obs, "Présidentielle : plaidoyer pour une élection ouverte sur l’Europe et le monde" Quatorzième article de Sylvie Goulard qui encourage les candidats à l'élection présidentielle à replacer l'Europe au coeur du débat politique. Lire.

 

EuropeInfos 25 janvier, Europe-info, "Ce que j’attends de 2012 : les Européens et l’Europe méritent plus de respect".
Lire en françaisLire en anglaisLire en allemand.

 

Nouvel obs 19 janvier, Nouvel Obs, "Les agences de notation diabolisées... parce qu'elles dérangent ?" Treizième article de Sylvie Goulard tendant à réhabiliter le rôle des agences de notation Lire.

 

arte 17 janvier, ARTE, Sylvie Goulard intervient dans l'émission Thema, dans le cadre d'un débat sur la crise de l'euro. Regarder.

 

euobserver 12 janvier, EUobserver, Sylvie Goulard explicite l'enjeu des eurobonds. Regarder.

 

Nouvel obs 12 janvier, Nouvel Obs, "Hongrie ou "l’Europe qui protège"... les tyrans ?" Douzième article de Sylvie Goulard visant à "décrypter" les enjeux de la campagne présidentielle. Lire.

 

11 janvier, Les Cahiers Croire, "L'Europe, une espérance", interview avec Sylvie Goulard. Lire.

 

 

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