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Chronique d’ici et d’ailleurs – 13 décembre 2009

« Contre les étrangers tous plus ou moins barbares » ?

Le débat lancé parle gouvernement sur « l’identité nationale » aurait bien besoin d’une mise en perspective européenne. S’il est important de savoir qui l’on est, il ne me semble pas indispensable, en 2009, d’isoler ce qui, en nous, formerait notre caractère national en le coupant de notre citoyenneté européenne, comme de toute attache régionale ou spécificité individuelle. L’Europe nous invite à surmonter les réflexes nationaux, pas à les cimenter.


Un moment, j’ai songé à écrire un papier qui partirait de la mise en garde d’Amin Maalouf dans son ouvrage « Les Identités meurtrières ». Ou à évoquer Altiero Spinelli, grande figure européenne italienne, qui s’est tant battu contre les nationalismes. Ou encore, à renvoyer encore une fois au très beau plaidoyer de Mona Ozouf,en faveur de la combinaison des identités, en l’occurrence française et bretonne (« Composition française », Gallimard 2009). Je l’avais évoqué pendant la campagne électorale, dans l’une de mes chroniques 1.

 

La veille 2, j’avais fait allusion à Jean Monnet qui, dans ses Mémoires, raconte en ces termes son éducation dans une famille charentaise de négociants de Cognac, ouverts sur le monde ; je ne résiste pas au plaisir de le citer encore tant cette approche me paraît exactement celle qu’il faut prôner:

 

« Ainsi dès mon enfance, alors même que la société française baignait dans son provincialisme, j’ai appris que nous vivions dans un monde de dimensions très vastes, et il m’était naturel de penser que j’aurais à faire à des gens parlant d’autres langues, ayant d’autres habitudes. Observer et tenir compte de ces habitudes était une nécessité quotidienne pour nous. Mais cela ne s’accompagnait pas d’’un sentiment de différence ni de dépendance. A Cognac, on était de plain-pied avec les Anglais. A Paris, on était plutôt sous leur influence. Aussi, ignorions-nous les réactions de défense ou d’orgueil du nationalisme qui gagnaient la vie politique française. Par la suite, dans mes rapports avec les autres peuples, je n’ai eu jamais eu à faire d’efforts pour vaincre des réflexes que je n’avais pas acquis. »

 

L’éducation devrait avoir pour but de délivrer des préjugés et de l’esprit de clocher, pas de les conforter.

 

Aussi, c’est finalement à Brassens que je laisserai la parole. Dans sa Balade des gens qui sont nés quelque part, il dit avec humour et impertinence, mieux que je ne saurais le faire, ce que m’inspire le débat lancé par M. Besson et orchestré par des préfets sommés de faire réfléchir les Français.

 

Balade des gens qui sont nés quelque part,

C'est vrai qu'ils sont plaisants tous ces petits villages
Tous ces bourgs, ces hameaux, ces lieux-dits, ces cités
Avec leurs châteaux forts, leurs églises, leurs plages
Ils n'ont qu'un seul point faible et c'est être habités
Et c'est être habités par des gens qui regardent
Le reste avec mépris du haut de leurs remparts
La race des chauvins, des porteurs de cocardes
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part

Maudits soient ces enfants de leur mère patrie
Empalés une fois pour toutes sur leur clocher
Qui vous montrent leurs tours leurs musées leur mairie
Vous font voir du pays natal jusqu'à loucher
Qu'ils sortent de Paris ou de Rome ou de Sète
Ou du diable vauvert ou bien de Zanzibar
Ou même de Montcuq il s'en flattent mazette
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part

Le sable dans lequel douillettes leurs autruches
Enfouissent la tête on trouve pas plus fin
Quant à l'air qu'ils emploient pour gonfler leurs baudruches
Leurs bulles de savon c'est du souffle divin
Et petit à petit les voilà qui se montent
Le cou jusqu'à penser que le crottin fait par
Leurs chevaux même en bois rend jaloux tout le monde
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part

C'est pas un lieu commun celui de leur connaissance
Ils plaignent de tout coeur les petits malchanceux
Les petits maladroits qui n'eurent pas la présence
La présence d'esprit de voir le jour chez eux
Quand sonne le tocsin sur leur bonheur précaire
Contre les étrangers tous plus ou moins barbares
Ils sortent de leur trou pour mourir à la guerre
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part

Mon dieu qu'il ferait bon sur la terre des hommes
Si on y rencontrait cette race incongrue
Cette race importune et qui partout foisonne
La race des gens du terroir des gens du cru
Que la vie serait belle en toutes circonstances
Si vous n'aviez tiré du néant tous ces jobards
Preuve peut-être bien de votre inexistence
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part

 

1 14 mai 2009 Unis dans la diversité – sur ce site dans la rubrique Archives / Les Européennes 2009

1 13 mai 2009, Le Cognac et les maîtres du temps (idem)

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Agenda

16 mars 2012, Nantes : Intervention dans le cadre du colloque "L'Europe face à la crise" organisé par la chaire de philosophie de l'Europe, à la faculté de droit et de science politique, en présence de Jean-Marc Ferry.

 

16 mars 2012, Saint-Malo : Intervention à la réunion-débat publique organisée par le Comité de soutien Bayrou 2012 sur la place de l'Europe dans la campagne présidentielle de François Bayrou et sur les enjeux économiques de la zone euro.

 

Plus de détails; Tout l’agenda.

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Du nouveau

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Nouvel obs 7 février, Nouvel Obs, "Merkel/Sarkozy : pourquoi leur connivence partisane est une faute de goût" Seizième article de Sylvie Goulard qui exprime sa réserve vis-à-vis du soutien d'Angela Merkel à l'égard de Nicolas Sarkozy. Lire.

 

Nouvel obs 1er février, Nouvel Obs, "Nouveau traité européen : l’euro vaut bien une messe" Quinzième article de Sylvie Goulard qui décrypte les enjeux du nouvel accord conclu le 30 janvier dernier, par vingt-cinq Etats membres de l'UE, pour renforcer la gouvernance de l’Union économique et monétaire. Lire.

 

La Croix 2 février, La Croix, "Il manque en France une vraie culture du débat". Lire.

 

31 janvier, Radio Centre Ville Montréal, Interview de Sylvie Goulard qui montre que l'Europe tient une place centrale dans le projet du Modem. Ecouter à la 0'30.

 

31 janvier, Lo Spazio della Politica, Interview de Sylvie Goulard sur la crise économique et financière. Lire.

 

Nouvel obs 26 janvier, Nouvel Obs, "Présidentielle : plaidoyer pour une élection ouverte sur l’Europe et le monde" Quatorzième article de Sylvie Goulard qui encourage les candidats à l'élection présidentielle à replacer l'Europe au coeur du débat politique. Lire.

 

EuropeInfos 25 janvier, Europe-info, "Ce que j’attends de 2012 : les Européens et l’Europe méritent plus de respect".
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Nouvel obs 19 janvier, Nouvel Obs, "Les agences de notation diabolisées... parce qu'elles dérangent ?" Treizième article de Sylvie Goulard tendant à réhabiliter le rôle des agences de notation Lire.

 

arte 17 janvier, ARTE, Sylvie Goulard intervient dans l'émission Thema, dans le cadre d'un débat sur la crise de l'euro. Regarder.

 

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Nouvel obs 12 janvier, Nouvel Obs, "Hongrie ou "l’Europe qui protège"... les tyrans ?" Douzième article de Sylvie Goulard visant à "décrypter" les enjeux de la campagne présidentielle. Lire.

 

11 janvier, Les Cahiers Croire, "L'Europe, une espérance", interview avec Sylvie Goulard. Lire.

 

 

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