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Chronique de Berlin et de Rennes des 5 et 7 janvier Ecouter, expliquer, discuter
Le souci de dialoguer avec les Allemands comme avec les professionnels de terrain, me conduit à enchaîner deux déplacements à Berlin et à Rennes.
A Berlin, la Fondation Stiftung Wissenschaft und Politik a organisé spécialement une réunion de réflexion (merci Daniela Schwarzer) rassemblant quelques académiques et fonctionnaires de différents ministères (Finances, Economie, Affaires étrangères) intéressés par les textes dont je suis rapporteur (sur le comité du risque systémique) ou « shadow rapporteur » (les autorités de supervision microéconomique des secteurs de la banque, de l’assurance et des marchés). Mon collègue allemand Sven Giegold (coordinateur de la Commission ECON pour le groupe Verts) me fait l’amitié d’être présent. L’éc oute est attentive, comme toujours en Allemagne, où personne n’interrompt personne.
En dépit de l’engagement européen de certains de mes interlocuteurs, je ressens chez quelques-uns d’entre eux, une réticence assez vive. Toutes les angoisses de l’Allemagne d’aujourd’hui envers l’UE ressortent d’un coup : la peur d’être mis à contribution financièrement ; la peur de la Commission, jugée « ultra-libérale » et intrusive ; la peur de perdre la spécificité d’un système bancaire où banques commerciales et établissements locaux (caisses d’épargne, secteur mutualiste) se côtoient ; la peur de la dernière décision de la Cour constitutionnelle fédérale qui a entendu défendre les pouvoirs du Bundestag contre l’hydre de Bruxelles ! Certains arguments méritent considération, d’autres sont franchement irrationnels. Sur la décision de la Cour constitutionnelle, je suis assez directe : si les Français s’étaient permis un tel coup de frein, la presse allemande aurait moqué « la grande Nation » ! Et l’état de leur système bancaire ne justifie pas, de la part des Allemands, de sentiment de supériorité : la dernière affaire germano-autrichienne (Landesbank Bayern / Hypo Alpe Adria) va coûter des milliards au contribuable bavarois ; elle met l’accent sur les failles de la supervision dans le marché intérieur puisqu’au moins deux pays sont en cause. Quand je teste l’idée de rassembler en un lieu, peut-être à Francfort, toutes les autorités de supervision, un certain embarras est perceptible chez mes interlocuteurs. Ils sont enfermés dans leur « boîte ». L’Allemagne n’est pas devenue simplement nationaliste, comme disent des commentateurs français mal informés, elle ne sait plus très bien où elle va ! Et la France devrait s’interroger sur sa responsabilité dans cette évolution.
D’autres interlocuteurs, au niveau politique, ont heureusement une vue plus large. Je ne regrette pas d’avoir fait le voyage ; j’ai pu sentir un peu mieux comment la nouvelle équipe gouvernementale travaille. Wolfgang Schäuble, ministre des finances, est probablement l’un des plus grands Européens de la classe politique allemande. Il a une vision. C’est une chance qu’il occupe ce poste car, pour surmonter les peurs, il faudra beaucoup de volonté et de détermination, d’idées et de pugnacité.
Deux jours plus tard, à Rennes où nous accueille la Maison de l’Europe présidée par Jeanne-Françoise Hutin, je discute avec quelques banquiers, sur les mêmes questions, afin de recueillir leur point de vue. Sur leurs encours de crédit en 2009 et leur volonté de continuer à financer l’économie locale, ils tiennent des propos qui se veulent rassurants : pas de baisse d’activité, une volonté intacte d’avancer. Je prends note. Sur la supervision, leurs préoccupations sont de trois ordres :
- Que la spécificité du secteur mutualiste soit reconnue ; à cet égard, ils sont plus inquiets par la perspective de textes européens sur les fonds propres que d’une éventuelle supervision ; la nature de leur bilan composé en partie de parts sociales qui les mettent en dehors des modèles « capitalistiques » purs ;
- Que les nouvelles instances européennes n’ajoutent pas des contraintes à des établissements déjà contrôlés au niveau national (demande de subsidiarité)
- Que le système soit efficace dans des crises mondiales.
J’apprécie beaucoup de pouvoir échanger avec ceux qui, au contact des particuliers et des entreprises comme des collectivités locales, font vivre le tissu économique de la région Ouest et sont à même de me parler de la crise telle qu’elle est vécue.
La journée se conclue par un débat à l’IEP avec le Mouvement Européen, sur trois thèmes : le traité de Lisbonne ; la sortie de crise ; l’identité européenne.
Voir l’article de OUEST France (édition d’Ile et Vilaine du 7 janvier)
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