Chronique de Strasbourg du 20 au 24 septembre 2010
« Erledigt » diraient les Allemands !
Le paquet de textes créant une supervision européenne a été adopté mercredi 22 septembre à une écrasante majorité : près de 590 voix pour chacun de nos textes, soit l’appui sans faille des quatre groupes politiques principaux (des Verts à la droite PPE en passant par les socialistes et les libéraux-démocrates) ; si, en revanche, le vote des défenseurs purs et durs d’un souverainisme suranné, en complet décalage avec la mobilité des capitaux et la réalité du monde, nous a manqué, c’est un hommage, pas un outrage. Compliqué ce sujet ? Pas tant que cela ; les nouvelles institutions qui seront en place au 1er janvier prochain consistent en :
- Une vigie pour repérer les « incendies » en amont ; c’est le Comité européen du risque systémique ; comme toutes les vigies, pour qu’elle ait une bonne vue, encore fallait-il la placer au sommet. C’est le Président de la BCE qui la dirigera pendant 5 ans au moins.
- Et trois autorités chargées de doter les banques, assurances, et marchés de règles communes dans toute l’Europe et d’n contrôler l’application harmonieuse. Elles sont à la fois celles qui font la règle de sécurité et joueront les pompiers en cas de nécessité, surtout si un foyer enflamme plusieurs pays européens, dépassant la compétence de chaque brigade. Quiconque a vécu un grand feu de forêt en été, peut comprendre l’importance de la prévention, de la vigilance et de la réaction rapide.
C’est une première étape ; il en faudra bien d’autres. Mais nous avons déjà jeté les bases d’une supervision enfin européenne. Le Parlement Européen la réclamait depuis des années, depuis la libéralisation des services financiers en tout cas. La fragilité des banques irlandaises est venue à point nommé nous rappeler que ces précautions n’étaient pas inutiles.
Au terme de cette année de travail, deux réflexions me viennent à l'esprit
1° Le succès est celui d’une équipe : celle des rapporteurs, assistants et fonctionnaires du Parlement européen, complices d’une année, que je salue, même si cela n’a pas toujours été facile de s’entendre 1; sans parler des fonctionnaires de la Commission autour de Michel Barnier et aussi des membres du groupe d’experts présidé par Jacques de Larosière, secondé par David Wright dont le travail, rendu public en février 2009, nous a considérablement aidés. Le Conseil lui, a joué la partie à sa manière, très allant sur le principe, nettement plus « perso » sur le concret, sortant ses petits ciseaux pour mettre en pièces les dispositions les plus pro européennes et ajouter les fantaisies de son goût : une clause de sauvegarde budgétaire (sauvegarde contre qui ? contre l’ennemi tapi à Bruxelles ?), un verrouillage de la déclaration d’urgence par les Etats et, avec son rabot, il a limité l’effet des dispositions les plus utiles sur les infrastructures de marché. Heureusement, la présidence belge a ramené quelques gouvernements à la raison, en menaçant notamment de soumettre les textes au vote au lieu de rechercher une unanimité qui fait la part belle au moins disant. Entre décembre 2009 et le succès de mercredi, nous avons fait un pas en avant, mais après que le Conseil, sous présidence suédoise, avait reculé avec des bottes de 7 lieues. La morale de cette histoire est toujours la même : si certaines capitales ne tiraient pas le tapis sous les pieds de l’UE, nous serions plus efficaces et crédibles, collectivement. Sans compter ceux qui se cachent derrière ceux qui tirent le tapis et ceux qui ne disent rien…
L’émergence de l’Asie, y compris dans la sphère financière où l’Europe possédait un avantage certain, devrait faire réfléchir ceux qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez (voir l’article de Nicolas Véron dans La Tribune de cette semaine). Les ambitions du Parlement Européen allaient plus loin que cet accord ; nous l’avons signé pour être constructifs mais nous reviendrons à la charge pour doter l’UE, dans la globalisation, de pouvoirs sérieux de contrôle du secteur et d’un centre unique de stabilité qui à mon sens ne peut être qu’à Francfort, auprès de la BCE.
2° Il est difficile de valoriser le travail - pourtant approfondi - qui est fait au Parlement, dépositaire de la légitimité démocratique. D’abord, plus on a travaillé, moins le vote est spectaculaire. Des centaines d’articles ont été votés en quelques instants car le consensus en amont était solide. Pas un vote séparé, pas un amendement dissident. Tout a été adopté en bloc. Un autre rapport laborieux, mis aux voix le même jour dans une panique générale (par charité chrétienne, nous tairons le nom du rapporteur), retiendra peut-être plus l’attention…Servitudes et grandeur de ce mandat. Ensuite, les médias travaillent plus ou moins bien. Certains journalistes – et ce n’est pas facile – rendent compte avec précision du rôle de chaque institution, d’autres mélangent tout : le droit d’initiative appartient à la Commission qui dépose un projet ; c’est une base de travail et non un « diktat de la commission de Bruxelles » ; ensuite, la négociation entre Conseil / Parlement prend des mois pour examiner les implications de chaque choix politique ou technique ; mais c’est le jour de la plénière, à condition que le conseil ECOFIN ait formalisé l’accord des gouvernements, que la « loi » voit le jour. Il n’y a pas de déficit démocratique.
16 mai, 2012, Nouvel Obs,"Hollande - Merkel : pourquoi la France n'est pas en position de force en Europe" Vingt-septième contribution de Sylvie Goulard. Mieux comprendre les différences de vision françaises et allemande permettre une meilleure coopération entre Hollande et Merkel pour définir le projet européen et mener les réformes nécessaires. Lire.
15 mai 2012, Ouest France,"Tourner la page de Merkozy", interview de Sylvie Goulard. Lire.
9 mai 2012, BFM Business, Sylvie Goulard est l'invitée de Stéphane Soumier sur Good Morning Business. Voir.
10 mai 2012, Le Monde,"Urgente démocratisation des institutions", tribune de Sylvie Goulard qui montre que l'Europe, enceinte d'une Union politique, hésite entre le "déni de grossesse" et la "délivrance". Elle remet les efforts de François Hollande dans une perspective européenne. Lire.
7 mai 2012, Debating Europe, Have the French and Greek elections broken the consensus for austerity ?, jeu de questions (internautes)/réponses(Sylvie Goulard) sur la gouvernance économique de la zone euro. Lire en anglais.
7 mai 2012, Le Pélerin,"M. le Président, restaurez l’esprit européen", message de Sylvie Goulard adressé au nouveau président de la République qui doit "restaurer un bon esprit" européen à Bruxelles. Lire.
4 mai 2012, L’Europe, le « post-it » sur le frigo ? Réflexions de Sylvie Goulard suite au débat présidentiel du 3 mai. Lire.
4 mai 2012, IPSI (Istituto per gli studi di politica internazionale), "Sarkozy, Hollande and the end of "Merkozy". Lire en anglais.
3 mai 2012, Libération,"La Force de la France, c'est son ouverture". Tribune de Sylvie Goulard en réponse à certains discours de campagne qui privilégient les intérêts de court terme sur la tradition européenne et universelle qui a fait la grandeur de notre pays. Lire.
3 mai 2012, La Croix,"Le couple italo-allemand peut-il remplacer le couple franco-allemand en Europe ?" Interview de Sylvie Goulard qui observe une forte convergence d'Angela Merkel et de Mario Monti en matière de gouvernance économique européenne. Lire.
3 maggio 2012, La Francia (e l'Europa) che verrã
Domenica prossima gli elettori francesi si recheranno alle urne per decidere se continuare ad affidare la presidenza a Nicolas Sarkozy o incaricare il candidato socialista François Hollande. Suite.
30 avril, Nouvel Obs,"Nicolas Sarkozy ou l'escroquerie des frontières", Vingt-sixième contribution de Sylvie Goulard qui souligne le danger de la vision étroite et nationaliste de Nicolas Sarkozy dans une époque mondiale, laquelle nécessite des réponses européennes et mondiales aux problèmes transfrontaliers. Lire.
24 avril, Nouvel Obs,"Sarkozy ou Hollande peuvent-ils réconcilier les Français avec l'Europe ?" Vingt-cinquième contribution de Sylvie Goulard qui expose la tâche urgente du prochain Président de la République : assainir les finances publiques, restaurer la compétitivité nationale tout en permettant à l'Europe de renouer avec ses objectifs initiaux de prospérité, d'emploi et de bien être des populations. Lire.
16 avril, Das Parlament, Interview de Sylvie Goulard sur les élections présidentielles. Lire en allemand.
19 avril, Financial Times, "France must set aside the spirit of Asterix." Article de Sylvie Goulard. Lire.