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Chronique d’Allemagne et de Toussaint, novembre 2010

Le rapport sur la gouvernance économique m’a incitée à retourner en Allemagne. Trois déplacements à Francfort et Berlin en quelques jours m’ont permis de me replonger dans le débat public, au moment même où Herman van Rompuy rendait son rapport et où les gouvernements allemand et français faisaient connaître leur position commune à Deauville.

C’est toujours un grand bonheur de goûter la qualité des débats allemands, même s’ils n’ont rien perdu en âpreté, loin de là. Des tensions sont perceptibles, comme je n’en avais pas senties dans ce pays depuis longtemps. J’y retournerai aussi souvent qu’il sera nécessaire pour clarifier mes vues et aussi, faire passer des messages.

 

En Allemagne, la crise de l’euro a laissé des traces durables.

A juste titre, les Allemands considèrent que la discipline était un des éléments du pacte fondateur de l’euro. Ils ont donné le Deutsche Mark à l’Europe dans des conditions précises qui ont été plus ou moins bien respectées. Avant même que la crise n’éclate, les niveaux d’endettement et de déficit publics dépassaient les normes définies en commun dans le pacte de stabilité et de croissance. Au début des années 2000, même le gouvernement allemand s’en était affranchi.

Première leçon de ce voyage : il va falloir remettre de l’ordre dans les comptes publics et cesser de vivre au-dessus de nos moyens. Certains en France feraient bien de mesurer la fermeté de nos partenaires allemands sur ce point. J’y vois une chance de restaurer notre crédibilité mise à mal. Jean-Claude Trichet, Président de la Banque centrale, ne dit pas autre chose. Malheureusement, le débat en Allemagne est beaucoup trop « nationalisé » : il est dans l’intérêt des citoyens français, grecs ou portugais que les finances publiques de leur pays soient durablement bien gérées ; nul ne peut se flatter de comptes truqués, de fraude fiscale ou de gabegie. Mais nous devons aussi veiller collectivement à remettre les économies européennes sur une trajectoire positive, de croissance et de création d’emplois ; à cet égard, les performances actuelles de l’Allemagne après une dure réforme structurelle du marché du travail et une modération salariale impressionnantes, sont indéniables. Mais l’Allemagne bénéficie d’une position centrale, a délocalisé nombre d’activités à sa porte, dans des pays comme la Pologne dont les monnaies ont été dévaluées, et possède une ouverture internationale exceptionnelle. Il y a de quoi admirer une productivité acquise par l’effort et la recherche de qualité : mais la production horaire de certains autres pays n’est pas inférieure, loin de là. L’Allemagne souffre aussi de problèmes sérieux : les services sont insuffisamment développés, le système bancaire en partie défaillant, la part des femmes sur le marché du travail constitue, depuis des années, un gâchis de talents ; et quoiqu’il en soit, ce modèle n’est sûrement pas transposable partout.

 

Am Deutschen Wesen mag die Welt genesen ? NEIN

La tonalité du débat allemand (et plus généralement du Nord de l’Europe) me gêne un peu. Si nous séparons l’Europe entre les "bons" et les "mauvais" , nous n’arriverons à rien. « Am deutschen Wesen mag die Welt genesen », de funeste réputation, n’est pas un bon slogan. L’essentiel est de convaincre du bien fondé de politiques rigoureuses, pas de taper sur les autres en espérant en faire de bons Prussiens… La volonté de punir ceux qui ont fauté ne peut pas tenir lieu d’objectif politique. La priorité, dans l’intérêt général, c’est la convergence présente et future de nos économies. Au Conseil, les ministres des finances de tous les pays, dont l’Allemagne ont toujours été présents, ces dernières années. Il était de leur devoir de surveiller l’évolution des économies. Si défaillance il y a eu, elle était collective. La solution sera aussi collective. Ou l’euro aura des difficultés terribles. Nos destins sont liés, que cela nous plaise ou non.

 

Der Teufel steckt im Detail

Curieusement, le débat allemand ne porte guère sur les textes en cours d’examen pour renforcer les sanctions du pacte de stabilité mais sur les dernières propositions de Mme Merkel visant à créer un fonds permanent de résolution des crises, co-financé par les investisseurs privés. Sous pression de l’opinion, de la Cour Constitutionnelle et de…la peur d’affronter une nouvelle crise, les Allemands tiennent à préparer un mécanisme à froid. Quiconque connaît l’Allemagne, sait combien nos amis allemands ont horreur de l’improvisation… C’est sans doute l’une des raisons de cette mobilisation générale. Ils n’ont pas tort et cette innovation représenterait un pas en avant formidable pour la zone Euro. Toutefois, les conditions de cette annonce ont été catastrophiques : tous les messages sont été négatifs, défensifs ; l’absence d’indication de date (alors qu’elle exige un changement de traité et concerne donc l’avenir et en aucun cas les créances actuelles), l’insistance de laisser une part du coût au secteur privé ont enflammé les marchés. Les conséquences pour les pays périphériques sont dures. Là encore, nous voyons une preuve de la dépendance mutuelle des Etats membres de la zone. L’Allemagne doit impérativement prendre conscience de l’impact de ses mouvements ; l’enfer est pavé de bonnes intentions…

Mais une chose est sûre : le débat européen existe en Allemagne. Et dans ce pays, le sens des responsabilités reste toujours digne d’admiration. Quand l’Italie s’offre des divertissements au milieu de la crise, quand la France met des mois à se doter d’un nouveau gouvernement, d’autres agissent plus résolument.

 
 

Agenda

6 juin 2012, Natixis, participation à une conférence dédiée à la relation entre les banques centrales et les institutions européennes.

 

Plus de détails; Tout l’agenda.

Correspondants locaux

ADLE/ALDE



MoDem

Du nouveau

Nouvel obs 16 mai, 2012, Nouvel Obs, "Hollande - Merkel : pourquoi la France n'est pas en position de force en Europe" Vingt-septième contribution de Sylvie Goulard. Mieux comprendre les différences de vision françaises et allemande permettre une meilleure coopération entre Hollande et Merkel pour définir le projet européen et mener les réformes nécessaires. Lire.

 

Le Monde15 mai 2012, Ouest France, "Tourner la page de Merkozy", interview de Sylvie Goulard. Lire.

 

BFM 9 mai 2012, BFM Business, Sylvie Goulard est l'invitée de Stéphane Soumier sur Good Morning Business. Voir.

 

Le Monde10 mai 2012, Le Monde, "Urgente démocratisation des institutions", tribune de Sylvie Goulard qui montre que l'Europe, enceinte d'une Union politique, hésite entre le "déni de grossesse" et la "délivrance". Elle remet les efforts de François Hollande dans une perspective européenne. Lire.

 

La Croix 7 mai 2012, Debating Europe, Have the French and Greek elections broken the consensus for austerity ?, jeu de questions (internautes)/réponses(Sylvie Goulard) sur la gouvernance économique de la zone euro. Lire en anglais.

 

La Croix 7 mai 2012, Le Pélerin, "M. le Président, restaurez l’esprit européen", message de Sylvie Goulard adressé au nouveau président de la République qui doit "restaurer un bon esprit" européen à Bruxelles. Lire.

 

4 mai 2012, L’Europe, le « post-it » sur le frigo ? Réflexions de Sylvie Goulard suite au débat présidentiel du 3 mai. Lire.

 

4 mai 2012, IPSI (Istituto per gli studi di politica internazionale), "Sarkozy, Hollande and the end of "Merkozy". Lire en anglais.

 

Libération 3 mai 2012, Libération, "La Force de la France, c'est son ouverture". Tribune de Sylvie Goulard en réponse à certains discours de campagne qui privilégient les intérêts de court terme sur la tradition européenne et universelle qui a fait la grandeur de notre pays. Lire.

 

La Croix

3 mai 2012, La Croix, "Le couple italo-allemand peut-il remplacer le couple franco-allemand en Europe ?" Interview de Sylvie Goulard qui observe une forte convergence d'Angela Merkel et de Mario Monti en matière de gouvernance économique européenne. Lire.

 

3 maggio 2012, La Francia (e l'Europa) che verrã

Francia diretta Domenica prossima gli elettori francesi si recheranno alle urne per decidere se continuare ad affidare la presidenza a Nicolas Sarkozy o incaricare il candidato socialista François Hollande. Suite.

 

Nouvel obs 30 avril, Nouvel Obs, "Nicolas Sarkozy ou l'escroquerie des frontières", Vingt-sixième contribution de Sylvie Goulard qui souligne le danger de la vision étroite et nationaliste de Nicolas Sarkozy dans une époque mondiale, laquelle nécessite des réponses européennes et mondiales aux problèmes transfrontaliers. Lire.

 

Nouvel obs 24 avril, Nouvel Obs, "Sarkozy ou Hollande peuvent-ils réconcilier les Français avec l'Europe ?" Vingt-cinquième contribution de Sylvie Goulard qui expose la tâche urgente du prochain Président de la République : assainir les finances publiques, restaurer la compétitivité nationale tout en permettant à l'Europe de renouer avec ses objectifs initiaux de prospérité, d'emploi et de bien être des populations. Lire.

 

16 avril, Das Parlament, Interview de Sylvie Goulard sur les élections présidentielles. Lire en allemand.

 

Financial times 19 avril, Financial Times, "France must set aside the spirit of Asterix." Article de Sylvie Goulard. Lire.

 

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