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14-17 septembre 2009, Chronique de Strasbourg
CRISE DU LAIT !
Une partie de la session a été consacrée à tenter de résoudre la crise du lait, à témoigner de la détresse des exploitants, à alerter et chercher des solutions. Avec quelques députés ALDE de la commission agricole, j’ai rencontré la commissaire européenne chargée de l'agriculture, Mme Fischer Boel.
Cette réunion m'a donné l'occasion, comme plusieurs de mes collègues, de différents Etats membres, d'exprimer la gravité de la crise laitière et de souligner la détresse de nombreux producteurs, notamment dans notre région Ouest.
Mme Fischer Boel a manifestement conscience de la gravité de la situation mais reste convaincue que la suppression des quotas laitiers, décidée dans le cadre du "bilan de santé" de la politique agricole commune (PAC) reste d'actualité. Elle a rappelé diverses mesures d'intervention autorisées par la Commission. Mais appelle aussi, de manière préoccupante, à des "restructurations" d'exploitations. Les membres du groupe ADLE présents ont souligné le besoin de veiller à une plus grande concurrence entre les acheteurs de lait, la situation actuelle créant une pression sur les producteurs. Nous avons appelé à un travail conjoint des directions générales de l'agriculture et de la concurrence de la Commission sur ce point.
J'ai également exprimé notre déception que M. Barroso, réélu aujourd'hui Président de la Commission européenne, pour un deuxième mandat, n'ait pas exposé sa vision de l'avenir de la PAC - quelle qu'elle soit - alors même que la PAC est la première des politiques européennes, par le budget mobilisé et concerne tant d'Européens, sur l'ensemble de notre continent.
Enfin, j'ai insisté sur la volonté des agriculteurs de continuer à poursuivre leur activité qui est de produire de la nourriture de qualité, en quantité suffisante, au lieu de devenir des "jardiniers" payés pour seulement entretenir les paysages.
Le Parlement a voté une résolution interpelant les pouvoirs publics, largement insuffisante aux yeux des députés MoDem, que nous avons tenté d’améliorer
Mon sentiment ? Le contraste est immense entre la détresse sur le terrain et l’approche d’une majorité des députés et de la Commission ; pour ces derniers, les quotas doivent être démantelés, l’agriculture « restructurée » c'est-à-dire calquée sur le modèle productiviste de l’Europe du Nord. Elle est considérée comme un secteur d’activités comme un autre, soumis aux mêmes obligations d’évolution. Comme si l’agriculture était l’industrie, comme si on pouvait, par exemple, mettre des vaches au chômage technique ! Comme si les agriculteurs n’avaient pas fait des efforts de productivité et de modernisation ces dernières années. Comme si l’aménagement du territoire, la défense de la qualité des aliments, de la sécurité sanitaire, de l’environnement, étaient secondaires. Un tel aveuglement laisse songeur et augure mal de l’avenir. Je tiens à le dire ici, à rebours de certaines positions démagogiques : la bataille de la défense de la PAC se jouera dans une Union élargie où la vision française pèse moins que par le passé, où certains abus dans notre pays jouent contre nous. Nous nous battrons mais de ce contexte nos concitoyens doivent être conscients.
La PAC doit être réformée, oui. Mais une réforme jusqu’où ? Jusqu’à la désertification de l’Ouest ?
L’attachement fétichiste au marché dont font preuve certains est d’autant plus curieux que la situation actuelle prouve que le marché a failli : le jeu de l’offre et la demande ne se fait pas de manière libre et non faussée. La concurrence est insuffisante, vu le faible nombre d’acheteurs. Au nom du marché, on interdit une contractualisation des relations producteurs / acheteurs. Mais au mépris du marché, on tolère l’hyper concentration des chaînes de transformation et de la distribution. Que fait la commissaire en charge de la concurrence ?
Et José Manuel Barroso a été réélu sans avoir donné sa vision de la PAC de demain ; sur ce point, le document qu’il a produit est bref et vague. C’est mauvais signe, s’agissant de la première politique commune, à la fois d’un point de vue historique et budgétaire. Ceux qui, comme le PPE (UMP) ont voté sa reconduction, devront assumer devant les électeurs français ce chèque en blanc sur l’agriculture. Son manque de vision dissimule peut-être son adhésion, au moins implicite, à l’air du temps. Plus besoin de PAC, plus besoin de soutiens : le marché mondial et des ressources redéployées vers des politiques dites «d’avenir ». Voilà ce qu’il a fait pendant 5 ans. S’il est cohérent avec lui-même, il devrait continuer.
Pour mémoire, la position exprimée par François Bayrou, vendredi 18 septembre, dans l’Orne (dépêche AFP). Crise du lait : Bayrou demande de "changer de politique" > > PARIS, 18 septembre 2009 (AFP) - Le président du Mouvement démocrate > François Bayrou a exprimé vendredi sa "solidarité" avec les > producteurs laitiers et demandé de "changer de politique" en la > matière, se prononçant pour "l'organisation de la production". > A l'issue d'une rencontre à Aube (Orne) avec des exploitants agricoles > et des producteurs laitiers, en grève ou non, M. Bayrou a déclaré à > l'AFP : "le sens de cette visite était de manifester de la solidarité > avec un secteur agricole qui vit aujourd'hui un drame". > "La preuve est faite que la dérégulation dans ce secteur d'activité, > c'est la mort de l'agriculture parce qu'elle ne peut pas supporter les > à-coups de marché qui font que les prix s'effondrent", a estimé le > député des Pyrénées-Atlantiques. > "Il n'y a qu'une solution possible: l'organisation de la production", > a-t-il assuré, jugeant que "l'abandon des quotas laitiers est une > catastrophe". > La grève du lait est "un mouvement européen, un mouvement qui appelle > à une prise de conscience de l'urgence de la situation. Il faut > changer de politique pour sauver quelque chose qui est infiniment > précieux pour la France", a-t-il martelé, soulignant que le > déversement de milliers de litres de lait était un "crève-coeur" > pour les agriculteurs. > Alors que "les prix du lait ne couvrent pas le coût de revient", les > producteurs "sont désespérés et ne voient plus d'avenir pour beaucoup > d'entre eux", a-t-il fait valoir. > jud/ben/db > > > AGRICULTURE-ÉLEVAGE-LAIT-UE-PARTIS-MODEM - 18/09/2009 13h25 - AFP >
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