Chroniques
Articles et interviews
Livres
Eu=MC2
 

G20 : l'Europe en danger, par Sylvie Goulard.

Le Monde, 13 novembre 2010

Le G20, qui rassemble les dirigeants des principales puissances économiques du monde, attire tous les regards. Quand il a été convoqué, au plus fort de la crise financière, l'initiative européenne était judicieuse : il fallait agir vite, de manière concertée, en incluant les pays émergents.

En revanche, dans la durée, l'engouement pour ce cénacle est singulier, notamment de la part d'Européens qui ont inventé une méthode "communautaire" infiniment plus légitime et plus efficace pour coopérer par-delà les frontières. Naturellement, le monde n'est pas prêt, à brève échéance, pour une intégration poussée. Mais il en a besoin. Aussi serait-il dans notre intérêt d'y travailler au lieu de saper nos propres réalisations, dans une sorte d'ivresse de la régression.

La légitimité du G20 est fragile. Des régions entières du monde n'y siègent pas, les pauvres n'ont pas voix au chapitre. Ce n'est pas une communauté de valeurs. Des démocraties jouxtent des Etats violant les droits de l'homme, bafouant l'égalité entre les hommes et les femmes ; des économies ouvertes siègent à côté de pays plus ou moins fermés et prédateurs.

Que gagne la France à embrasser une logique mercantile au lieu de défendre l'universalité des droits des hommes et l'égale dignité des cultures ? Enfin, au sein du G20, le débat public, la dimension parlementaire sont inexistants. A côté, l'Union européenne si décriée pour son prétendu "déficit démocratique" est un modèle.

Son efficacité aussi reste à prouver, tant le G20 se borne à la juxtaposition, pour ne pas dire au choc des égoïsmes nationaux. L'attitude peu coopérative de certaines puissances, ces jours derniers, en matière monétaire, le démontre encore. Chaque réunion du G20 voit fleurir les effets d'annonce, mais il n'est pas d'équivalent de la Commission européenne, ni de la Cour de justice pour transformer les promesses en droit positif et veiller à leur respect effectif. Une fois les lampions éteints, chacun rentre chez soi et n'en fait qu'à sa tête.

Nous l'avons vérifié, au Parlement européen, à propos de la supervision financière : pendant la crise, au G20, les gouvernements ont promis une surveillance accrue du secteur financier. A la suite des travaux d'un groupe d'experts présidé par Jacques de Larosière, la Commission européenne a fait des propositions ambitieuses. Les vieux réflexes nationalistes ont pourtant resurgi, obligeant le commissaire Michel Barnier et les députés européens à dépenser une énergie considérable pour contrecarrer l'action de sape des gouvernements, parfois ceux-là mêmes qui siègent au G20.

Au lieu d'encourager la naissance d'autorités fortes chargées de contrôler les banques, les assurances, les marchés et anticiper les risques systémiques, certains ministres ont multiplié les veto nationaux et les clauses de sauvegarde. Le Conseil a refusé que soient supervisées directement au niveau européen les "entités d'envergure européenne", notamment les agences de notation ou les chambres de compensation, tout comme les grands groupes transfrontaliers.

Il a aussi exclu le regroupement de toutes les autorités à Francfort, siège de la Banque centrale européenne, voté par une écrasante majorité du Parlement. Une fois encore, des intérêts catégoriels et des considérations de prestige national l'ont emporté sur l'efficacité et la visibilité de l'Europe dans le monde.

Quand il s'agit d'agir pour le long terme, la main de nos dirigeants tremble.

Les Européens ne réalisent pas toujours que la Communauté européenne a été conçue à partir d'une expérience concrète, vécue par Jean Monnet : l'impuissance de la Société des nations (SDN). C'est pourquoi l'Union européenne, si imparfaite soit-elle, est précieuse. Elle représente la seule tentative, à ce jour, pour sortir de l'impasse intergouvernementale. L'échec récent des négociations sur le changement climatique confirme que cette inefficacité perdure.

 

Quand il était président de la Commission, Jacques Delors voyait dans l'UE le "laboratoire de la mondialisation". Lorsque des structures politiques mondiales verraient le jour, elles seraient inspirées par l'expérience européenne, et l'UE, en tant que telle, y jouerait un rôle actif. Il pouvait espérer que les Européens valoriseraient ce qu'ils ont appris de l'histoire : seul le partage de souveraineté est efficace, la simple coopération d'Etats crispés sur leur veto ne suffit pas.

Nous sommes aujourd'hui à la croisée des chemins. Les gouvernants des "grands" Etats européens sont à l'évidence tentés par un retour en arrière. Le 2 novembre, dans un discours au Collège d'Europe à Bruges, la chancelière allemande, Angela Merkel a enterré la méthode communautaire sans fleurs ni couronnes. La désinvolture des gouvernants italiens ou français, des années durant, dans la gestion des finances publiques est du même acabit.

On voit mal pourquoi les tiers devraient prendre au sérieux les réalisations européennes quand les dirigeants européens eux-mêmes en font si peu de cas. Au G20, l'Union européenne est affaiblie par sa représentation bancale : d'un côté, les "grands" Etats (France, Allemagne, Royaume-Uni, Italie), de l'autre l'UE, ravalée au rang de "baby-sitter" des "petits". La délégation européenne est si nombreuse que les tiers s'y perdent ou rient sous cape.

Ainsi, le problème de l'Europe n'est pas "l'Europe", la crédibilité de la Banque centrale européenne (BCE) en atteste, mais les gouvernants qui, en passagers clandestins, prétendent tenir le même rôle que si l'euro n'existait pas.

Le traité de Lisbonne prévoit l'unification de la représentation externe de la zone euro. En parlant d'une seule voix, nous défendrions mieux notre monnaie et nos intérêts. Nous serions également plus crédibles pour travailler à l'émergence d'instances mondiales plus justes, plus démocratiques, fondées sur un partage de valeurs et de souveraineté.

Au G20 se joue une partie de notre destin. La vertu de l'exemple, une Europe unie valent mieux que les sermons. A nos dirigeants de choisir : se placer, ensemble, à l'avant-garde de la mondialisation ou se cramponner, pour d'éphémères paillettes, à des pouvoirs nationaux de plus en plus illusoires.

 
 

Agenda

6 juin 2012, Natixis, participation à une conférence dédiée à la relation entre les banques centrales et les institutions européennes.

 

Plus de détails; Tout l’agenda.

Correspondants locaux

ADLE/ALDE



MoDem

Du nouveau

Nouvel obs 16 mai, 2012, Nouvel Obs, "Hollande - Merkel : pourquoi la France n'est pas en position de force en Europe" Vingt-septième contribution de Sylvie Goulard. Mieux comprendre les différences de vision françaises et allemande permettre une meilleure coopération entre Hollande et Merkel pour définir le projet européen et mener les réformes nécessaires. Lire.

 

Le Monde15 mai 2012, Ouest France, "Tourner la page de Merkozy", interview de Sylvie Goulard. Lire.

 

BFM 9 mai 2012, BFM Business, Sylvie Goulard est l'invitée de Stéphane Soumier sur Good Morning Business. Voir.

 

Le Monde10 mai 2012, Le Monde, "Urgente démocratisation des institutions", tribune de Sylvie Goulard qui montre que l'Europe, enceinte d'une Union politique, hésite entre le "déni de grossesse" et la "délivrance". Elle remet les efforts de François Hollande dans une perspective européenne. Lire.

 

La Croix 7 mai 2012, Debating Europe, Have the French and Greek elections broken the consensus for austerity ?, jeu de questions (internautes)/réponses(Sylvie Goulard) sur la gouvernance économique de la zone euro. Lire en anglais.

 

La Croix 7 mai 2012, Le Pélerin, "M. le Président, restaurez l’esprit européen", message de Sylvie Goulard adressé au nouveau président de la République qui doit "restaurer un bon esprit" européen à Bruxelles. Lire.

 

4 mai 2012, L’Europe, le « post-it » sur le frigo ? Réflexions de Sylvie Goulard suite au débat présidentiel du 3 mai. Lire.

 

4 mai 2012, IPSI (Istituto per gli studi di politica internazionale), "Sarkozy, Hollande and the end of "Merkozy". Lire en anglais.

 

Libération 3 mai 2012, Libération, "La Force de la France, c'est son ouverture". Tribune de Sylvie Goulard en réponse à certains discours de campagne qui privilégient les intérêts de court terme sur la tradition européenne et universelle qui a fait la grandeur de notre pays. Lire.

 

La Croix

3 mai 2012, La Croix, "Le couple italo-allemand peut-il remplacer le couple franco-allemand en Europe ?" Interview de Sylvie Goulard qui observe une forte convergence d'Angela Merkel et de Mario Monti en matière de gouvernance économique européenne. Lire.

 

3 maggio 2012, La Francia (e l'Europa) che verrã

Francia diretta Domenica prossima gli elettori francesi si recheranno alle urne per decidere se continuare ad affidare la presidenza a Nicolas Sarkozy o incaricare il candidato socialista François Hollande. Suite.

 

Nouvel obs 30 avril, Nouvel Obs, "Nicolas Sarkozy ou l'escroquerie des frontières", Vingt-sixième contribution de Sylvie Goulard qui souligne le danger de la vision étroite et nationaliste de Nicolas Sarkozy dans une époque mondiale, laquelle nécessite des réponses européennes et mondiales aux problèmes transfrontaliers. Lire.

 

Nouvel obs 24 avril, Nouvel Obs, "Sarkozy ou Hollande peuvent-ils réconcilier les Français avec l'Europe ?" Vingt-cinquième contribution de Sylvie Goulard qui expose la tâche urgente du prochain Président de la République : assainir les finances publiques, restaurer la compétitivité nationale tout en permettant à l'Europe de renouer avec ses objectifs initiaux de prospérité, d'emploi et de bien être des populations. Lire.

 

16 avril, Das Parlament, Interview de Sylvie Goulard sur les élections présidentielles. Lire en allemand.

 

Financial times 19 avril, Financial Times, "France must set aside the spirit of Asterix." Article de Sylvie Goulard. Lire.

 

Subscription



Recevoir en HTML

ADLE/ALDE