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Paris doit respecter le Parlement européen

30 mars 2011, Le Monde



Le droit, le gouvernement français l'invoque, à raison, devant la Cour de justice quand une majorité de députés européens réussit à faire voter de manière subreptice, à bulletin secret, un calendrier de travail pour 2012 et 2013 réduisant le nombre de sessions à Strasbourg. Il est fort regrettable en revanche que, dans les interprétations juridiques qui concernent le Parlement, dont il veut maintenir le siège en France, ce même gouvernement n'ait pas plus de scrupules. L'actualité en donne deux exemples.

Alors que la France a été à la pointe de la bataille pour l'élection directe du Parlement européen, gagnée il y a plus de trente ans, sa légitimité directe est aujourd'hui remise en cause : il a été décidé que les deux élus européens supplémentaires que le traité de Lisbonne accorde aux Français seraient issus de l'Assemblée nationale. Faute d'avoir prévu l'hypothèse avant les élections européennes de 2009, les autorités françaises s'apprêtent ainsi à transformer d'un coup de baguette magique des députés nationaux en députés européens de deuxième classe.

C'est une violation de l'esprit et de la lettre de l'article 14.3 du traité sur l'Union européenne qui dispose que "les membres du Parlement européen sont élus au suffrage universel direct". Ces organes n'ont pas compétence pour modifier, ni même pour interpréter les traités. Et la question touche au coeur de la démocratie. Comment prétendre en effet que des électeurs exprimant leur suffrage lors d'élections législatives nationales aient, ce jour-là, choisi des élus censés les représenter au niveau européen ? Confondre les deux, c'est tenir la volonté des électeurs pour une variable négligeable. Et quel mépris envers les députés européens, français ou étrangers, qui s'efforcent de faire leur travail sérieusement !



Privé de maroquin

Vu les pouvoirs que le Parlement européen détient désormais, par exemple pour la réforme de la politique agricole commune (PAC) ou l'adoption d'un pacte de stabilité et de croissance révisé, il serait temps de confier l'exercice de fonctions européennes à des personnes choisies pour leur engagement et leurs compétences, non par commodité.

Ces jours derniers le gouvernement français a mené bataille pour que Brice Hortefeux puisse siéger au Parlement européen. M. Hortefeux figurait en 2009 sur une liste UMP, mais il n'a pas pris ses fonctions au Parlement parce qu'il était alors ministre. Une fois privé de maroquin, il a changé d'avis, n'hésitant pas à provoquer récemment la démission de la suivante de liste pour "retrouver" un siège qu'il n'avait jamais occupé.

Deux interprétations des règles de droit s'opposent. L'une, conciliante, fait la part belle à la convenance personnelle ; l'autre tendrait à faire prévaloir une conception plus élevée des responsabilités publiques. C'est la seconde qui devrait être privilégiée. Les Français sont lassés de telles pratiques, mises au service d'intérêts particuliers ; voilà ce qui pousse certains d'entre eux vers des partis extrémistes qui jouent sur la généralisation "tous pourris". Et quelle image donnent-elles de la France à tant de députés européens élus dans des pays plus exigeants sur la morale publique ?

Faute de quoi, il ne faudra pas s'étonner de l'abstention ni de l'ironie des collègues européens quand la France se drape dans le droit pour défendre le siège de Strasbourg. La question est sérieuse. A Paris, certains feignent d'ignorer la grogne d'un nombre croissant de députés européens contre le siège alsacien. Ils allèguent le symbole.

C'est un peu court : si regrettable que soit la perte du sens historique, dans l'Europe à vingt-sept et soixante ans après la première Communauté européenne, l'argument a moins de portée. Des députés allemands eux-mêmes n'y voient plus un motif suffisant pour justifier des déplacements coûteux en temps et en efficacité. Le siège des autres institutions (Commission, Conseil notamment) et de la plupart des organismes représentant la société civile se trouve à Bruxelles. C'est là que se fait l'essentiel du travail législatif.

Le seul argument qui garde toute sa force est celui du respect, par nos partenaires, de la règle de droit. A condition que nous la respections scrupuleusement nous-mêmes, dans la lettre et l'esprit. L'Europe, la France et l'Alsace méritent des autorités françaises... "irréprochables".



Sylvie Goulard, députée européenne (Alliance des démocrates et des libéraux pour l'Europe)

Article paru dans l'édition du 31.03.11

 
 

Agenda

6 juin 2012, Natixis, participation à une conférence dédiée à la relation entre les banques centrales et les institutions européennes.

 

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Correspondants locaux

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MoDem

Du nouveau

Nouvel obs 16 mai, 2012, Nouvel Obs, "Hollande - Merkel : pourquoi la France n'est pas en position de force en Europe" Vingt-septième contribution de Sylvie Goulard. Mieux comprendre les différences de vision françaises et allemande permettre une meilleure coopération entre Hollande et Merkel pour définir le projet européen et mener les réformes nécessaires. Lire.

 

Le Monde15 mai 2012, Ouest France, "Tourner la page de Merkozy", interview de Sylvie Goulard. Lire.

 

BFM 9 mai 2012, BFM Business, Sylvie Goulard est l'invitée de Stéphane Soumier sur Good Morning Business. Voir.

 

Le Monde10 mai 2012, Le Monde, "Urgente démocratisation des institutions", tribune de Sylvie Goulard qui montre que l'Europe, enceinte d'une Union politique, hésite entre le "déni de grossesse" et la "délivrance". Elle remet les efforts de François Hollande dans une perspective européenne. Lire.

 

La Croix 7 mai 2012, Debating Europe, Have the French and Greek elections broken the consensus for austerity ?, jeu de questions (internautes)/réponses(Sylvie Goulard) sur la gouvernance économique de la zone euro. Lire en anglais.

 

La Croix 7 mai 2012, Le Pélerin, "M. le Président, restaurez l’esprit européen", message de Sylvie Goulard adressé au nouveau président de la République qui doit "restaurer un bon esprit" européen à Bruxelles. Lire.

 

4 mai 2012, L’Europe, le « post-it » sur le frigo ? Réflexions de Sylvie Goulard suite au débat présidentiel du 3 mai. Lire.

 

4 mai 2012, IPSI (Istituto per gli studi di politica internazionale), "Sarkozy, Hollande and the end of "Merkozy". Lire en anglais.

 

Libération 3 mai 2012, Libération, "La Force de la France, c'est son ouverture". Tribune de Sylvie Goulard en réponse à certains discours de campagne qui privilégient les intérêts de court terme sur la tradition européenne et universelle qui a fait la grandeur de notre pays. Lire.

 

La Croix

3 mai 2012, La Croix, "Le couple italo-allemand peut-il remplacer le couple franco-allemand en Europe ?" Interview de Sylvie Goulard qui observe une forte convergence d'Angela Merkel et de Mario Monti en matière de gouvernance économique européenne. Lire.

 

3 maggio 2012, La Francia (e l'Europa) che verrã

Francia diretta Domenica prossima gli elettori francesi si recheranno alle urne per decidere se continuare ad affidare la presidenza a Nicolas Sarkozy o incaricare il candidato socialista François Hollande. Suite.

 

Nouvel obs 30 avril, Nouvel Obs, "Nicolas Sarkozy ou l'escroquerie des frontières", Vingt-sixième contribution de Sylvie Goulard qui souligne le danger de la vision étroite et nationaliste de Nicolas Sarkozy dans une époque mondiale, laquelle nécessite des réponses européennes et mondiales aux problèmes transfrontaliers. Lire.

 

Nouvel obs 24 avril, Nouvel Obs, "Sarkozy ou Hollande peuvent-ils réconcilier les Français avec l'Europe ?" Vingt-cinquième contribution de Sylvie Goulard qui expose la tâche urgente du prochain Président de la République : assainir les finances publiques, restaurer la compétitivité nationale tout en permettant à l'Europe de renouer avec ses objectifs initiaux de prospérité, d'emploi et de bien être des populations. Lire.

 

16 avril, Das Parlament, Interview de Sylvie Goulard sur les élections présidentielles. Lire en allemand.

 

Financial times 19 avril, Financial Times, "France must set aside the spirit of Asterix." Article de Sylvie Goulard. Lire.

 

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