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Diplomatie ou démocratie, La Croix, 30 juin 2009

Un coup de force est engagé à Bruxelles. Dans l’opacité, sans débat public ni réflexion d’ensemble, le Conseil européen, composé des gouvernements des 27 États membres, cherche à maintenir à la tête de la Commission européenne, pour cinq années supplémentaires, José Manuel Barroso. La scène se joue sur un théâtre d’ombre : en apparence, les jeux sont faits puisque le Conseil européen le soutient. Mais le Parlement européen a son mot à dire. L’alternative est simple : poursuivons-nous dans la diplomatie ou passons-nous enfin à la démocratie ?

Pendant longtemps, la CEE puis l’UE ont essentiellement obéi à une logique diplomatique : pour désigner le président de la Commission, les gouvernements concluaient des accords, de manière discrète. Un jour, un nom sortait du chapeau. La cooptation n’appelait pas de candidatures multiples, ni de débats publics sur des programmes. Mais, au fil des traités, la démocratie a été confortée, le rôle du Parlement européen a été renforcé. Le traité de Lisbonne, signé par tous les gouvernements actuels, ratifié dans la quasi-totalité de l’Union, prévoit expressément l’élection du président de la Commission par le Parlement. Certes, ce texte n’est pas encore entré en vigueur mais, à défaut d’en appliquer la lettre, les gouvernants nationaux pourraient au moins en respecter l’esprit. C’est ce que demandait un rapport de l’ancien premier ministre belge, Jean-Luc Dehaene, adopté par le Parlement sortant.

Naturellement, le président de la Commission doit avoir la confiance de la majorité des gouvernements. L’intérêt général européen ne se conçoit et ne se défend qu’avec les États membres, non contre eux. Toutefois, la tentation des autorités nationales de court-circuiter le nouveau Parlement n’est pas défendable. Tout se passe comme si, après avoir voulu cette évolution, les responsables européens hésitaient à la mettre en œuvre. Le Parti socialiste européen n’a même pas présenté de candidat contre José Manuel Barroso. Or, à lui seul, le PPE n’a pas la majorité absolue. L’alliance des Verts, du groupe libéral et démocrate et des socialistes, suffirait à lui barrer la route. La question n’est pas partisane. Elle est de principe. C’est l’autorité du Parlement que le Conseil s’apprête à bafouer.

En persistant dans leurs intentions, les gouvernements nationaux ignorent le message envoyé par les électeurs. Certes, à l’issue du dernier scrutin, le Parti populaire européen (PPE) auquel appartient José Manuel Barroso dispose du plus grand nombre de députés. Il n’est pas illégitime que le président de la Commission soit issu de ses rangs, mais le vrai vainqueur des élections européennes est une sinistre indifférence. Les taux d’abstention ont atteint 60 % en France ou Allemagne, 80 % en Europe centrale et orientale. Les jeunes notamment ont boudé les urnes. Rien ne serait pire que de reconduire un président de la Commission en disant aux Européens : « Circulez, y’a rien à voir. » La démocratie européenne a besoin d’air, de débats publics, de discussion par-delà les frontières. En période de crise où des réformes approfondies doivent être engagées, le choix d’un candidat plus consensuel, plus charismatique, plus engagé, serait opportun.

Car, et c’est le plus grave, José Manuel Barroso n’a pas les qualités requises pour le « job ». Il n’aime pas la méthode de travail « communautaire » qui est la marque de fabrique de l’Europe. Jusqu’à présent, il n’a pas agi en président de la Commission. Sa réponse à un bouleversement sans précédent de la finance et de l’économie mondiales a consisté à gérer la juxtaposition de plans nationaux décidés par les capitales. Il n’a pas pris les initiatives que les traités prévoient et que la violence de la crise commandait. Comme si l’Union européenne, en tant que telle, n’existait pas !

Entre le Conseil européen des 18 et 19 juin et la première session du Parlement européen le 14 juillet, une étape majeure de la construction européenne peut être franchie, ou manquée. Tout dépendra de la hauteur de vues de nos gouvernants et du courage des nouveaux parlementaires. Rien ne presse ; la Commission est en fonction jusqu’à la fin de l’année. Elle peut continuer à travailler jusqu’à ce que le traité de Lisbonne soit ratifié, qui introduit de nouvelles règles. Manquer de respect envers le Parlement n’est pas admissible de la part des États, tout comme la volonté d’ignorer les États serait fatale aux parlementaires. Entre les deux, la Commission doit aider à garder la balance, en jouant pleinement son rôle communautaire. C’est l’avenir de l’Europe qui se joue sous nos yeux.

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