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Campagne MEF 2006, Ma profession de fois txt01
Sylvie Goulard
Le 28 novembre 2006
Chers amis, Cette campagne a été riche en échanges qui ont conforté mes intuitions. La nécessité que les Français se réapproprient l’Europe m’apparaît plus clairement que jamais ; la plupart d’entre vous, peu enclins à se résigner, ont une formidable envie d’agir. Nos partenaires européens attendent aussi un sursaut français.
Si vous désirez plus de détails sur mes idées et sur le soutien que m’apportent – après MM. Badinter, François-Poncet et Badré - de nombreuses personnalités françaises et européennes , je vous invite à consulter mon site www.sylvie-goulard.eu
S’il sait se rassembler, se rénover et oser le débat, le Mouvement européen France peut contribuer de manière décisive à ce sursaut.
Rassembler
Au sein du Mouvement européen, il y a des Européens au service de l’Europe. Qu’ils soient de droite, de gauche ou du centre, qu’ils vivent dans les régions ou à Paris, est secondaire. L’essentiel est qu’ils donnent concrètement priorité à l’Europe. Mon ambition est de perpétuer le caractère transpartisan du Mouvement mais en le traduisant en action. Des progrès peuvent et doivent être réalisés en ce sens : lors du referendum de 2005, contrairement au précédent de 1992, le Mouvement européen n’a pas organisé de manifestations majeures transcendant les appartenances partisanes. Les élus du Bureau n’ont pas signé de tribunes à plusieurs mains. Il est peu probable qu’en 2007, année électorale chargée, les comportements changent soudainement.
Le MEF gagnerait à se doter d’un Président proche des politiques mais libre de toute contrainte partisane ; un Président disponible qui rencontre lui-même les militants et s’exprime, en tant que tel, dans les médias ; un Président qui soit, à temps plein, votre Président(e) !
Le Bureau que je constituerai sera, lui aussi, fondé sur la diversité ; il comptera des politiques, des experts, des journalistes, des Présidents de section, des hommes et des femmes de tous âges, des personnes du secteur privé, des Européens de diverses nationalités. Nombre d’entre vous ont apprécié l’intervention dynamique de Mario Nava à Aix-en-Provence en 2005. Ce type de profil sera privilégié : pour réussir, il nous faut des experts compétents mais sachant parler avec leur coeur, tout comme il
faut des militants de terrain. Nous ne réussirons qu’ensemble : bureau, sections, associations membres, permanents. Dans le souci de rassembler, je m’engage à travailler avec tous les adhérents, qu’ils m’aient soutenue ou non dans cette campagne.
Je voudrais aussi créer au MEF un « conseil d’orientation», réseau de personnalités politiques et d’intellectuels qui, en raison de leur charge de travail, ne peuvent s’impliquer dans le Bureau, mais qui pourraient être sollicités ponctuellement.
Rénover le Mouvement
Après ce premier débat démocratique, le MEF doit être doté d’une Présidence stable et se remettre au travail. Contraindre le MEF à procéder à une élection annuelle, alors même que les statuts prévoient un mandat de deux ans, ne se justifie nullement. Le MEF n’a rien à gagner à ce qu’un climat d’incertitudes « électorales » se perpétue.
Le 9 décembre, vous avez la possibilité de désigner un Président pour une période de deux ans, prêt à s’entourer d’une équipe travaillant dans la durée.
Sur le terrain, les sections doivent être de nouveau motivées. J’en ferai personnellement le tour. Comme nombre d’entre vous le souhaitent, le Mouvement doit redevenir plus militant. L’accroissement du nombre des adhérents devrait être notre première priorité. Mon ambition, avec votre concours, est de transformer le MEF en une force incontournable dans le débat public français ; ce sera le meilleur moyen de consolider durablement notre financement public et privé.
Cette rénovation sera menée en douceur, sans bouleverser la tradition d’un Mouvement légitimement fier de ce qu’il a accompli.
Notre Mouvement a aussi besoin de s’ouvrir plus encore aux milieux européens, notamment aux syndicats que Jean Monnet avait eu à cœur d’associer à son Comité d’action, au monde des entreprises et aux grandes associations. Par exemple, la Fondation Schuman ou Confrontations Europe (Philippe Herzog) ont une politique et des moyens d’édition infiniment supérieurs aux nôtres mais ils n’ont pas de militants sur le terrain. Nous sommes complémentaires.
Un grand nombre d’entre vous souhaitent aussi une plus grande ouverture sur l’UE, le ME International et le monde. Ils seront entendus car c’est le cœur même de mon engagement européen. Les discussions franco-françaises nous privent de la dimension la plus intéressante, la plus chaleureuse de la construction communautaire : l’échange.
Oser débattre… pour mieux agir
Après le non du 29 mai 2005, qui a révélé un intérêt réel pour l’Europe mais aussi une immense ignorance, le MEF doit oser aborder des sujets tabous. Si nous ne le faisons pas, qui le fera ?
Nous devons toutefois être conscients qu’il ne sera pas aisé de renouer les fils entre, d’un côté, des citoyens plus exigeants mais souvent désinformés et, de l’autre, des pouvoirs publics qui, au moment décisif, n’ont pas su convaincre.
Le MEF doit donc se doter d’instances dirigeantes proches des cercles décisionnels mais distinctes de celles-ci. Il doit préserver son indépendance. La confusion des rôles aboutirait, sans justification, à brider la liberté d’expression du Mouvement et à conforter, chez les Français, les pires préjugés sur les « élites» qui cherchent à « verrouiller » la société civile.
Sur la question des frontières ou de l’avenir du traité constitutionnel, il n’y a pas de solution simple. Il faut poursuivre notre réflexion, en y intégrant l’apport des sections. D’autres chantiers doivent être également ouverts afin de sortir d’une approche trop juridique. La question des politiques à mener, notamment en matière économique, sociale, d’énergie ou de développement durable, est au cœur de vos préoccupations . Un programme de travail devra être élaboré avec les sections : chacune de nos rencontres (Journées nationales d’études par exemple) devra prévoir un temps d’échange.
Pour conclure, je voudrais dire un mot de ma position sur la Turquie. J’ai pris, par attachement à l’Europe fédérale et à la démocratie, des positions qui sont désormais connues . Je respecte cependant les arguments de ceux qui aboutissent à une autre conclusion. Ainsi, j’ai récemment animé pour la Fondation Schuman, un groupe de travail sur le partenariat privilégié où j’avais réuni des personnalités aux opinions diverses ; c’est dans cet esprit de respect mutuel que je travaillerai au sein du Mouvement où ce débat doit aussi avoir lieu.
*
Le 9 décembre, vous allez faire un choix important pour le Mouvement européen. Si vous souhaitez un véritable changement, donnez moi les moyens d’aller au bout d’une démarche que vous avez été nombreux à saluer. Ensemble, nous pouvons contribuer au renouveau de l’engagement européen de la France. Elargie à l’ancien bloc communiste, l’Europe de Monnet n’est pas morte ; elle vit une crise de croissance, elle a besoin d’être revitalisée.
Si vous me faites confiance, je formerai une équipe soudée, efficace, dévouée ; je mettrai ma passion pour l’Europe, ma disponibilité, mon indépendance au service de notre Mouvement.
Bien à vous, Sylvie Goulard
1 Voir notamment les réponses détaillées que j’ai faites aux Jeunes Européens et la lettre que m’a adressée Jean-Louis Bourlanges sur l’avenir du MEF
2 Pour le détail, je vous renvoie aux réponses détaillées au questionnaire des jeunes, sur mon site 3 Le Grand Turc et la république de Venise, avec un avant-propos de Robert Badinter, Fayard 2005 4 Une note bleue, n° 38 paraîtra le 6 décembre 2006 ; ses auteurs sont Rudolf Scharping, ancien ministre de la défense allemand (SPD), Karl Theodor Freiherr zu Guttenberg, député au Bundestag (CSU), Lucas Delattre (Conseil de l’Europe, Paris), Carlo Altomonte professeur à l’université Bocconi (Milan), Pierre Defraigne (ancien directeur de cabinet de Pascal Lamy, directeur d’Eur-IFRI) et moi-même.
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