|
Le débat au sein du MEF
Questionnaire des Jeunes Européens France
Réponses de Sylvie GOULARD 21 novembre 2006
Tout d’abord, je voudrais préciser que le rôle du Président du MEF consiste, à mes yeux, à animer une équipe.
Ces réponses sont les miennes mais, si les électeurs me font confiance, une discussion collective au sein du nouveau Bureau national devra rapidement avoir lieu pour confirmer ces orientations, ou les infléchir ; sur certains points, j’ai aussi besoin de poursuivre ma découverte du MEF, notamment l’action de ses sections et des associations membres.
Si certaines réponses appellent des précisions supplémentaires, je reste naturellement à votre disposition. Nous sommes loin d’avoir épuisé le sujet.
1. Mieux vous connaître — Pour quelles raisons avez-vous décidé de vous engager au sein du Mouvement Européen France ?
— Etant moi-même originaire de Marseille, ce qui m’a plu, c’est que ce Mouvement rassemble des militants, présents sur le terrain, dans les régions ; ce n’est pas une organisation parisienne et c’est bien ainsi.
En outre, jadis, il jouissait d’une grande réputation ; il produisait des travaux de qualité.
Enfin, c’est la branche française d’une association européenne. Même si, en ce moment, malheureusement, trop peu de contacts sont noués avec nos partenaires, ce point m’avait beaucoup attirée.
2. Les réflexions du Mouvement Européen France — Quelles sont les raisons de l’échec du référendum ?
— Les raisons de politique intérieure sont connues. Il ne me paraît pas utile d’y revenir ici, sauf pour relever que beaucoup d’électeurs ont fait passer des considérations internes avant l’Europe (d’après un sondage TNS SOFRES sortie des urnes, 40 % ont exprimé un mécontentement). Ce phénomène est, en soi, préoccupant ; il devra être pris en compte dans nos analyses à l’avenir.
Ceci posé, je vois trois raisons principales à la victoire du non, de natures diverses :
1) Le manque d’engagement européen des élites françaises
Sur ce point, capital à mes yeux, permettez-moi de faire un développement un peu long .
Nombreux sont ceux qui prétendent que « les élites » ont fait l’Europe dans le dos du peuple et que celui-ci s’est en quelque sorte « vengé » en votant « non ». Je ne partage pas cette analyse.
Si la France avait pléthore d’élites pro européennes, s’intéressant vraiment à l’UE, consacrant beaucoup de temps et d’énergie à expliquer l’Europe, ce serait une bonne nouvelle. Nous n’en serions pas là.
Une minorité d’élus, de journalistes, d’intellectuels possède cette ouverture mais nombre de décideurs conservent une mentalité hexagonale. Pour ceux-ci, l’UE reste largement un continent inexploré. Et c’est parfois dans la population que se trouvent des trésors d’engagement européen ou des expériences plus concrètes de coopération transfrontalière. Sans compter que, pour certains diplomates ou responsables nationaux, des intérêts catégoriels se mêlent à l’affaire. Partager la souveraineté, cela veut dire renoncer à une partie de ses propres pouvoirs. Comme avait dit l’un des membres de la Convention « on ne demande pas à la dinde de préparer Noël ».
Ce n’est pas nouveau : en attestent par exemple les récits de Maurice Faure sur le traité de Rome, approuvé à l’époque par une infime minorité des hommes politiques et des hauts fonctionnaires français. Les Mémoires de Jacques Delors montrent aussi comment des Français, en inventant les « piliers » de Maastricht, ont cherché endiguer une « communautarisation » perçue comme un danger.
Alors que nombre de responsables français redoutaient que l’Allemagne ne se détourne de ses engagements européens, ce sont les autorités françaises – de droite puis de gauche – qui ont laissé sans réponse les offres stratégique de Wolfgang Schäuble et Karl Lamers en 1994, de Joschka Fischer en 2000. Ce fut une erreur grave.
Dans les deux cas, nos partenaires allemands voulaient que l’approfondissement précède ou au moins accompagne l’élargissement ; dans les deux cas, nous avons « botté en touche ».
Certes, le problème dépasse largement la France. Dans de nombreux Etats membres – aussi bien anciens que nouveaux - les gouvernants ont régressé, si on compare leur discours à celui des Pères fondateurs. Ils n’ont toujours pas pris la mesure de ce qu’on peut appeler la « révolution communautaire ». Ils ne sont pas entrés dans cette démarche de « transformation de soi » qui fait passer l’intérêt commun avant l’intérêt national étroitement défini.
Or c’est l’intérêt commun qui justifie l’existence d’institutions supranationales et l’existence de politiques communes. J’y reviendrai plus bas.
Même après la chute du mur de Berlin qui a pourtant bouleversé l’ordre ancien, les Français n’ont pas réfléchi à leurs ambiguïtés européennes qui consistent à vouloir une Europe forte avec des institutions faibles.
L’élargissement – incontestable dans son principe, du moins pour les pays d’Europe centrale et orientale - appelait des réformes de grande ampleur qui n’ont pas été faites.
L’échec de 2005 mérite d’être replacé dans cette perspective historique.
Nombreux étaient ceux, dans le camp du oui, qui n’étaient tout simplement pas crédibles ; leurs hésitations passées ou présentes, leurs insuffisances et leur manque de conviction ont singulièrement affaibli leur plaidoyer : la prestation de Jacques Chirac face aux jeunes où le Président a dit, en gros, « n’ayez pas peur, le ministre européen des affaires étrangères ne sert à rien » en offre la triste illustration (même si, pour l’adoption de l’Euro Jacques Chirac a joué un rôle décisif qui mérite d’être souligné). A gauche, ce n’était pas forcément mieux, la défection de plusieurs hauts responsables socialistes ayant contribué à troubler les esprits.
L’Europe de Monnet n’est pas morte. Le MEF doit travailler à faire comprendre la valeur ajoutée de la méthode communautaire, en défendre les vertus et à imaginer les aménagements nécessaires à 27 et + .
2) L’évolution de l’UE elle-même
L’ Europe telle qu’elle se fait, inquiète au lieu de rassurer : La population, surtout les classes moyennes, sont soucieuses car leur avenir est incertain ; la conjoncture économique n’est plus celui des années 60 : le chômage, la concurrence exacerbée à l’échelle du monde créent des angoisses accrues par le vieillissement de la population.
D’après des sondages réalisés juste après le vote , les votants du non ont été motivés à 46 % par la peur que le traité accroisse le chômage, motivation bien plus forte que des considérations européennes (peur pour l’identité 19 %, Turquie 18% par exemple) – source TNS SOFRES.
L’équilibre des origines de la Communauté entre d’un côté, la concurrence et le marché, indispensables à la croissance et, de l’autre, la solidarité, a été bouleversé ces dernières années.
Dans les écrits des fondateurs que j’ai relus pour la rédaction de mon livre, cette recherche d’équilibre entre compétitivité et solidarité, m’a frappée. Quand Delors concevait le marché unique, il lançait aussi le dialogue social et s’attachait à développer les fonds structurels et de cohésion.
Sans compter que la manière dont l’Europe se fait donne le sentiment que plus personne ne peut décider.
Dans l’Europe de nos volontés, publié en 2001, Pascal Lamy et Jean Pisani-Ferry écrivaient déjà : « ce qui inquiète l’opinion, ce n’est pas tant que l’Europe supplante l’État national dans tel ou tel domaine, mais que celui-ci se dessaisisse sans que celle-là s’investisse : que l’on s’installe dans un entre-deux impuissant où nul ne serait responsable, ni comptable des succès et des échecs. L’euroscepticisme se nourrit avant tout du sentiment que la construction européenne est laissée au hasard (…) »
Le MEF doit s’attacher à réfléchir à un nouvel équilibre liberté / régulation en sachant qu’il sera forcément l’objet de controverses au niveau européen, en raison de vives oppositions idéologiques (sur la fiscalité par ex). Si les divergences sur les choix de société devenaient insurmontables, peut-être faudrait-il prendre le risque d’une avant-garde, sans croire toutefois que la France en prendra naturellement la tête, ni que le « modèle français » fasse rêver.
3) Une mauvaise communication:
Les partisans du oui ont perdu largement la bataille d’ Internet.
La campagne publique que Michel Barnier, alors ministre des affaires étrangères, avait prévue, n’a jamais démarré ; en face, Attac, Etienne Chouard et d’autres encore, ont occupé la toile avec beaucoup de talent (et une bonne dose de mauvaise foi).
Le MEF a produit des fiches très utiles pour expliquer le traité ; elles ont été abondamment utilisées. C’est un effort qui mérite d’être salué et qui montre combien le travail de fond est payant.
En revanche, en dépit de son caractère transpartisan, les élus du MEF ont fait campagne séparément. Contrairement au temps de Maastricht, les pro Européens n’ont pas osé afficher leur convergence de vues. L’engagement européen est passé derrière la discipline partisane. Faute d’unité, l’Europe a perdu un peu de son côté « cause sacrée » et c’est dommage.
— Quelles propositions le Mouvement européen devrait-il formuler afin de relancer le processus constitutionnel selon-vous ?
Le MEF n’est pas outillé pour trouver « la » solution miracle mais il peut jouer un rôle important sur 5 plans :
1- en expliquant aux Français que le statu quo serait un désastre car les institutions de Nice ne permettent pas de travailler correctement à 27 ; en relayant des idées intéressantes (comme celles de Jo Leinen sur le coût de la « non Europe » par exemple) ; nombre de gens ayant voté non voient bien qu’il n’y a pas de plan B ; l’invitation d’étrangers, originaires de pays ayant ratifié le traité, devrait être privilégiée, pour éclairer les Français (18 pays ont ratifié, 2 ont dit non).
Le MEF devrait redonner confiance aux 45 % de Français qui ont voté oui (trop oubliés ces temps-ci) et aller reconquérir les nombreux déçus du non.
2- en expliquant hors de France qu’il serait tout aussi peu avisé d’ignorer le « non » des Français et des Néerlandais ;
Le MEF devrait à cet égard être beaucoup plus présent dans des rencontres internationales.
3- en défendant objectivement le contenu du texte sans le sacraliser (pour ne pas hérisser les votants du non), ni céder sur les progrès objectifs qu’il contient (la charte, la simplification, la fin de la présidence tournante, la possibilité d’aller plus loin à quelques uns, le Président du Conseil, le ministre des affaires européennes etc…) Ce texte représentait un réel progrès ; le fait qu’une majorité hétéroclite l’ait rejeté, pour des raisons souvent étrangères au texte, ne réduit pas ses mérites. Il faut le répéter posément, inlassablement.
Le MEF devrait renforcer son action en dehors des milieux pro européens traditionnels.
4- aiguillonner les responsables en réclamant, sur certains points, d’aller encore plus loin que le traité constitutionnel ; le traité n’était pas parfait. Il avait des insuffisances (notamment la procédure de révision, la réforme de la Commission, la répartition des compétences, le rôle budgétaire du Parlement) ; certaines politiques dont il a peu été question à la Convention justifient également un débat (l’énergie par exemple).
Le MEF doit rester le fer de lance de l’intégration ; il doit anticiper sur le débat européen, développer des idées nouvelles, y compris celles qui, dans un premier temps, peuvent passer pour « idéalistes », faute de maturation des esprits.
5- en refusant l’argument « si on discute, on va détricoter » ; cela dépend où et comment on discute, avec quels objectifs stratégiques ; de toutes façons, il faudra bien discuter à 27, sinon cela signifie que nous ne voulons pas vivre ensemble ; et il faudra se battre pour que la discussion à 27 ne soit en aucun cas un retour à une conférence intergouvernementale mais, au moins, l’organisation d’une nouvelle Convention (avec sans doute de nouvelles règles) ; sur le fond, l’important est d’aborder cette discussion avec la volonté que le traité soit la base des discussions. Si une immense majorité des délégués, notamment des pays ayant ratifié, prennent le traité comme base de départ, le traité ne pourra pas être « détricoté ».
— Quels sont les sujets sur lesquels le ME devrait avoir une ligne politique claire et utile ?
A priori le MEF a vocation à traiter de tout et, sur tous les points, à avoir une ligne politique « claire et utile » mais naturellement, des priorités s’imposent.
J’en citerai quatre à ce stade.
1. Les frontières :
Pour ma part, j’ai pris, par attachement à l’Europe fédérale et à la démocratie, des positions qui sont connues. Je respecte les arguments de ceux qui aboutissent à une autre conclusion et je suis tout à fait prête à en débattre. Mais je ne renierai pas l’ambition politique qui est la mienne pour l’Europe.
Nombre de ceux qui sont partisans de poursuivre les élargissements ont abandonné l’idée d’une Europe politique ; d’autres (en GB par ex) n’y ont parfois jamais cru. Quant à ceux qui disent qu’ils y tiennent encore, souvent ils n’expliquent pas quelles réformes ils entendent mener pour en faire un succès, sans réduire les ambitions politiques.
Ainsi, il y a de bonnes raisons (stratégiques, géopolitiques notamment) de vouloir faire entrer la Turquie ou l’Ukraine dans l’UE mais avec quelles institutions ? Avec quel Budget reflétant quelles politiques ? Selon quelles procédures démocratiques pour s’assurer un soutien minimal des peuples européens ?
Des années durant, le flou a été entretenu au motif que « d’ici 15 ou 20 ans, tout aura changé » ; c’est probablement exact mais c’est un peu court.
En matière de prospective, la technique éprouvée des « scénarios » permet de se faire une idée des évolutions possibles. Dans son rapport du 8 novembre 2006 (COM 2006 – 649), la Commission admet, pour la première fois, qu’il faudra réformer bien des choses avant ces élargissements, mais elle se garde de donner des indications sur la nature et l’ampleur des changements à opérer. C’est déjà une immense évolution que d’avoir ramené le critère de la « capacité d’assimilation » (qui est pourtant du bon sens), au cœur de la discussion. Toutefois, plus de précisions sont nécessaires. Ce flou gêne les populations et crée actuellement un climat d’incertitude, préjudiciable à l’Europe.
Sur la question des frontières, le MEF doit prendre position. Un groupe de travail pourrait être constitué ou plutôt reconstitué, le précédent ayant essentiellement dressé un état des lieux ; il devrait être confié à une personnalité indépendante des pouvoirs publics et inclure des présidents de section ; il aurait pour mission de produire un texte à options, simple, compréhensible par l’opinion publique. N’éliminons aucune hypothèse a priori mais tentons de décrire les conséquences de chaque scénario et de les passer au crible de notre ambition fédérale. Et ensuite débattons-en dans les sections et voyons à quoi nous arrivons.
Jean-Louis Bourlanges, ancien président du MEF, appelle le MEF à sortir du non dit sur les frontières (voir en PJ la lettre qu’il m’a adressée).
Naturellement, cet exercice doit être conduit en faisant preuve d’un grand sens des responsabilités. Nul ne pourrait se réjouir d’une dégradation de notre relation avec des pays aussi importants qui sont nos voisins. Il faut aborder ces questions en ayant conscience des attentes créées par l’UE comme des enjeux, considérables.
Pour ceux que cela intéresse, je signale la sortie prochaine d’une étude rédigée par un groupe de travail européen, transpartisan, que j’ai constitué et animé . Elle sera publiée sous forme de Note bleue de la Fondation Robert Schuman le 6/12/06 (« Le partenariat privilégié, alternative à l’adhésion ?). Nous proposons différentes options pour sortir du dilemme actuel et invitons au débat, en tenant compte notamment du risque que fait courir au processus le recours obligatoire au referendum en fin de parcours.
Le MEF devrait partir de son projet politique pour l’Europe, qui est fédéral (article 1 de nos statuts) et tenter, à partir de là, de réfléchir objectivement aux différentes options qui s’offrent à nous.
2. La méthode pour « faire l’Europe » :
Le MEF ne devrait jamais laisser contester les vertus de la méthode communautaire qui est la pierre angulaire de l’Europe.
Ce qu’on appelle, dans le jargon, la méthode Monnet, c’est le fruit d’une expérience et non d’un parti pris ; dans les commissions de ravitaillement des troupes française et britannique pendant la guerre de 14/18, à la Société des Nations, au Commissariat au plan, Jean Monnet a compris que les discussions intergouvernementales (sous toutes leurs formes, qu’elles soient bi- ou multilatérales) ne garantissaient pas l’action.
La conclusion de Monnet, nourri de toutes ces expériences, est qu’« il y a une méthode pour construire l’Europe, il n’y en a pas deux » ; celle-ci consiste à « créer progressivement entre les hommes d’Europe le plus vaste intérêt commun géré par des institutions communes démocratiques auxquelles est déléguée la souveraineté nécessaire ».
Voilà ce qu’est, au sens large, la méthode Monnet : une progression par étapes certes, comme on le dit parfois mais, plus encore, un changement de mentalité qui s’appuie sur des innovations institutionnelles permettant de privilégier l’intérêt commun.
Chacun de ces trois éléments est important :
- l’intérêt commun : c’ est le concept clé de l’Europe communautaire ; les hommes et les femmes d’Europe partagent un intérêt commun, supérieur à celui de leurs Etats pris isolément ; conséquence : l’acceptation du vote majoritaire, d’institutions supranationales etc
- les institutions ; elles sont gage de durée et de démocratie. C’est pourquoi nous ne devons pas nous résigner à vivre dans le cadre institutionnel du traité de Nice ; le traité constitutionnel constitue un progrès à préserver, sous une forme ou sous une autre ; ce n’est pas une manie, c’est une pré-condition. Sans institutions efficaces, mêmes les projets concrets les plus modestes ont du mal à aboutir.
- un changement de mentalité (refus du nationalisme, coopération grands / petits etc); sans ces ingrédients « invisibles », les institutions ne peuvent fonctionner, ni l’intérêt commun émerger.
Ces dernières années, cette méthode a été écartée dans certains domaines (politique étrangère, sécurité et justice, coordination des politiques économiques) ; parfois, devant les carences avérées de la méthode intergouvernementale, on y est revenu (communautarisation d’une partie des questions de justice et d’affaires intérieures).
Naturellement à 27, rien n’est simple, surtout pas le recours au vote majoritaire, ni la configuration des institutions ; il ne suffirait pas de « tout communautariser » pour régler tous les problèmes comme le croient certains..
Toutefois, une simple comparaison des résultats obtenus dans les domaines où elle est correctement appliquée (concurrence, politique commerciale, Euro), permet de se rendre compte de son efficacité.
Nos aînés nous ont légué une extraordinaire innovation. Aussi longtemps que leur méthode de coopération a été correctement appliquée, l’Europe a existé, notamment aux yeux des tiers et d’un point de vue démocratique (l’ordre juridique intégré est une garantie pour le citoyen par rapport aux bricolages des gouvernements qui échappent au contrôle des élus et du juge).
Depuis que nous nous en sommes éloignés, l’intégration marque le pas.
Les difficultés actuelles sont passagères et réversibles : il suffira de se remettre enfin à faire l’Europe sérieusement pour que l’élan revienne. Sur la méthode Monnet, le MEF doit entretenir la flamme, quelles que soient les difficultés ; le temps des épreuves ne doit pas être celui du découragement ou de la résignation. Comme pour les frontières, un groupe de travail pourrait analyser ces questions dans un dialogue avec les sections.
3. Le rôle de la France et de l’Allemagne dans l’UE élargie
Un groupe de travail franco-allemand devrait être lancé pour faire un bilan de l’état de l’union 50 ans après Rome non pas pour exclure les autres mais pour réfléchir déjà ensemble au moyen de rebondir ; de nombreuses fondations allemandes (Körber Stiftung, BBI Genshagen par exemple) pourraient être sollicitées car un intérêt existe pour des discussions sans langue de bois.
Dans le même esprit, j’ai suggéré maintes fois – en vain – depuis le 29 mai 2005, que nous nous rapprochions de partenaires néerlandais pour faire ensemble une analyse du non.
4. Sur les politiques, il me semble que trois sujets pourraient constituer nos axes prioritaires - l’Europe dans la globalisation en descendant à un niveau concret, local : quelle politique de recherche ? quel co-développement (y compris par des micro projets) ? Quel moyen d’éviter les délocalisations ? - le développement durable (y compris l’énergie) ; l’UE est en pointe sur la lutte contre l’effet de Serre (protocole de Kyoto) ; quelles conséquences dans nos vies quotidiennes ? - la justice et les affaires intérieures, si importantes pour la sécurité et la préservation des libertés publiques.
S’y ajoutent les questions liées au budget européen : le Parlement européen n’est pas pleinement un Parlement puisqu’il ne décide pas des recettes et des dépenses. Cette situation crée une carence démocratique importante. Le montant des sommes allouées à l’UE pose également problème (1% du PIB environ, c’est bien peu pour nos ambitions).
Naturellement, ce ne sont là que des suggestions ; il appartiendra au nouveau Bureau National de les entériner, de les compléter ou les modifier.
— Au cours du 2nd semestre 2008, la France assurera la Présidence française de l’UE. Quelles devraient être les priorités de cette présidence ? Quelles actions le Mouvement européen devra-t-il mettre en place dans ce contexte ?
Il y a une part de mythe dans l’idée que chaque pays arrive avec « ses » priorités ; une certaine continuité dans les actions est nécessaire et désormais organisée, même si un pays peut naturellement donner une inflexion.
Il est donc un peu tôt pour le dire ; l’idée des Allemands est de procéder honnêtement à un tour d’horizon à 27 sur le traité constitutionnel, et de dresser un bilan au Conseil de juin 2007.
Ne cédons pas à l’illusion que la France va débloquer en 2008 un dossier qui se serait enkysté des années durant, (notamment si, pendant une partie de l’année 2007, les élections stérilisent le débat) ; en tout cas, l’erreur de Nice devrait être évitée : pas de traité pour avoir un traité. Et une préparation vraiment européenne, en liaison étroite avec Berlin, s’impose.
L’année 2009 qui sera celle du renouvellement du PE et de la Commission, devra aussi appeler une vigilance particulière du MEF (sollicitation des futurs députés européens, action de veille lors de la désignation du nouveau Président de la Commission et de son équipe).
3. Quelles actions pour le ME France ? — Comment le ME peut-il participer à la campagne Présidentielle et Législative de 2007, en s’assurant de la place de la thématique européenne dans ces débats ?
Le MEF devrait avoir à cœur d’être la conscience morale (ou le « poil à gratter » européen) ; à partir des programmes, des entretiens, des déclarations, il doit interpeller les candidats - tous les candidats, montrer leurs carences, leurs vertus. C’est pourquoi il gagne à se doter d’un Président qui n’est pas lui-même impliqué, en première ligne pour un camp ou un autre.
Une action est envisageable à plusieurs niveaux :
- l’action publique via des communiqués, des questionnaires et autres documents - une action auprès des conseillers et entourages, ainsi qu’une sensibilisation des journalistes qui posent les questions aux hommes politiques.
La presse gratuite ne devrait pas être négligée.
Le MEF pourrait aussi songer à organiser des débats sur l’Europe avec les candidats qui l’acceptent et des personnalités européennes éminentes, indépendantes, compétentes dans leur secteur (Mario Monti pour l’économie par exemple ou Karl Lamers sur la politique étrangère pourraient être sollicités avec des journalistes, pour donner la réplique). Une grande école ou un media pourrait offrir son support.
— Comment donner aux citoyens l’envie d’Europe (moyens et actions à mener) ?
- En l’ayant soi-même ; c’est contagieux. - En libérant les initiatives pour que chaque militant du MEF retrouve le plaisir de travailler pour cette cause et donne le meilleur de lui-même ; la frustration exprimée par les sections (encore au bureau du 6/11) est le signe que nous n’employons pas toutes nos ressources. - en invitant, aussi souvent que possible, d’autres Européens à nos travaux car le meilleur de l’Europe réside dans l’échange avec des gens de cultures différentes. Le bureau national devrait faire une petite place à d’autres Européens qui nous aideraient à élargir notre champ de réflexion.
— Quelle est votre stratégie de communication au cours de cette période ?
A titre personnel, comme je l’ai déjà indiqué, j’ai en chantier : - une note bleue à la Fondation Schuman ; - et deux livres, Le coq et la perle, au Seuil, et l’Europe pour les Nuls, chez First, qui sortiront entre décembre 2006 et mars 2007, avec tout le travail de presse qui accompagnera ces lancements.
Sans compter le chapitre sur « L’Europe après le non » d’un ouvrage collectif, « L’état de l’opinion- 2007 », sous la direction d’Olivier Duhamel et Brice Teinturier, à paraître au Seuil.
C’est déjà beaucoup.
Si je suis élue, je saisirai l’occasion de m’exprimer aussi souvent que possible en tant que Présidente du Mouvement européen. Le militantisme est une tâche de tous les instants. Je n’hésiterai pas à l’indiquer sur la 4ème de couverture de mes ouvrages, par exemple.
Au-delà, il faudra naturellement élaborer une stratégie de communication pour le MEF avec la nouvelle équipe, en préparant notamment la célébration des 50 ans du traité de Rome.
La télévision, trop longtemps laissée en friche par le MEF, devrait être une cible particulière. Le rapport du député Herbillon, remis au Premier ministre en juin 2005, fourmille d’idées.
— Quelles actions souhaitez-vous mener pour mieux faire connaître les réflexions et les actions des sections locales ?
Dans ma profession de foi, je me suis engagée à faire personnellement le tour de toutes les sections si je suis élue ; c’est une tâche qui, à mes yeux, ne peut en aucun cas être déléguée, sauf à avoir une vision purement parisienne de ce Mouvement ; il faut connaître personnellement ceux et celles avec lesquelles ont travaille.
J’associerai bien volontiers les membres du Bureau qui le souhaiteraient à ces déplacements.
Par téléphone, je suis en train de contacter une à une toutes les sections ; nombre de Présidents semblent l’avoir apprécié et m’on donné des idées intéressantes.
Quand nous aurons un état des lieux, nous pourrons dresser un bilan. Il faut à la fois améliorer les relations entre Paris et les sections et les relations entre sections (par exemple dans les circonscriptions pour les élections au Parlement européen mais aussi entre toutes les régions de France).
A tous les niveaux, le MEF devrait encourager les échanges de bonnes pratiques mais aussi les élagages, les réorientations lorsque c’est nécessaire car on ne travaille pas sans priorités, ni choix stratégiques.
Ensuite, il sera temps de travailler avec la presse quotidienne régionale, nationale et internationale et de revitaliser le site web du Mouvement.
Enfin, il faudra impérativement travailler avec des relais (ce que les Allemands appellent des « Multiplikatoren ») susceptibles de « répercuter » le message européen sur plusieurs personnes (former un professeur assure de toucher ses élèves par exemple).
— Que proposez-vous pour soutenir les sections locales ?
Outre ces déplacements réguliers, aucune suggestion / aucun courrier ne doit rester sans réponse, ce qui semble être parfois le cas aujourd’hui, à en juger par les plaintes exprimées lors du dernier bureau national.
Le site Internet doit être revitalisé et enrichi ; il faut y introduire des informations plus abondantes sur l’Europe, si possible mieux « expliquées » pour les rendre plus accessibles et y relayer la production d’autres associations (Fondation Schuman, Notre Europe par exemple, à Paris, mais aussi d’autres sites étrangers).
C’est sur la toile et dans les régions que se gagnera « le match retour » du 29 mai.
Sur le plan financier, nous verrons ce qui est possible lorsque nous aurons accès aux comptes. D’ores et déjà une précision : le ministère des affaires européennes m’a assuré que l’Etat verserait les subventions en toute impartialité, en respectant le choix fait par les électeurs du MEF.
— Comment envisagez vous de développer les relations entre le national et les sections locales ?
J’ai déjà en partie répondu (voir supra).
Il faut travailler en réseau, mettre en commun l’expertise ; échanger sur les expériences qui marchent, valoriser les atouts de chaque région.
4. Votre engagement au sein du ME France en 2007- 2008 — De quelles disponibilités pensez vous pouvoir disposer pour l’association ?
En congé de l’administration depuis octobre 2004, ma disponibilité est entière.
Et l’activité actuelle que je mène en « free lance » (écriture d’ouvrages et d’articles, participation à des émissions, des séminaires, contacts avec des think tank, enseignement ) est parfaitement compatible avec ces fonctions ; des synergies sont même à attendre puisque je travaille déjà sur l’Europe.
— Vous vous présentez comme une candidate de la société civile. Comment pensez vous garantir le pluralisme politique du Mouvement européen et assurer la représentation des différentes tendances, allant au-delà des deux partis majoritaires ?
La « société civile » est à la fois une réalité à laquelle je tiens et un de ces mots fourre-tout qui peuvent prêter à confusion.
Dans mon parcours, je n’ai pas eu que des engagements associatifs ; j’ai occupé des fonctions à caractère quasi-politique, notamment au ministère des affaires étrangères, puis à la Commission, auprès de Romano Prodi, son Président.
En suivant la Convention pour le Président Prodi, j’ai travaillé étroitement avec nombre d’élus français et étrangers, sans considération partisane, comme en attestent les passages des livres d’Alain Lamassoure (Histoire secrète de la Convention, Albin Michel) et d’Olivier Duhamel (Pour l’Europe au Seuil) sur la Convention, qui font allusion à mon action.
Lors de mes entretiens avec le CAFECS, Jean-Baptiste de Foucault a fait une distinction utile entre « être dans la politique » et être « du politique » : « le Mouvement européen est une instance politique, sa présidence doit être occupée par une personne ayant un savoir-faire en ce domaine ; mais ce sont des personnalités atypiques qui, étant dans la politique sans être du politique, ont, le plus souvent, été capables d'innover et de faire avancer les choses en Europe ».
C’est exactement ce que je crois, notamment après avoir étudié en détail les Mémoires de Monnet.
En outre, ce sont les mélanges de personnes d’horizons divers qui font les excellentes équipes : depuis des années, j’entretiens des contacts réguliers avec des hommes politiques sans pour autant perdre le contact avec le monde académique. J’ai même essayé de favoriser les échanges entre ces univers : ainsi en mai / juin 2000, je signai des articles , dans Libération puis Le Figaro, avec Jean-Louis Bianco (député PS) et Alfred Grosser (professeur émérite des universités) pour essayer d’amener le gouvernement à répondre à Joschka Fischer ; quand j’ai invité le ministre allemand à venir au CERI, Alain Juppé (UMP) et Jean-Louis Bianco (PS) lui ont donné la réplique.
Lorsque j’étais auprès de Romano Prodi, je suis revenue régulièrement voir des élus, tant à l’Assemblée nationale qu’au Sénat afin de garder un contact avec les représentants du peuple français ; pour l’anecdote, c’est ainsi que j’ai connu Anne-Marie Idrac qui m’a ensuite fait entrer au bureau du MEF. Je vais très souvent au Bundestag. Le comité pour l’UE de la chambre des Lords m’a auditionnée récemment sur les frontières de l’UE.
La lettre de soutien signée par Robert Badinter, Jean François-Poncet (ancien Président du MEF) ou Denis Badré attestent que ma démarche rencontre des soutiens politiques au plus haut niveau ; d’autres ralliements sont en cours ; mon site web en tiendra les adhérents du MEF avisés.
Jean-Louis Bourlanges ancien Président du Mouvement a rédigé une lettre où il appelle de ses vœux un Président ayant un peu de distance avec les combats partisans (les deux lettres sont jointes à cette réponse).
2° A mes yeux, il n’y a pas seulement deux partis qui se partagent le pouvoir ; au contraire, ce qui me gêne notamment dans le « ticket » proposé, c’est qu’il laisse une grande partie des sensibilités politiques pro européennes de côté, notamment le centre (UDF) dont de nombreux adhérents du MEF sont proches. Il serait bon que le Mouvement s’ouvre aussi aux Verts pour que le MEF reflète mieux la diversité des courants pro-européens du Parlement européen.
3° autour de moi, il y aura des hommes et des femmes de toutes tendances ; mais je tiens à bien expliquer notre démarche : pour nous, il y a d’abord l’Europe et c’est ce qui nous fait avancer ensemble ; nos engagements politiques personnels (le cas échéant) passent ensuite.
Si j’arrive à mettre en œuvre ce qui n’est encore qu’une idée, j’aimerais créer une sorte de « conseil d’orientation », un réseau informel de personnalités politiques de premier plan qui, en raison de leur charge de travail, ne peuvent s’impliquer à temps plein dans le Bureau, mais qui pourraient être sollicitées ponctuellement. De grands Européens, français et étrangers, pourraient ainsi devenir nos « amis » actifs.
La rubrique « mes amis européens » de mon site (qui va être peu à peu alimentée) en donne une idée : Richard von Weizsäcker, ancien Président fédéral allemand (CDU) ; Klaus Hänsch, député PSE au PE, ancien président du PE ; Karl Lamers ; Gideon Rachman (longtemps rédacteur de la page Charlemagne de The Economist) ; Alexander Stubb un jeune député finlandais PPE) et bien d’autres politiques, experts, journalistes, fonctionnaires de toute l’Europe, ont accepté de témoigner de la qualité de notre coopération.
— Pourriez vous nous préciser quels profils vous souhaitez intégrer dans le futur Bureau national ?
Comme dans un bon cocktail, c’est le dosage qui compte ; voici quelques uns des « ingrédients » par catégories (qui peuvent se recouper) : - Des élus de toutes tendances pour garantir le caractère transpartisan et le lien avec les décideurs ; - des Européens ; j’y tiens beaucoup ; pour l’instant nous nous appelons Mouvement européen mais… nous nous mouvons peu et nous restons entre Français ; - Des personnes du secteur privé ; - Des intellectuels ou du moins des personnes capables de porter une réflexion de qualité qu’ils soient chercheurs, enseignants ou « free lance » ; - Des personnes jeunes et des plus expérimentées ; - Des hommes et des femmes ; - Peut-être un ou deux journalistes (qui ont beaucoup d’informations, ont accès aux canaux d’expression et à n’importe quel décideur).
5. Fonctionnement de l’association Nous apprécions le récent élargissement du Bureau national. Nous souhaitons également que ce Bureau soit une instance de débat équilibré et de prises de position. — Comment comptez-vous permettre un tel fonctionnement ?
D’abord en choisissant des horaires qui conviennent au plus grand nombre, notamment aux provinciaux ; c’est un détail mais les demandes en ce sens ont été ignorées, ce qui prive le bureau de sa diversité. 8 heures 30 le lundi matin, ce n’est pas commode pour ceux qui n’habitent pas à Paris ou pour les élus rentrés dans leur circonscription le week-end.
Ensuite, il serait bon d’avoir enfin des discussions suffisamment longues. Il faudra peut-être, comme à la Commission, renvoyer des points techniques en « procédure écrite » pour réserver le temps passé ensemble à une vraie discussion.
Concernant le fonctionnement général de l’association :
— Comment évaluez vous le fonctionnement actuel de la permanence de l’association ?
De bonnes choses sont faites comme « Europe midi » mais « La lettre des Européens » ne sort plus depuis un moment. Manifestement, il y a une perte de talents et d’énergie ; les tâches administratives sont très accaparantes. On peut concevoir un fonctionnement où les agents retrouveraient une marge d’initiative plus grande.
Le secrétariat doit travailler dur (les compte-rendus doivent sortir dans les 48 heures ou ils perdent tout leur intérêt ; des synthèses des Journées d’études devraient être disponibles en quelques jours ; le site web doit être actualisé tous les jours) mais, en étant personnellement présente, j’espère pouvoir faciliter le fonctionnement quotidien de l’association et motiver les permanents.
— Quelles modifications éventuelles souhaiteriez vous y apporter ?
Le choix d’un secrétaire général sur une base partisane n’est pas judicieux même si certains, par le passé, ont été remarquables.
Ce doit être un professionnel de bon niveau, présent pendant une certaine durée pour incarner la continuité, apte à respecter, naturellement, le caractère transpartisan du Mouvement.
— La vocation originelle du Mouvement européen étant de rassembler les associations pro européennes, par quels moyens comptez vous associer plus largement aux actions du Mouvement européen d’autres associations européennes et, en particulier, les associations nationales membres ?
En regardant la liste des associations membres, j’ai été frappée de voir que certaines des associations très actives en France sur l’Europe n’avaient pas de liens organisés avec le MEF (par exemple Confrontations, Europanova, Europartenaires, la Fondation Schuman, Notre Europe). J’ai entrepris de les contacter une par une et les premières réponses sont très encourageantes.
De nombreux interlocuteurs attendent un sursaut du MEF; nous verrons ensuite avec chacune d’entre elles selon quelles modalités la coopération peut et doit être menée.
Nous avons besoin d’attirer celles-ci mais aussi de travailler avec des associations n’ayant pas principalement pour objet l’Europe, ce qui nous permettra de toucher d’autres publics (pourquoi pas Emmaüs qui a fait un travail remarquable pendant le referendum ?) De même j’ai approché la Fondation de France afin de voir ce que nous pourrions faire ensemble, sur le terrain, avec certaines des associations qu’elle chapeaute.
L’essentiel est de renouveler nos contacts et de recommencer à parler d’Europe à ceux qui sont privés de ce discours (cela concerne des pans entiers de la société, des zones rurales aux banlieues ; à titre d’exemple, certains proviseurs de lycées de ZEP ayant passé une convention avec Sciences Po avec qui je m’en suis entretenue, sont demandeurs de conférences dans leurs établissements)
Le rapprochement avec les syndicats, auxquels Monnet avait accordé à juste titre tant de place dans son « Comité d’action pour les Etats-Unis d’Europe », sera l’une des mes priorités, ce qui n’exclut en rien des contacts étroits avec les entreprises, naturellement.
S’agissant des associations membres, il faudra nouer des liens encore plus étroits, réfléchir au moyen de renouveler notre coopération ; plusieurs d’entre elles, au travers de contacts préliminaires avec certains de leurs membres, notamment l’UEF, la fédération des Maisons de l’Europe, le BILD, l’ARRI ont marqué leur intérêt. Il faudra qu’elles prennent position formellement, après débat interne.
A ce stade, je n’ai pas parlé à tout le monde ; ces exemples sont loin d’épuiser le sujet. Nous devrons ménager les spécificités de chacun et ferons du « sur mesure », et non du « prêt-à-porter ».
— Le MEI propose régulièrement des campagnes pan européennes. Malheureusement le Mouvement européen France y est rarement associé. Comment développer l’implication du MEF au niveau international ?
Ce point doit être creusé après avoir rencontrés les dirigeants du MEI ; je ne peux pas m’engager à ce stade, n’ayant pas une vision claire de ce qui a pu être fait ces dernières années ; j’ai déjà pris soin d’informer M. Kröner (secrétaire général) et Jo Leinen (Vice président) de ma candidature et de mon souhait de relancer un dialogue.
— Comment comptez vous faire en sorte que les idées du MEF soient prises en compte au niveau du MEI ?
Je crois que la question précédente répond déjà en partie.
6. Relations avec les Jeunes Européens-France Comment voyez vous le rôle des Jeunes Européens France dans l’animation et le développement du Mouvement européen France ?
Vous êtes un chaînon essentiel et je le dis sans démagogie car aucune institution humaine ne peut se priver d’une politique en faveur de la génération montante. Une partie des problèmes auxquels l’Europe est confrontée aujourd’hui tient sans doute à une mauvaise passation de relais : pour les générations qui ont connu la guerre, l’engagement européen allait de soi. L’inclusion des plus jeunes générations a parfois été négligée. Et puis, on a beau vouloir le rester, le temps s’ingénie à nous rendre moins jeune…
Lorsque j’ai eu l’occasion de venir m’exprimer devant vous (à Avignon par un jour de Mistral glacé ou à Paris, dans un café bondé de l’Odéon notamment), j’ai apprécié les échanges approfondis que nous avons pu avoir. Ce questionnaire est d’ailleurs le plus complet qui m’ait été adressé et je vous en remercie.
Votre impertinence (constructive) est vitale ; sans Jessica et Pauline, les réunions du Bureau manqueraient singulièrement de sel. Les propositions d’action sont souvent venues de vous…et je me suis d’autant plus désolée qu’elles n’aient parfois été suivies d’aucun effet. Je repense par exemple à la nécessité que vous avez évoquée d’interpeller les candidats à la présidentielle sur le service civil. Il faut donc entre le MEF et les JEF une coopération étroite, complice même, mais laissant à chacun son autonomie et sa spécificité. On peut songer à de nouvelles opérations : ainsi, par exemple, j’aurais envie de jouer sur votre disponibilité (et votre extraordinaire mobilité) pour monter des réseaux du MEF à l’étranger, dans les milieux de Français expatriés, quand vous faites de stages ou des échanges Erasmus ou décrochez un premier poste à l’export.
Mais il y a aussi beaucoup de choses à faire en France, notamment pour toucher les trés jeunes (écoles, collèges, lycées ZEP, milieux de jeunes professionnels etc) et apporter des idées nouvelles dans les exercices évoqués supra (frontières, méthode communautaire etc).
Il me semble important de rajeunir un peu le Bureau national, soit avec des JEF supplémentaires (mais là c’est moi qui ai des questions à vous poser : faites des suggestions !), soit en veillant rajeunir la moyenne d’âge des nouveaux nommés ; en tout état de cause, le JEF y siège statutairement.
Impliquer des JEF dans chaque opération serait une bonne pratique; cela dit, je crois au panachage des expériences et des points de vue, y compris des âges. Je ne prônerai donc surtout une cohabitation fructueuse des générations.
Si les électeurs me font confiance, nous devrions programmer rapidement une rencontre pour évoquer tous ces sujets.
— Comment souhaitez vous faciliter la transition entre l’engagement au sein des Jeunes Européens-France puis celui au sein du Mouvement Européen ?
Cette question est excellente ; il y a un âge où – pour de bonnes raisons (carrière naissance des enfants), on décroche en général des mouvements associatifs.
Que des « ex-jeunes » restent au MEF serait la plus belle récompense, le signe que nous serions parvenus à rendre le MEF vraiment attractif et chaleureux. Comme dans une famille où les générations restent proches les unes des autres.
1 Pour un raisonnement plus détaillé encore, je renvoie au livre que j’ai consacré à ce sujet et qui paraîtra aux éditions du Seuil début 2007, sous le titre, « Le coq et la perle » 2 Ce groupe comportait Rudolf Scharping, ancien ministre de la défense allemand (SPD), Karl Theodor Freiherr zu Guttenberg (député au Bundestag- CSU), Lucas Delattre (ancien directeur du bureau du Conseil de l’Europe à Paris), Carlo Altomonte professeur à l’université Bocconi et à l’ISPI (Milan), Pierre Defraigne (ancien directeur de cabinet de Pascal Lamy, directeur d’Eur-IFRI)
retour
|