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Pour rire un peu
... Avec Edmond Rostand : pour conforter ceux qui, fiers de leur « âme mousquetaire », répugnent aux allégeances
« (…) Et que faudrait-il faire ? Chercher un protecteur puissant, prendre un patron, Et comme un lierre obscur qui circonvient un tronc Et s’en fait un tuteur en lui léchant l’écorce, Grimper par ruse au lieu de s’élever par force ? Non, merci. Dédier comme tous ils font, Des vers aux financiers ? Se changer en bouffon Dans l’espoir vil de voir, aux lèvres d’un ministre, Naître un sourire enfin qui ne soit pas sinistre ? Non, merci. Déjeuner, chaque jour d’un crapaud ? Avoir un ventre usé par la marche ? Une peau Qui, plus vite à l’endroit des genoux, devient sale ? Exécuter des tours de souplesse dorsale ?... Non merci ; d’une main flatter la chèvre au cou Cependant que de l’autre on arrose le chou, Et donneur de séné par désir de rhubarbe, Avoir son encensoir, toujours, dans quelque barbe ? »
Cyrano de Bergerac Acte II scène VIII
... avec Lafontaine
A ceux qui voudraient méditer sur les « courtes échelles » qui ne mènent pas loin, je conseille la redécouverte de cette jolie fable, « Le renard et le bouc »
Capitaine Renard allait de compagnie Avec son ami bouc des plus haut encornés: Celui-ci ne voyait pas plus loin que son nez; L'autre était passé maître en fait de tromperie. La soif les obligea de descendre en un puits. Là, chacun d'eux se désaltère. Après qu'abondamment tous deux en eurent pris, Le renard dit au bouc:« Que ferons-nous compère? Ce n'est pas tout de boire, il faut sortir d'ici. Lève tes pieds en haut et tes cornes aussi; Mets les contre le mur: Le long de ton échine Je grimperai premièrement; Puis sur tes cornes m'élevant, A l'aide de cette machine, De ce lieu-ci je sortirai, Après quoi je t'en tirerai. - Par ma barbe, dit l'autre, il est bon; et je loue Les gens bien sensés comme toi. Je n'aurais jamais, quant à moi, Trouvé ce secret, je l'avoue.» Le renard sort du puits, laisse son compagnon, Et vous lui fait un beau sermon Pour l'exhorter à patience. «Si le ciel t'eût, dit-il, donné par excellence, Autant de jugement que de barbe au menton, Tu n'aurais pas, à la légère, Descendu dans ce puits. Or, adieu, j'en suis hors; Tâche de t'en tirer et fais tous tes efforts; Car, pour moi, j'ai certaine affaire Qui ne me permet pas d'arrêter en chemin.» En toute chose il faut considérer la fin.
... avec Molière A ceux qui s’étonnent des amitiés à éclipses et des soutiens changeants comme le vent, je conseille la lecture du Misanthrope (Acte I, scène 1)
ALCESTE
Non, je ne puis souffrir cette lâche méthode Qu'affectent la plupart de vos gens à la mode; Et je ne hais rien tant que les contorsions De tous ces grands faiseurs de protestations, Ces affables donneurs d'embrassades frivoles, Ces obligeants diseurs d'inutiles paroles, Qui de civilités avec tous font combat, Et traitent du même air l'honnête homme et le fat. Quel avantage a-t-on qu'un homme vous caresse, Vous jure amitié, foi, zèle, estime, tendresse, Et vous fasse de vous un éloge éclatant, Lorsque au premier faquin il court en faire autant? Non, non, il n'est point d'âme un peu bien située Qui veuille d'une estime ainsi prostituée. Et la plus glorieuse a des régals peu chers, Dès qu'on voit qu'on nous mêle avec tout l'univers: Sur quelque préférence une estime se fonde, Et c'est n'estimer rien qu'estimer tout le monde. Puisque vous y donnez, dans ces vices du temps, Morbleu! vous n'êtes pas pour être de mes gens; Je refuse d'un cœur la vaste complaisance Qui ne fait de mérite aucune différence; Je veux qu'on me distingue; et pour le trancher net, L'ami du genre humain n'est point du tout mon fait.
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