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Editos 2006
14 décembre 2006, Le soleil se lève à l’Est
Parmi les nombreuses félicitations qui me parviennent et dont je dois rendre une part à ceux qui m’ont soutenue et à ceux qui m’ont élue, je voudrais signaler celles qui m’ont peut-être fait le plus plaisir : ce sont celles qui viennent des nouveaux Etats membres. Il est bien pâle le soleil d’hiver sur Varsovie ou Prague mais quand là-bas, on se réjouit d’un sursaut de la société française, quand là-bas, on m’appelle à tenir bon sur l’orthodoxie communautaire, soudain Paris est éclairé.
Trop souvent, la défense de l’Europe de Monnet passe pour la nostalgie des Six. Trop souvent elle est caricaturée en fermeture ou repli sur soi, refus des nouveaux et de leur diversité. Mais qui dit diversité ne dit pas désordre. Qui dit accueil des autres devrait d’abord dire exigence envers soi-même. Merci aux amis de Pologne ou d’ailleurs qui ont salué notre renouveau.
Merci aussi au Président du Mouvement européen Belgique, M. Nothom qui a eu la courtoisie de venir assister à une conférence que je donnai à Bruxelles hier. Ou au secrétaire général du Mouvement international, M. Kroner qui a fait de même.
Tâchons de ne pas décevoir tous ceux qui attendent beaucoup de nous. A l’Est et ailleurs.
9 décembre 2006, L’Europe avance… dans les piscines comme au MEF Laure Manaudou nage... avec le bonnet italien
A partir d’une dépêche AFP du 9 décembre 2006
A Helsinki, aux championnats d’Europe, avant de battre son propre record du monde du 400 m nage libre, la Française Laure Manaudou a couru avec un bonnet... italien, en l’honneur de son ami le nageur Luca Marin.
D’après l’AFP « le bonnet italien de Manaudou, déjà porté lors des Championnats de France la semaine passée à Istres (Bouches-du-Rhône) n'a pas amené de réactions officielles de la part de la fédération française. Un membre de l'encadrement s'est toutefois dit agacé, déplorant de ne pas avoir tout vérifié avant. »
Espérons qu’ils ne lui en tiendront pas rigueur. J’y vois un signe : en tout bien tout honneur à la même heure, Mario Nava m’aidait à vous convaincre ! FORZA !
7 décembre 2006, Google ou le statut de la liberté
Bien avant de vivre l’expérience du lancement d’un site Internet, j’ai adhéré à l’initiative de Jean-Noël Jeanneney, Président de la Bibliothèque nationale de France, tendant à créer une bibliothèque numérique européenne.
En décembre 2004, le moteur de recherche américain Google annonce qu’il va numériser et rendre accessible sur la toile, gratuitement, quinze millions d’ouvrages qui auront été sélectionnés dans les fonds de bibliothèques américaines et anglaises. C’est un beau projet pour la diffusion de la culture mais un danger existe que les œuvres soient choisies et classées en fonction de critères linguistiques (l’anglais d’abord) et commerciaux (les livres qui rapportent des contrats publicitaires à Google d’abord).
Par un petit livre Jean-Noël Jeanneney lance un débat global. Puis il organise une riposte européenne. Désormais toutes les bibliothèques de l’Union européenne, anciens et nouveaux membres confondus, sont d’accord pour créer une bibliothèque numérique européenne multiculturelle, conçue sans recherche de profit et selon les principes d’un savoir organisé.
Aujourd’hui, je suis plus que jamais persuadée qu’il est vital de préserver un accès impartial à ce qui circule sur la toile. Environ 75 % des internautes utiliseraient Google pour leur recherche. Tant que ce site n’y était pas référencé (c’est fait désormais), nombre d’entre vous m’ont dit ne pas l’avoir trouvé ! Le recours à des moteurs de recherche pourrait finir par poser des questions de libertés publiques.
Voilà un sujet dont le MEF pourrait se saisir pour sortir un peu des querelles institutionnelles…
6 décembre 2006, Happy birthday et le lotus bleu
Avez-vous déjà réalisé que la globalisation, en réduisant les distances, élargit le temps ? Par exemple le temps d’une journée d’anniversaire ?
Autrefois, on avait droit à une tournée du facteur et à quelques coups de fil, à condition de ne pas trop s’éloigner du téléphone Le comble de l’exotisme, à l’époque, c’était le colis de la correspondante allemande, rempli de décorations de Noël faites à la maison (aplaties) et d’étoiles à la cannelle (écrasées). Jamais biscuits n’auront meilleur goût que ces miettes là. Ou la carte de la zia Maria de Milan qui devait viser juste, entre grèves françaises et italiennes, pour arriver le jour J. Ce fut souvent le cas et tous mes anniversaires garderont ces tendresses mêlées d’Allemagne et d’Italie.
Désormais, la globalisation est en marche. C’est Shangaï qui commence, par SMS, dés minuit heure locale, pour rire, alors qu’en Europe, c’est encore la veille. Puis, passé minuit au fil des fuseaux horaires, des mails commencent à arriver, de la part de copains orientaux déjà accrochés à leur clavier. Ou de noctambules européens. Milan encore, comme jadis. Merci Mario pour le clin d’œil et l’émotion.
Ensuite viendront les baisers moins virtuels des enfants, la surprise, le gâteau et… comme une session de rattrapage, les derniers messages du Brésil, du Venezuela, de New York et enfin… de San Francisco. Sauf quand les copains américains se sont trompés dans le sens du décalage horaire et ont rattrapé les Chinois. Quelque part, toujours, c’est déjà demain.
Bref tout cela pour vous dire que votre candidate a un peu vieilli. Et pour rassurer cette Présidente de section qui a écrit récemment que j’étais « jeune et déterminée » et donc pouvais laisser passer mon tour encore.
De plus en plus déterminée Madame, mais comme nous tous, de moins en moins jeune.
Le 24 novembre 2006, Un billet d’Alain Dauvergne
Alain Dauvergne sur le renouvellement du Président... du Parlement européen
Les électeurs français devront encore attendre un peu plus de cinq mois pour savoir qui sera élu à la Présidence de la République. Cruelle – mais saine – incertitude de la démocratie... Les députés européens, eux, éliront leur nouveau Président le 16 janvier – encore quelque six semaines de patience, donc. Mais aucune incertitude : à moins d’un accident de santé que personne ne lui souhaite, l’Allemand Hans-Gert Pöttering est assuré du succès. On le savait déjà, d’ailleurs, depuis l’installation du Parlement, au lendemain de l’élection européenne de 2004. Pourquoi ? Parce qu’au Parlement européen règne, de facto, la règle du « ticket » formé par les deux principaux groupes de l’Assemblée : le PPE-DE et le PSE. En se partageant le pouvoir en deux demi-mandatures, ces formations s’assurent une sorte de domination perpétuelle. Ainsi, au socialiste Borrell dont les 30 mois de Présidence s’achèvent, succèdera le PPE-DE Pöttering, dont la candidature, prévue dés 2004, a été confirmée à l’unanimité par son groupe le 14 novembre dernier. Comme les chrétiens-démocrates du PPE, les socialistes voteront pour lui, assurant du même coup sa victoire. Ah ! le confort des postes négociés entre appareils et répartis entre soi... Evidemment, les candidats venus d’autres formations, même s’ils sont de grande qualité, sont ainsi, en pratique, interdits « à perpète » de Présidence...
Le 21 novembre 2006, Conférence à Natolin en Pologne
Que ce soit à Bruges ou en Pologne, j’aime l’atmosphère du Collège d’Europe qui réunit, pour une année de « master », des élèves originaires de tout le continent et quelques étrangers. Créé après la guerre pour reconstituer une élite européenne, le Collège forme à tous les métiers qui touchent à l’Europe : institutions, cabinets de lobbying ou de consultants, presse, grandes entreprises, ONG.
Depuis la fin du communisme, le collège s’est implanté en Pologne pour former les élites européennes des nouveaux Etats membres et y attirer des jeunes d’Europe occidentale. Old Europe, new Europe ? Dans le décor, le contraste se sent, mais pas dans le public. Tous les étudiants sont parfaitement à l’aise en plusieurs langues, vifs, intéressés, comme à Bruges ou d’ailleurs désormais à Sciences Po, Madrid ou Berlin. Et puis, à Varsovie, en novembre, dés 16 heures, la nuit tombe. Brouillard et bouleaux, nuit noire et odeur de feuilles… Les deux collèges ont aussi en commun ce froid humide, ouaté qui glace le cœur des méridionaux.
Heureusement qu’à l’intérieur, l’atmosphère est chaleureuse : grâce à la modération de Robert Picht, le Vice recteur toujours pétillant, et à la prestation remarquable d’un professeur belge, Erwann Lannon de l’université de Gand, la conférence se déroule au mieux.
De retour d’un voyage d’études en Turquie, les élèves sont ébranlés, partagés. Nous n’allons pas les aider à trancher leur cas de conscience. Erwann Lannon qui vient d’éditer une étude collective approfondie, sur « Les défis d’une adhésion de la Turquie à l’Union européenne » (Bruylant 2006) conclut à l’adhésion sans rien nier des difficultés pour aboutir ; je l’écarte sans oublier les problèmes pour l’arrêter. Le débat est bien cadré : ni facilité, ni démagogie. Avec en prime, comme pour me consoler des hésitations désespérantes de certains Français, cette orthodoxie communautaire des Belges dont je ne me lasse pas !
Le bonheur de l’Europe est là : un échange enlevé, un jeune auditoire concentré et la chaleur d’être ensemble à esquisser l’Europe de demain tandis que, dehors, la nuit noire s’épaissit.
17 novembre 2006
Elle l’a fait. Avec un score sans appel : Ségolène Royal sera la candidate socialiste aux présidentielles.
Au-delà du PS, le phénomène aura des répercussions durables sur la manière de faire de la politique en France. Après des décennies de jacobinisme et de parité théorique, une page est tournée ; c’est une bonne nouvelle pour notre pays.
Ségolène Royal vient notamment de prouver les vertus de la démocratie à l’intérieur d’un parti : quand on ouvre les fenêtres, l’air frais entre dans la maison. Si, longtemps, femmes, jeunes, personnes issues de l’immigration ont été tenues à l’écart du pouvoir, ce n’est pas un hasard ; le mode de désignation des responsables, par cooptation, y contribuait.
Sa victoire est nette car elle a compris certaines aspirations des Français, certaines de leurs questions. Sans doute n’a-t-elle pas toutes les réponses, mais sa proximité avec le terrain contraste avec les pratiques antérieures. Elle veut travailler avec la société civile, elle souligne l’importance des régions.
Maintenant que le meilleur gagne et…que Ségolène Royal, dans sa campagne et son action, n’oublie pas l’Europe.
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